Cf. Catéchisme de Besançon
2j Cf. Catéchisme de Mgr l'évêque de Chambéry (Michel Conseil), vers 1180-1790.
aussi sur leur versification. Au xvii^ siècle on constata une fois de plus que la poésie était d'une excessive pauvreté, et l'on essaya d'une classification plus harmonieuse. Je ne sais qui prit l'initiative d'une nouvelle versification ; mais il est trop facile de constater que le résultat ne répondit pas à sa généreuse envie. Les vers nouveaux, plats et filandreux à souhait, sont d'un mauvais goût achevé. On leur fit pourtant les honneurs de l'impression et de l'insertion dans un catéchisme, celui d'Angers, La Rochelle et Luçon, de 1676. Ils y parurent, disposés de manière à faire pendant aux anciens et encadrant avec eux le commentaire en prose qui occupe le milieu de la page. Les voici, tels qu'on les peut lire dans ce recueil, p. 357 et 358.
1° Entend la sainte Messe aux jours saints au Seigneur,
En luy rendant honneur.
2*' Au moins une fois l'an va confesser ton crime
Au Pasteur légitime, 3° Et pour le moins à Pâque avec amour reçoy
Ton Sauveur et ton Roy.
4° Employé à servir Dieu chaque fête en l'année
Par l'Église ordonnée.
5° Jeûne au temps commandé et tout le saint Carême,
Où jeûna Jésus même.
6° Deux jours de la semaine observe en ton manger
L'abstinence de chair.
On comprendra sans peine le peu de succès qu'ils obtinrent. Loin d'éclipser les anciens distiques, ils les firent mieux apprécier, et je ne les ai revus dans aucun autre catéchisme.
On aura observé peut-être, par les quelques citations faites jusqu'ici, que si la numération des commandements était diverse, divers aussi était le contenu. La liste usitée de cinq ou de six commandements n'est pas également complète partout. De ceux-ci, quelques-uns apparaissent fidèlement dans toutes les énumérations : la sanctification des fêtes, le jeûne du Carême, des Quatre-Temps et des Vigiles, la confession annuelle, la communion pascale; d'autres, presque dans toutes : la sanctification du dimanche (comprise parfois dans le commentaire du troisième commandement de Dieu), l'abstinence du vendredi et du samedi ; quelques-uns très fréquemment, au moins autrefois (et même encore aujourd'hui en certains pays) : l'obligation de payer les dîmes, auxquelles on ajouta, ici ou là, les prémices ; un peu moins fréquemment, l'interdiction de célébrer les noces en temps prohibé ; rarement (surtout depuis les modifications profondes faites en cette matière au xix^ siècle), le précepte d'éviter les excommuniés et de se faire absoudre promptement si l'on a été soi-même excommunié; enfin, est tombé depuis longtemps en désuétude l'énoncé du commandement qui mentionne l'abstinence de la chair le jour de saint Marc et pendant les Rogations.
En outre, ce ne sont pas les listes numériquement les plus longues qui sont les plus compréhensives. Celle de Diana, par exemple : « Il y a cinq commandements de l'Église : r entendre la messe, les dimanches et les fêtes; 2" s'abstenir de la chair le vendredi et le
samedi et jeûner le Carême, les Vigiles et les Quatre- Temps ; 3° se confesser une fois l'an ; 4" communier à Pâques ; 5'^ payer les dîmes » est plus complète que notre liste à six préceptes où les deux premiers distiques font un peu double emploi. Mais la plus compréhensive de toutes dans l'énumé ration la plus réduite est certainement celle du nouveau catéchisme de Pie X, dont voici la version :
« Combien y a-t-il de commandements de V Eglise et quels sont-ils P
« Les commandements de l'Église sont au nombre de cinq :
« 1" Entendre la messe tous les dimanches et les autres fêtes de précepte.
« 2" Jeûner le Carême, les Quatre-Temps et les Vigiles commandées ; ne pas manger de la viande les jours défendus.
« 3° Se confesser au moins une fois Tan, et communier à Pâques, chacun dans sa paroisse.
« 4° Payer les dîmes dues à l'Église, selon les usages.
« 5" Ne pas célébrer les noces au temps prohibé, c'est-à-dire depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'à l'Epiphanie, et depuis le premier jour du Carême jusqu'à l'octave de Pâques. »
Voilà quels sont les préceptes imposés et mentionnés partout. Les évêques n'ont jamais cru que ces listes fussent limitatives. Dans la mesure où les circonstances le réclamaient ils ont ajouté ou accepté l'énoncé de l'une ou de l'autre des autres obligations imposées par l'Eglise, bien qu'elles ne fussent pas
comprises dans les listes usitées. C'est ainsi, par exemple, que le catéchisme anglo-allemand du P. Deharbes pour les États-Unis de l'Amérique du Nord comprend, sous le numéro 6, les prescriptions suivantes : ne pas contracter mariage hors de la présence du prêtre et des témoins ; ne pas célébrer les noces en temps prohibé ; ne pas épouser des personnes qui ne sont pas catholiques ou qui sont parentes au degré prohibé et ne contracter aucun mariage défendu de quelque manière par l'Eglise; et que celui du P. Fârber, qui eut également quelque succès, porte, sous le numéro 4, l'interdiction de s'affilier à des sociétés condamnées. Il appartient aux évêques de juger ce qu'il est le plus urgent d'enseigner aux fidèles de chaque diocèse, ou plutôt de chaque région; aussi ne serions-nous pas étonné de voir, quelque jour, insérer dans nos catéchismes français, non pas le précepte de la dîme tel qu'on l'énonce au Canada :
Droits et dîme tu paieras A l'Église fidèlement ;
mais sous la forme moins heurtante de certains autres catéchismes américains : Contribuer suivant ses forces à l'entretien de l'Eglise et de nos pasteurs.
Il reste peu de choses à dire quant à l'ordre suivant lequel les commandements sont disposés, cet ordre ayant, somme toute, peu d'importance. On notera seulement qu'en première ligne vient toujours le précepte de la sanctification du dimanche et des fêtes. En second lieu vient presque toujours, hors de
France, le précepte du jeûne et celui de l'abstinence ; en France, au contraire, il est rejeté au delà des commandements qui imposent la confession annuelle et la communion pascale. Cet ordre est caractéristique de la coutume française dès la fin du xv^ siècle. Le précepte de ne pas contracter mariage en temps prohibé, celui de payer la dîme et d'éviter les excommuniés se suivent fidèlement dans le même ordre dans tous nos catéchismes français; au dehors, c'est, en général, celui de payer la dîme'qui passe le premier. Mais, encore une fois, ce sont là remarques de minime importance : elles n'ont d'autre intention que celle de noter le courant autonome que, dès l'origine, suit, en France, l'énoncé des commandements. Et non seulement le courant est autonome, mais l'énoncé aussi est particulier. La France est la seule qui ait trouvé, pour exprimer les principaux préceptes de l'Église, une langue d'une naïveté peut-être enfantine — ce qui serait, dans l'espèce, une qualité — et de plus cette disposition en distiques avec assonances uniformément alternées.
Quand on a étudié les formules plus juridiques et plus savantes usitées chez les théologiens ou chez les autres nations chrétiennes, on revient néanmoins avec une satisfaction sincère à notre vieille liste française du Compost ou Kalendrier des bergers :
Les dimanches messe ouïras Et fêtes de commandement.