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CHAPITRE VII

Théobald, comte de Ferrette.

Le comte Théobald de Ferrette, dont on va analyser des documents , eut aussi deux femmes ; la première, appelée Catherine, était fille de Walter de Klingen, on trouve déjà son nom en 4278 ; et la seconde, Marguerite, était de la maison de Blanckenberg qu'on a aussi appelée de B la mont, mais nous n'avons pas pu trouver sa filiation dans la famille des Neuchatel , sires de Blamont.

Après la mort du comte Ulric I , il prit l'administration de tous les domaines de sa famille ; mais, déjà du vivant de son père , il passait pour un chevalier renommé et prenait fréquemment le titre de comte de Ferrette, sans doute par suite de la mort de ses frères (I). Lorsque le roi des Romains , Rodolphe de Habsbourg , vint à Baie , le 4 3 janvier 4274 , Théobald se hâta de se rendre à sa cour qui était nombreuse et fort brillante. A l'arrivée de l'empereur, l'évéque de Bàle , Henri de Neuchatel , lui fit une grande réception, allant au devant de lui, non plus avec des lances, mais avec des cierges portés par tout le clergé de la ville, parmi lequel le dominicain de Colmar compte 42 frères prêcheurs, 20 frères mineurs, 42 carmes et 8 frères de la B. V. Marie. (2)

Le 45 juin suivant , l'empereur confirma à cette ville , les privilèges donnés par son prédécesseur Henri VII, et l'on voit parmi les témoins de cet acte, le nom de Théobald comte de Ferrette (3)

A cette époque, l'Europe était agitée par le bruit d'une nouvelle croisade. Après deux ans de vacance, le siège pontifical de Rome venait d'être conféré à Thicbaud, archidiàcre de Liège , qui alors était en Palestine. Avant de quitter la Terre-Sainte, il promit d'y envoyer de prompts secours dont elle avait grand besoin. Les chrétiens d'Orient, au lieu de tourner leurs armes contre les infidèles, se battaient entre eux pour la possession du royaume de

(1) Trouillat, T. II, 848 , acte du 1" ovril 1274.

(2) Annales des dom. de Colmar.

(3) Trouillat, T. II, 250.

Jérusalem , qui n'existait plus que de nom. Ceux d'Occident, occupés de leurs propres querelles, dégoûtés de l'insuccès de deux siècles de croisades infructueuses , étaient peu disposés à faire une nouvelle expédition. Mais Grégoire X ne se rebuta point. A son retour en Europe, il s'appliqua à mettre la paix entre les princes chrétiens ; il convoqua un concile à Lyon et s'y rendit en 1275. Profitant d'une solennité qui devait avoir lieu à Lausanne, pour la consécration de la cathédrale , il invita l'empereur à s'y trouver, pour traiter ensemble de la pacification de l'empire qui se ressentait encore des troubles d'un long interrègne. 11 lui fit entendre qu'il pourrait reconnaître son élection comme empereur, et il sut si bien le flatter, que Rodolphe se trouva a Lausanne le 15 octobre 4275 avec une cour nombreuse (1 ). Mais là , Grégoire X impôsa pour condition à la reconnaissance de Rodolphe, comme empereur d'Occident , l'obligation de conduire une armée en Palestine. Les prédications qui eurent lieu alors , ébranlèrent les convictions de Rodolphe , et il se laissa aller à prendre la croix avec l'impératrice. Leur exemple entraîna une grande partie des nobles qui raccompagnaient, à se croiser le 18 du même mois. Théobald , comte de Ferrette , et sa femme Catherine de Klingen, furent de ce nombre. Le pape recommanda alors à ces nouveaux croisés de se tenir prêts à s'embarquer deux mois après la fête de la purification, ou le 2 février suivant.

Rodolphe avait avec lui l'évéque de Râle , nouvellement élu par son influence, après la mort du belliqueux Henri de Neuchatel. C'était le fils d'un artisan d'Ysny en Suabe, qui était entré dans l'ordre des frères mineurs et avait su se ménager la faveur du comte de Habsbourg, ensuite devenu roi. Il obtint alors la confirmation de son élection par le pape et revint à Bâle vers le milieu de novembre , avec l'empereur et sa suite. (2)

Bàle était en grande faveur chez le roi, son séjour lui plaisait et il y alla souvent avec sa cour. Etait-ce pour cela qu'on y prêchait la croisade avec tant d'ardeur? cela est probable. Mais malgré tant de prédications, malgré les

(1) Annales de Colmar , |275. — Muller, hist. de la conféd. Suisse, T. II, 123 et suiv. Documents manus. du chanoine Fontaine, T. Il, p. <53, et autres sources.

