Levit,, xxm
Les premières fêtes chrétiennes. — Tel fut le modèle sur lequel se formèrent les fêtes chrétiennes, et dès maintenant nous pouvons deviner l'origine des grandes solennités célébrées plus tard avec octave.
Naturellement, les apôtres et les premiers chrétiens convertis du judaïsme continuèrent de célébrer les fêtes de leurs compatriotes comme ils avaient continué de célébrer le sabbat. Bientôt, à mesure que les chrétiens se séparèrent du judaïsme considéré comme nation, ils laissèrent tomber les fêtes spécifiquement nationales et ne conservèrent de l'antique Israël que Pâques et la Pentecôte, rendues chrétiennes par un double souvenir : Pâques par la commémoraison de la résurrection du Christ, la Pentecôte par le souvenir de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; ce double souvenir étant fixé historiquement aux dates des fêtes juives, on conserva à l'origine la même date pour les fêtes chrétiennes.
Il est permis de croire qu'ici, comme pour le sabbat, l'objet des réunions était la célébration de la liturgie et que les fidèles observèrent autant que possible le précepte juif de l'abstention des œuvres servîtes ; mais aucune preuve décisive ne permet de l'affirmer : sur ce point, comme sur tant d'autres, nous ne possédons aucun texte législatif des premiers siècles.
Pâques et la Pentecôte furent pendant longtemps les deux seules fêtes chrétiennes. Plus tard, quand les chefs des Églises scellèrent de leur sang le témoignage qu'ils rendaient à Jésus-Christ, leur trou-
peau célébra le jour de leur naissance au ciel, comme on célébrait dans la vie civile le dies natalis des empereurs. Au milieu du second siècle c'est déjà une coutume établie, ainsi que le prouve la lettre de l'Église de Smyrne qui raconte le martyre de son évêque Polycarpe. Après avoir dit comment on parvint à saisir ce qui restait du corps du martyr et comment on put disposer dans un lieu convenable [uhi decebat) ces ossements plus précieux que les gemmes précieuses, plus riches que l'or pur, la lettre ajoute, comme une chose toute simple et qui n'étonnera personne, que là, en ce lieu convenable, on espère bien se réunir dans la suite, afin de célébrer avec joie et allégresse l'anniversaire du martyre, soit pour honorer le souvenir de ceux qui ont lutté, soit afin d'exciter et de préparer les combattants futurs ^ Cent ans plus tard l'usage paraît élevé à la dignité d'une institution et considéré comme un devoir, Après Tertullien qui mentionne l'oblation de l'Eucharistie au jour anniversaire des martyrs^, des textes bien connus, empruntés aux lettres de saint Cyprien, nous montrent en constante pratique la célébration de l'anniversaire des martyrs, Veut-il faire l'éloge de Célerinus ordonné lecteur, Cyprien dit que la famille du jeune homme est bien connue, car
i. • Quo etiam loci nobis, ut fieri poterit, in exsultatione et gaudio congregatis, Dominus praebebit, natalem martyrii ejus diem celebrare, tum in memoriam eorum qui certamina pertulerunt, tum ut poster i exercitat int et parati. » Ecoles, Smyrnen. de martyrio Polycarpi, epist. xvni. P. G., t. V, 1043.