‹ Histoire des commandements de l'eglise [microform]Chapitre 93 sur 141 · Summa theologîca, ïi» H", qu. cxlvh, art. vr, ad · texte numérisé non relu

Summa theologîca, ïi» H", qu. cxlvh, art. vr, ad

HISTOIRE DES COMMANDEMENTS DE l'ÉGUSE. 15

La coutume variait avec les divers lieux, la quantité aussi. Dans les monastères ,'où toutes choses sont mieux réglées, cet adoucissement, formé de fruits, d'herbes, de pain, d'eau ou de vin, étaitpris en commun pendant qu'on lisait les collationes de Cassien ; on lui donna le hom de collation. On s'efforça simplement de la maintenir si restreinte qu'elle n'équivalût jamais àun repas. Ainsi, l'essence du jeûne était sauvée.

La collation était pour le soir. Le matin aussi les tempéraments affaiblis éprouvaient le besoin de quelques adoucissements. Puisque le liquide ne rompt pas le jeûne, on ne pouvait l'interdire. Les electuaria non plus, on l'a vu, ne rompent pas le jeûne, s'ils ne sont pris en grande quantité et per modum cibi; ils étaient également permis. L'eau, le vin, le café étaient plutôt simples liquides ; le chocolat à l'eau fait figure d'electuaj'ium : tous furent tolérés. Un peu de pain est parfois nécessaire avec le vin ou le café, ne potus noceat, pour ne pas gêner les estomacs délicats ; on le permit, et l'on eut ainsi la bouchée de nourriture appelée communément frustulum. Par ces moyens on avait garanti l'unicité du repas.

L'dge auquel on est tenu déjeuner. — Quand on eut déterminé l'essence du jeûne, on voulut déterminer aussi l'âge à partir duquel on était obligé de jeûner.

Durant de longs siècles la réponse fut d'ordre pratique plutôt que théorique : on jeûnait dès qu'on se sentait capable de le supporter. Les textes les plus anciens, comme celui du concile de Tolède de 653, c. IX, ne parlent pas de l'âge auquel on est tenu de

jeûner, mais seulement des causes de l'abstinence ^ .

Le concile de 633 ne parlait que du vendredi saint, dans le canon VIII où il disait que ce jour-là tout le monde, hors les petits enfants, les vieillards et les malades, doit jeûner jusqu'au soir après le coucher du soleil, sous peine de n'être pas admis à la communion pascale ^. Mais l'indication fut retenue. Au ix^ siècle, Rodulfe de Bourges n'exemptera, lui aussi, du jeûne que les infirmes et les enfants ^.

On arriva jusqu'au xii^ siècle sans nouvelle précision théorique. En fait, les uns jeûnaient à partir de quinze ans, d'autres ne s'y croyaient obligés qu'à vingt et un ans. Alexandre de Halès choisit la moyenne : pour des raisons d'ordre canonique et biologique, il fixa l'obligation initiale du jeûne à dix-huit ans, l'âge fixé par l'Église pour l'entrée en religion. Mais ses arguments rie satisfirent pas saint Thomas. Le grand docteur recula jusqu'à vingt et un ans, à la fin du troisième septénaire, l'obligation juridique du jeûne, car c'est à cet âge que chez le plus grand nombre de jeunes gens finit la croissance et ses besoins spéciaux de nourriture •'. Le chiffre fut accepté et la discipline fixée désormais sur ce point.

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