(2) Les annales de Colmar disent que l'évéque , après sa confirmation par le pape à Lausanne , revint à Bile et dit seulement alors sa première

lettres amicales, puis pressantes, puis menaçantes de Grégoire, Rodolphe ne se mettait pas en devoir de partir pour la Terre-Sainte , ayant déjà fort à faire pour gouverner des états encore profondément troublés par 28 ans de désordres. Peut-être que des menaces, le pape aurait passé à des actes, lorsque la mort le surprit au commencement de Tannée

C'est durant ces entrefaites que Rodolphe , étant à Mie au mois de mai de la même année , à l'époque même où il aurait dù faire son voyage en Palestine, reçut le plus brillant accueil du comte de Ferrettc. Les annales de Golmar disent que ce comte tint une cour plénièrc le 25 mai, à laquelle assistèrent le roi, la reine, le duc de Lorraine et beaucoup de chevaliers, mais elles ne nous apprennent point si cette cour se tint à Baie ou à Ferrette.

On ne sait pas si les comtes de Ferrettc avaient un hôtel à Bàle , comme en eurent plus tard d'autres seigneurs du voisinage, ou bien si le roi et sa cour se rendirent à Ferrette par une de ces belles journées de la fin de mai. Ces sortes de réceptions devaient coûter des sommes considérables , si l'on en doit juger par les dépenses qu'on venait de faire à Lausanne. Le roi y dépensa 900 marcs d'argent pour ses vêtements , et l'abbé de St-Gall fut obligé de vendre une seigneurie pour pouvoir payer son hôte.

Du reste , le comte Théobald était flatté de faire sa cour à ce prince dont il avait été l'ennemi, et il comptait en retirer des faveurs. On le vit aussi, peu de temps après, tenir une cour de justice féodale à son château d'Altkirch , et y recevoir un acte de vente au profit de l 'abbaye d'OJsberg, en présence de dix de ses vassaux nobles et de plusieurs autres personnes. (1) (26 avril 1277).

Un an plus tard, au mois de mars, se trouvant à Bàle avec plusieurs chevaliers du Sundgau , il confirma la vente faite par son père et lui à l'église de Bàle , du comté de Ferrettc et de ses nombreuses dépendances , et , par une stipulation nouvelle, il lui abandonna en toute propriété , le château de Sogrcn et l'avoueric du Sorngau avec toutes leurs dépendances , pour 200 marcs d'argent, ne reprenant en fief que les autres domaines compris dans l'acte du 15 janvier 1271. (2)

(1) Trouillat, T. II, 280.

(2) Même lieu.

Quoique l'acte ne donne pas d'explications sur les motifs de cette vente de la seigneurie de Sogren et de l'avouerie de la vallée de Delémont, qui en était une dépendance, il semble cependant confirmer le récit d'Albert de Strasbourg, disant qu'à une époque peu antérieure à la vente du 45 janvier, le comte Ulric avait déjà traité de cet objet avec l'évéquc de Bàle et était entré si avant en négociation , que plus tard il fallut abandonner Sogren et le Sorngau. Souvent dans ces sortes de documents très-laconiques, on ne désigne que le nom d'un château ou d'une localité vendue avec leurs dépendances, tandis que celles-ci sont très-étendues et comprennent de vastes domaines et des droits d'une grande importance.

Le besoin d'argent a pu contribuer à cette vente de Sogren, cette seigneurie cause d'un des crimes dont le comte Ulric se sentait coupable et qu'il avait avoués dans sa confession de mort. Théobald avait dû faire de grandes dépenses dans ses voyages et les fêtes données à la cour de Rodolphe. Dans ce moment même il préparait une expédition, non plus en Palestine, la croisade était oubliée, mais en Bohême, où l'empereur avait porté la guerre contre Ottoeare. Du moins, il semble que ce comte et son parent, Thierri de Montbéliard, avaient fait des dispositions pour aller au secours de Rodolphe qui n'avait que peu de troupes, et qu'ensuite des intérêts privés , des guerres particulières retinrent Théobald en Alsace. Car les annales de Colmar disent que cette année- là le comte de Ferrctte fit prisonnier l'abbé de Luxeuil , et que le roi Rodolphe savait bien le peu de secours qu'il devait attendre de lui et du comte de Montbéliard, qui alors était fort âgé. L'évéquc de Bàle, Henri d'Isny , fut plus fidèle à son souverain ; il réunit ses gens de guerre et Conrad Wcrner de Hadstatt, beau-frère de Théobald, se joignit à lui , avec cent hommes d'armes montés sur des chevaux couverts de caparaçons de guerre. L'évêque même avait revêtu une armure magnifique, laissé sa crosse pour prendre l'épée et, à sa suite, il avait un nègre vêtu de blanc et un nain de 3 pieds de haut, appelé le chevalier Conrad. Au moment du combat qui fit perdre le trône et la vie à Ottoeare, Rodolphe empêcha l'évêque de prendre part à la bataille, quoique l'ancien frère mineur en eut grande envie. (1)

