‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 77 sur 141 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Quatre Temps, Vigiles jeûneras et le Carême entièrement.

Ce commandement énonce une discipline fixée depuis plus longtemps que celle de la confession annuelle et de la communion pascale, une discipline très ancienne. On savait même, autrefois, que les prescriptions concernant les Quatre-Temps, les Vigiles et le Carême remontaient aux Apôtres. En vain les historiens, sur la foi du Libej' Pontificalis^ et les canonistes, àlasuite du c. Jejuniuniy Distinct. LXXVI, attribuaient l'institution des Quatre-Temps, par exemple, à un lointain successeur des apôtres, au pape Calliste; Baronius, s'appuyant sur divers documents de l'antiquité chrétienne et sur les leçons du Bréviaire romain pour la fête de saint Calliste, en faisait remonter l'origine aux apôtres. Aujourd'hui, nous sommes

moins affirmatifs ; nous avouons même bien simplement que nous ignorons la date précise de leur institution.

Nous devons reconnaître cependant que tout n'est pas faux dans la théorie qui attribue une origine apostolique aux Quatre-Temps, aux Vigiles et au Carême, si l'affirmation porte, non pas sur l'institution d'une discipline précise, mais sur une sorte d'ébauche rudimentaire d'où l'on aurait fait sortir peu à peu nos précisions successives. Ce serait bien aux apôtres que remonterait l'origine de nos jeûnes et celle de nos abstinences.

C'est des jeûnes que nous parlerons dans ce chapitre et nous réserverons au suivant la question de l'abstinence.

I. Les Quatre-Temps. — L'origine des Quatre- Temps est diversement exposée par nos deux grands maîtres de la science liturgique, Me"" Duchesne et dom Germain Morin.

Pour le premier, les Quatre-Temps sont d'origine romaine, la survivance de la semaine primitive avec son jeûne du mercredi et du vendredi substitué au jeûne juif du lundi et du jeudi; à son avis, « la distribution du service religieux, dans les semaines de Quatre-Temps, conserve encore quelques traits de la primitive semaine religieuse suivant l'usage romain » . Le jeûne des Quatre-Temps ne lui paraît « être autre chose que le jeûne hebdomadaire, tel qu'il était à l'origine, mais porté à un degré spécial de rigueur, tant par le maintien du mercredi, qui disparut assez vite

de l'usage romain, que par la substitution d'un jeûne réel au semi -jeûne des stations ordinaires^ ».

Telle n'est pas tout à fait l'opinion de dom G. Morin. Les Quatre-Temps, d'après lui, n'auraient pas une aussi haute origine ; ils auraient été institués surtout pour faire concurrence aux fériés païennes^.

Peut-être la vérité se trouve- t-elle dans l'union des deux théories, et les Quatre-Temps, institués en effet dans le dessein qu'indique dom Morin, n'ont-ils été fixés au mercredi et au vendredi que parce que ces deux jours étaient tout désignés par leur rôle primitif dans la semaine chrétienne^. Car on ne comprendrait pas, si leur origine était uniquement celle indiquée par M^"" Duchesne, pourquoi le jeûne des Quatre- Temps, succédant au jeûne hebdomadaire primitif, ne se retrouverait qu'à Rome ; les Quatre-Temps, en effet, n'apparaissent, au moment où l'histoire nous témoigne de leur existence, qu'à Rome-*, et seulement au cinquième siècle. Depuis cette époque seulement

■1. Origines du culte chrétien, 1898, p. 233.

2. L'origine des Quatre-Temps. Rev. Bénédictine, 1897, p. 337 et suiv. En effet, chaque année, dans le cours de l'été, de l'automne et de l'hiver, plutôt vers le commencement de chaque saison, Rome invoquait la protection des dieux sur les moissons, les vendanges et les semailles. Ce furent ces fêtes que les papes changèrent en trois stations avec jeûne, célébrées en juin, septembre et décembre. D'autre part, M»' Duchesne avait déjà remarqué que les prières liturgiques mettaient ces Quatre-Temps en relation avec les récoltes du blé, du raisin et des olives. Cf. Liber Pontificalis, 1. 1, 141, note 4. Aux trois stations on joignit plus tard celle du printemps qui tombe en Carême,

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