‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 84 sur 141 · Statuta S. Bonifacii, c. xxiv. P. L., t. LXXXIX · texte numérisé non relu

Statuta S. Bonifacii, c. xxiv. P. L., t. LXXXIX

2. « Et hoc notum facient presbyteri omni populo, ut sabbato Pentecostes, sicut sabbato sancto Paschae, omnes jejunent, et adecclesiam hora nona conveniant, quando, sicut vesperascente sabbato sancto Paschae, celebratur : et ipsum diem Pentecostes similiter celeberrimum habeant, utsanctum Paschae. • Statuta S. Bonifacii, c. xxxiv, ib.,

3. « Item cum presbyteri sacras festivitates populo annuntiant, etiam jejuniumvigiliarum, ubi esse débet, eosomnimodisservaremoneant. » Cf. Regino, De Ecoles, disciplin., 1. I, c. ccxliv et ccLXXvin.

4. Decretor., 1. H, c. lxxvih et 1. XHI, c. xvi. P. L., t. CXL, 640 et 887.

fraction au jeûne des vigiles était punie, d'après les Pénitentiels, d'un jeûne de vingt jours au pain et à l'eau ^. C'était attester aussi que le jeûne des vigiles n'était plus une simple pratique pieuse, que c'était au contraire une obligation légale.

De la veillée à la vigile. — Nous avons jusqu'ici constaté la vigile-veillée ou assemblée nocturne faite dans les églises. Comment et dans quelles conditions s'est faite la transformation de la veillée en la vigile que nous connaissons ? Comment du jeûne de la nuit en est-on venu au jeûne du jour? C'est par suite des modifications survenues dans la célébration de l'office liturgique. Durant les premiers siècles et jusqu'au vin^, comme on vient de le constater encore par le texte de saint Boniface, c'est le samedi soir pour Pâques et la Pentecôte, la veille au soir pour les autres fêtes solennelles à vigile , que l'on commençait l'office liturgique : c'est durant la nuit du samedi saint qu'on donnait au peuple une connaissance sommaire de la sainte Écriture en lisant, des divers Livres inspirés, de longs passages dont nous avons conservé des extraits dans les Prophéties du samedi saint et de la vigile de la Pentecôte — ceuxci plus brefs, sans doute parce que la nuit était moins longue. A l'aube, dans ces deux vigiles principales, les catéchumènes étant baptisés, on célébrait la messe. Et on comprend alors toute la saveur de Y Alléluia que le diacre chantait en ce matin même de Pâ-

1. « Si non observasti jejunium... vigiliarum sanctorum, XX dies in pane et aqua poeniteas. » Decretor., 1. XIX, c. v, îô., 962.

ques, aux fidèles fatigués peut-être par la longue attente de la nuit mais joyeux. Qu'il en fût ainsi pour les autres vigiles, il nous en reste une attestation dans l'office des deux seuls samedis des Quatre-Temps qui demeurent en relation étroite avec le dimanche qui les terminait, le samedi des Quatre-Temps de l'Avent et celui des Quatre-Temps du Carême. A la messe de l'un et de l'autre l'évangile est le même que celui du dimanche suivant : ils restent l'un et l'autre comme un organe témoin d'un office autrefois unique et aujourd'hui divisé.

Peu à peu on avança l'office et la messe. Les ordinations, qui s'étaient faites pendant le long office de la nuit, commencèrent, peu à peu, d'abord au crépuscule du samedi soir, puis, un peu plus tôt, dans la soirée même, et enfin à la matinée de même jour comme c'est la discipline aujourd'hui. La messe, dès lors, ne terminait plus la vigile.

Le jeûne qui était un de ses éléments dut se continuer jusqu'au jour même de la fête, et ce qu'on nommait le jeûne de la vigile, au lieu de commencer dans la soirée qui précédait la fête et de se continuer jusqu'après la messe, commença dès le matin qui précédait la messe de la vigile. Il devint le jeûne d'un jour entier. Au ix^ siècle c'est un fait accompli. La preuve résulte en particulier de la réponse du pape Nicolas P' ad consulta Bulgarorum. Le pape prescrit, dans toutes les vigiles des grandes fêtes, le jeûne et l'abstinence de la viande : on ne voit pas la raison de cette prescription si la vigile s'était encore

confondue avec la veillée. Par conséquent, avant l'année 867, date de la lettre aux Bulgares, la vigileieûne antique était devenue le jeûne de la vigile que nous connaissons. Et puisque la veillée avait disparu de la pratique des fidèles, on insistait d'autant plus sur le jeûne lui-même, devenu d'accessoire principal, et constituant presque l'unique préparation extérieure à la célébration des grandes fêtes.

Au douzième siècle la séparation de la veillée et du jeûne était faite depuis si longtemps que l'on n'en connaissait plus l'histoire. A peine restait-il un vague souvenir des siècles passés. Pour tous, le mot « vigilia » a perdu son sens de veillée pour garder uniquement celui de jeûne préparatoire aux fêtes. Voici comment Honorius d'Autun explique le changement. Autrefois, dit-il, le peuple qui venait en foule à la fête passait toute la nuit à chanter les louanges de Dieu. Après que de malheureux libertins eurent tourné en dérision ce qui était bien et souillé les veillées par des chants honteux, des danses, des beuveries et des actes pires encore, les veillées furent interdites, et les jours consacrés au jeûne gardèrent seuls le nom de vigiles ^ L'explication fut classique : elle est donnée identique et presque dans les mêmes termes par Jean Béleth, dans son Divinorum officiorum expli-

1. « Populus, qui ad festum confluxerat, tota nocte in laudibusvigilare solebat. Postquam vero illusores bonum in ludibrium permutaverunt, et turpibus cantilenis ac saltalionibus, potationibus et fornicationibus operam dederunt, vigiliae interdictae et dies jejunii dedicati sunt, et vigiliarum noraen retinuerunt. » Gemma animae, 1. ni, c. vi. P. -L., t. CLXXII, 644.

catio^ à l'occasion de la vigile de saint Jean-Baptiste ^, et pour ainsi dire consacrée définitivement par Durand de Mende, dans son Rationale dinnorum of/icio- 7'um^. Plus tard, d'autres liturgistes, comme Etienne Duranti', contestèrent, il est vrai, cet historique, mais ils constatèrent que les vigiles, en tant que veillées, étaient en efFet tombées et qu'il n'en restait réellement que le nom appliqué au jeûne.

Quelles étaient les fêtes à Vigiles P — On doit mettre en première ligne, nous l'avons vu précédemment, Pâques et Noël acceptées partout, puis la Pentecôte, en faveur de laquelle on fut toutefois obligé de lutter. Au neuvième siècle probablement, on y joignit l'Assomption, et peu à peu, dans les divers pays, au gré de la dévotion populaire, mais à des dates trop malaisées à fixer, la plupart des fêtes d'apôtres. Ce furent les vigiles devenues obligatoires partout.

A côté de celles-là, il en était d'autres, diocésaines^ ou régionales, imposées par la coutume ou par des constitutions épiscopales, comme la constitution par laquelle saint Perpet établissait à Tours le calendrier des vigiles -*. Il est à croire que partout on fit précéder d'une vigile la fête du saint patron. Ces diversités de

1. « Ideo factum est ut vigiliae mutarentur in jejunia, unde etiam nunc antiquitatis nomen retinuit, vocatur enim vigllia. » c. cxxxvir. Je cite d'après une édition de Naples, 1860, Migne a donné aussi l'œuvre de Jean Béleth dans sa Patrologie latine, t. CCII.

Page 1