Les comtes de Fcrrette et de Montbéliard ne tardèrent

(1) Chronique de Colmar, 4 278.

pas à se brouiller avec l'cvéque de Baie au sujet de leurs droits mal déterminés dans le pays de Porrentruy. On a vu que précédemment ces divers seigneurs avaient eu des démêlés, et qu'il avait été fait plusieurs accords. (1226, 1233, 1236, 1270).

Le comte Ulric de Fcrrette avait bien pu abandonner à son beau-frère Thierri III , comte de Montbéliard , toutes ses possessions dans le val d' Ajoie , le château de Porrentruy et ses dépendances , l'avocatie de Bure et la moitié de ses hommes ressortissant du plait de Cornol ; mais cette cession , faite par Ulric seul , ne paraît pas avoir engagé ses frères Albert et Berthold , puisque celui-ci , devenu évêque de Bàle, revendiqua des droits sur ces mêmes possessions , fit la guerre à ce sujet au comte de Montbéliard , et que cette affaire ne fut réglée qu'en 1250 par un arbitrage de l'évèque de Strasbourg ; nous ne connaissons pas les détails (1).

Henri de Neuchatel, successeur de Berthold, souleva de nouveau des prétentions qui semblent être la suite des premières ; il s'arrangea avec les comtes de Ferrelte , mais on lui attribue l'acquisition faite en 1271 de la ville de Porrentruy , qu'il aurait obtenue , au prix de 260 marcs d'argent, d'un comte Godefroi de Neuchatel en Bourgogne (2). Or à cette époque, ce nom n'appartient pas à la famille des sires de Neuchatel. On l'a cherché dans celle des comtes de Habsbourg, dont l'un, Godefroi, avait épousé une comtesse d'Aurach , parente des comtes de Ferretle ; mais la parente de ce Godefroi avec les Ferrette ne lui donnait aucun droit sur le pays de Porrentruy , qui provenait des anciens comtes de Montbéliard, souche des Ferrette et étrangers à ceux d'Aurach. (3) Aussi nous croyons pouvoir donner une autre explication plus probable de ce passage obscur de l'histoire de cette époque.

Sibille, fille ainée de Thierri III, comte de Montbéliard et d'Adélaïde de Ferrette, avait épousé Rodolphe comte de Neufchatcl-sur-le-lac, et par ce mariage, avait acquis des droits sur le pays de Porrentruy. Après la mort de son époux , elle s'entendit avec son père Thierri pour régler la

(1) Tableau chronol. de l'hist. des comtes de Montbéliard, 100. Trouil- Ut T. II , LXXXV.

(2) Wursteisen. Chroo. de Baie, suivi par plus auteurs. (5) TrouillatT. H, LXXXVI.

succession du comte Rodolphe et de ses nombreux enfants , ainsi que leurs droits éventuels a l'héritage de Montbéliard. Par acte du 8 août 4270 , le comté de Neufchatel échut à son fils ainé Amédée, qui, Tannée précédente, avait épousé Jordanne de La Sarraz (4)

Le nom d'Amédée se traduit en allemand par Gottfried , Gottlieb, comme il se dit aussi en français Godcfroi, Amadicu. Il est ensuite certain que ce comte n'était pas tellement sous la tutelle de Sibille qu'il n'ait pu disposer seul, et précisément alors , de diverses parties de ses biens sans la participation de sa mère et de ses frères (2). Cet Amédée, ou Gottlried pour les allemands, était neveu de l'évêque de Bàle, Henri de Neuchatel, qui alors avait des difficultés pour la possession de Porrentruy. Il devient donc probable que ce fut son neveu qui lui vendit, non pas le château de Porrentruy qui semble avoir formé le sujet des actes précédents, mais la ville qui n'y est pas désignée, quoiqu'elle existât bien certainement (3). Montmolin ajoute que Henri, évéque de Bàle, était un maître homme selon le monde , mais un vrai belitre selon Dieu , ne faisant autre chose que tromper ses neveux et petits neveux , par belles promesses et cajoleries , et les entraînant dans ses querelles par l'espoir de leur laisser sa succession.

