‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 91 sur 141 · Ib., p. 129 et · texte numérisé non relu

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seulement par vertu, afin de nous purifier pour commencer le Carême le mercredi, mais parce que la quarantaine se termine le jeudi saint, les deux derniers jours étant jeûnes à cause de leur sainteté. Les clercs aussi sont tenus de commencer leur jeûne à la Quinquagésime ^ comme, dit-il ailleurs, les religieux à la Septuagésime et les Grecs à la Sexagésime^ » C'est là une des dernières attestations en faveur de cet usage. Au xiv® siècle il tomba en désuétude ; le Carême devint égal pour tous et, quant à la durée, désormais sans modification.

V essence du jeûne. — Ce qui caractérisait l'observance du Carême, c'était donc l'observance du jeûne; c'est par le jeûne complet qu'à l'origine, au temps de Tertullien par exemple, on distinguait l'ébauche du Carême des stations hebdomadaires qui n'obligeaient qu'au demi-jeûne.

Quel était donc le caractère essentiel du jeûne? A considérer la discipline ancienne, on dirait volontiers que le jeûne avait deux caractères essentiels : l'admission d'un seul repas par jour et l'heure tardive à laquelle on le prenait. En réalité, pourtant, le seul caractère essentiel, d'après l'Eglise, c'est le premier : le jeûne n'admet qu'un seul repas par jour. C'est encore le principe admis. Toutefois les modifications introduites quant à l'heure où l'on prenait cet unique repas, ont eu sur le jeûne lui-même des répercussions considérables.

4. Rationale divinor. officior., 1. VI, c. xxviir, 5, et xxiv, 6.

On a vu plus haut que les fervents des tout premiers siècles allaient encore plus loin, puisqu'ils passaieAt quarante heures consécutives sans manger. Mais cette rigueur n'était pas à la portée du commun. Au m® siècle, la Didascalie indique très clairement à quelle heure se termine chaque jour le jeûne : c'est à la neuvième heure, c'est-à-dire vers trois heures de l'après-midi; c'était un minimum, sans doute, car les Pères grecs, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Épiphane indiquent plutôt que le jeûne se terminait avec le jour. L'historien Socrate donne la même décision que la Didascalie, mais les Constitutions Apostoliques font une différence entre les grands jeûnes, c'est-à-dire ceux de la semaine sainte, et les jeûnes ordinaires : aux premiers l'heure du repas est l'heure des vêpres, c'est l'heure de none pour les autres. En dehors de ce repas, aucune nourriture n'était permise,

A la fin du vm^ siècle, l'heure du repas est toujours après none. Le jeûne, en effet, continue toujours jusqu'après la messe, or c'est à l'heure de none que l'on célèbre la messe ^ de la férié, le mercredi des cendres. C'est même sur ce point qu'on demeura longtemps le plus sévère. Même lorsque les rigueurs de l'abstinence commencèrent à être notablement atténuées, on tenait encore à l'heure tardive du repas. Théodulfe d'Or-

1. « ut feria IV ante initium quadragesime, quam Romani caput jejunii nuncupant, sollemniter celebretur cum laetania et missa post horam nonam. » ConciVSalisburg. (800), c. x. Monum, Germ., Concilia,

léans, au ix^ siècle, atteste que ceux-là ne jeûnent pas véritablement qui, à l'heure de none, se hâtent de prendre leur repas : ils ne satisferont pas au précepte s'ils mangent avant que l'office du soir ait été célébré. C'est après la messe, après l'office du soir et les aumônes qu'on donne ensuite aux pauvres gens, qu'il est permis de prendre sa nourriture ^ Gratien, au xii^ siècle, en introduisant ce texte dans sa compilation, accepta et affirma pour sa part cette discipline.

Elle avait d'ailleurs quelque peine à se maintenir. Un fort courant suivait les décisions de la Didascalie : sans scrupule on rompait le jeune à none. Au x^ siècle, Rathier de Vérone n'y trouve rien à redire, et l'on sait que Charlemagne anticipait, en Carême, ses vêpres, afin de manger quelque peu avant l'heure de none ; il avait en vue, étant donné l'organisation de la cour impériale, de permettre ainsi à ses serviteurs de prendre leur repas à une heure convenable. Bien plus, au commencement du xiii® siècle, Alexandre de Halès affirmait que c'était l'Église qui avait indiqué cette heure comme terme du jeûne : il en donnait des raisons mystiques très hautes, celle-ci par exemple, que le Christ ayant rendu l'esprit et cessé de souffrir à la neuvième heure, l'heure de none était l'heure convenable pour cesser la mortification du jeûne.

Saint Thomas légitima cette heure par d'autres raisons. A ceux qui lui objectaient que dans l'Anciei?

1. c. Soient, Dist. I, de Consecratione. Cf. uq texte de Leges ecclesiasticae, du x* siècle, donné par Mansi, t. XIX, 191, qui ne permet de rompre le jeûne du Carême qu'entre quatre et six heures du soir.

Testament le jeune durait jusqu'à la nuit et qu'on ne pouvait faire moins sous la Loi nouvelle plus parfaite que l'ancienne, il répondait par le texte de saint Paul : La nuit est venue la première, mais le jour approche; la nuit c'était l'Ancienne Loi où l'on devait jeûner jusqu'à la nuit; depuis Jésus-Christ le jour était venu, le jeûne pouvait se terminer le jour^ Il ne fallait même pas urger ce point de détail avec une telle minutie, il suffisait que ce fût vers l'heure de none ; pas n'était besoin d'astrolabe pour mesurer l'heure exactement. Si, même, il y avait quelque danger à attendre l'heure, on pouvait très bien la devancer quelque peu. En effet, l'heure indiquée par la nature pour le dîner étant midi, la pénitence exigeait simplement qu'on dépassât cette heure les jours déjeune.

Ces raisons, toutefois, ne suffirent pas à fixer pour toujoursla pratique. Les scolastiques étaient de grands raisonneurs. En cherchant à se rendre compte de l'essence des choses, ils avaient constaté que l'essence du jeûne c'est l'unicité du repas; le reste n'était que modalités plus ou moins indifférentes et accessoires, qu'il fallait savoir sacrifier, au besoin, pour conserver l'essence. La coutume, au surplus, commençait à s'introduire de prendre son repas à l'heure de sexte, à midi. On lui aplanit la route par ces arguments. Au xiv^ siècle elle était si bien implantée que les gardiens de la discipline ecclésiastique l'adoptèrent unanimement : pape, cardinaux, les Religieux même, voués spéciale-

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