Il est encore certain qu' Amédée avait des droits éventuels sur Porrentruy, du fait de sa mère, puisque en 1280, lorsque le comte Thierri , se sentant âgé cl n'ayant pas d'enfants mâles , régla ses affaires , il choisit pour héritier du comté de Montbéliard , Renaud , fils de Hugues de Chàlons , comte palatin de Bourgogne , en faveur du mariage arrêté entre ce jeune seigneur et Guillaumelte , fille d'Amédée de Ncuchàtel , et arrière petite fille du comte Thierri. Amédée et ses frères consentirent à cet arrangement , à la condition que si les jeunes époux ne laissaient point d'enfant, le comté de Montbéliard reviendrait aux comtes de Ncuchàtel. Cet acte, dont l'original n'existe plus, est rappelé fort au long dans une charte du comte Renaud , du mois de

(1) Matilc, monum. de Neuchâlel. — M. de Monlmoliu , mém. sur Neuchâlel, p. 150 , dit que cette Jordanne était de la maison de Neucbâlel-Arbcrg cl cousine ou tante à la mode de Bretagne d'Amédée. — L'armoriai de Ncuchàtel a admis cette dernière opinion.

(2) Malile, mon. de Neuchâlel. — Montmolin, 103 à 150. — Boyve, annales de Neuchâlel , T. I, p. 247.

(3) Montmolin, p. 158.

mai 1282 : on y voit que parmi les domaines promis à celui-ci , comme devant faire partie du comté de Montbéliard , se trouvent Porrentruy et la châtelainie , Milandre et ses appendices , etc. (1)

Ces documents prouvent d'une manière évidente que, jusque là, le comte Amédéc ou Godefroi de Ncuchâtel avait eu des droits sur Porrentruy, droits éventuels dont il ne pouvait pas jouir du vivant de son grand-père Thierri , mais dont il croyait pouvoir disposer en faveur de son oncle l'évêque de Baie.

Du reste , les droits de révéché de Bâle sur le Porrentruy étaient encore assez incertains ; beaucoup d'actes sont perdus et ceux qui restent trop peu explicites. C'est ainsi qu'on voit en 1280, le comte Thierri prendre en fief de l'évêque de Bâle , l'avoucrie d'Ajoic et celle de Bure , sans pouvoir les aliéner ou les transmettre à ses successeurs (2). Or en 1236, ces mômes biens lui avaient été cédés par son beaufrère Ulric de Ferrctte, cl ce fut sans doute cette cession, faite sans la participation de son frère Bcrthold , qui amena en suite la guerre entre celui-ci et le comte de Montbéliard, puis l'intervention de l'évêque de Strasbourg et, selon toute apparence, un arrangement par lequel le comte Renaud fut obligé de céder ses droits à révéché de Baie , moyennant les reprendre aussitôt à titre de fief, selon un usage fréquent.

Cependant, nonobstant tant d'actes et d'arrangements, les comtes de Ferrctte n'avaient pas renoncé à toutes leurs prétentions sur Porrentruy ; il paraît môme qu'il en résulta une guerre entre Thcobald et l'évôque de Baie , qui amena l'intervention de l'empereur (3). Boyve et autres auteurs racontent qu'un certain Didier, comte de Ferrette, après avoir vendu ses droits sur Porrentruy , les aurait repris par la voie des armes , mais que vaincu par le roi Rodolphe ,

(1) Tableau chronol. de l'hisl. des comtes de Montbéliard, p. 112, 114, 115.

Sibille était la fille atnée de Thierri de Montbéliard , cl sa sœur cadette , Marguerite , épousa Thiebaut 111 , sire de Neucbàtel en Bourgogne t qui eut d'autres domaines en partage. En 1270 , ces dames avaient un frère, Richard , mais son existence était fort incertaine , et il n'avait pas d'enfant.

(2) Trouillat, T. Il, 328.

(3) Boyve, annales de Neuchâtcl , T. 1, 239. Plusieurs hist. manusc. de révichc de Bâle.

celui-ci le fit décapiter. Mais il y a erreur, puisqu'il n'a point existé de comte de Ferrettc de ce nom, et les actes suivants prouveront qu'on a confondu Thierri de Montbéliard avec Théobald de Fcrrette.

Ce qu'il y a de positif, c'est qu'au mois de mai de l'année 1281 , Théobald de Ferrette convint avec l'évéquc de Bâle de nommer des arbitres pour examiner quels étaient leurs droits respectifs sur le château de Porrentruy , ville et dépendances , et de régler en même temps une autre difficulté au sujet du château de Florimont, qui appartenait alors, en partie , à la veuve de Louis , comte de Ferrette , frère de Théobald. Cette dame, comme on l'a vu, était de la maison de Rappolstein et elle administrait les domaines de son fils mineur, Ulric sire de Florimont (1).

L'évéquc promit alors que, si cette dame lui vendait sa part de ladite seigneurie , dans un délai de cinq ans , il laisserait la moitié de cette part à Théobald de Ferrette, avec le château, les hommes qui étaient dans la ville, quclsqu'ils fussent , et les biens allodiaux ou d'héritage. — Il fut même stipulé que, si la part d'Ulric revenait à sa mère et que l'évéque achetât le tout , cette moitié serait aussi laissée à Théobald , qui prit un engagement semblable envers l'évéquc. Les deux contractants firent ensuite une alliance entre eux , par laquelle Févèque promit de venir au secours du comte, avec au moins 30 chevaux caparaçonnés, et, s'il en était besoin, avec toutes ses forces, et ce, à ses frais, mais pour une durée de service qui ne devait pas dépasser quatorze nuits. Le comte contracta le même engagement avec au moins vingt chevaux et, s'il le fallait, toutes ses forces, pour le même espace de temps.

Cette alliance, qui devait durer cinq ans, ne pouvait avoir d'effet contre le roi des Romains , le comte de Montbéliard et l'abbé de Murbach. En cas de non exécution de ces conventions , il fut arrêté que la partie qui y manquerait paierait à l'autre 300 marcs d'argent dans un délai de do jours. À cet effet, on désigna de suite des cautions, et celles du comte furent quinze chevaliers presque tous ses propres vassaux.

Ce traité se fit à Colmar en mai 1281 , et fut scellé par l'empereur Rodolphe et quelques autres grands seigneurs qui l'accompagnaient (2).

(1) Hergott, geneal. dipl. Habs. T. III. Medio Maii 1281.

(2) TrouUlal , T. II , 33* à 339. 2 actes de la mi-mai 1281.

Les arbitres ayant sans doute reconnu le bien fondé des réclamations du comte de Ferrcttc, celui-ci céda, le 20 octobre suivant , à l'évéque de Bâlc, tous ses droits sur Porrentruy, l'avocatie d'Ajoie, celle de Bure et leurs dépendances, en y comprenant les droits que pouvait y avoir le comte Thierri de Montbéliard, pour le prix de 180 marcs d'argent. (1)

Il ne paraît pas que le comte de Montbéliard ait accepté cette nouvelle convention faite par son neveu, puisqu'on Ta vu, l'année suivante , disposer d'une autre manière, précisément d'une partie de ces mômes droits et propriétés. Du reste , Thierri était alors fort âgé et il mourut avant le 4 septembre 1282 , dàte où l'on voit Renaud de Bourgogne, héritier de Montbéliard , revendiquer des droits sur le pays de Porrentruy.

Aux termes de l'inféodation de 1280, l'avocatie d'Ajoie et celle de Bure devaient revenir à l'évéque de Bâle, après la mort de Thierri , mais son successeur ne l'entendait pas ainsi. Il parait qu'il réclama tout ce qui avait fait partie des accords précédents , et qu'ensuite des nombreuses contestations qui surgirent, de suite après la mort de Thierri, il fallut en venir à un arbitrage. Cet acte se fît sous le tilleul de Gourgenay, près du monument celtique de la Pierrepercée, où se tenaient les plaits d'Ajoie et de la mairie d'Aile (2). Ce document très-remarquable renferme des dispositions minutieuses qui témoignent du peu de confiance qu'il y avait entre les contractants. Aussi, nonobstant tous les soins qu'on prit alors pour mettre fin à ces difficultés , par une sentence arbitrale à rendre dans un délai fixé , celui-ci n'était pas encore écoulé quand la guerre éclata.

Le jeune conte de Montbéliard , impatient de se mettre en possession des vastes domaines qu'il venait d'hériter et d'étendre ses droits, sans trop consulter la justice, n'attendit pas le délai fatal et préféra s'emparer de suite de Porrentruy.

L'évéque de Bâle ne se sentant pas assez fort pour lutter seul contre Renaud puissamment apparenté, ne pouvant compter entièrement sur le secours du comte de Fcrrette , qui ne s'était pas engagé contre celui de Montbéliard , eut recours à l'empereur Rodolphe. Son aide ne se fit pas

Cl) Trouillm, T. H, 543.

(2) Même lieu, T. II, 300, année 1282, A septembre.

attendre. Ce prince arriva en personne à Bâle et joignit à son armée les troupes des évoques de Bâle et de Strasbourg et celles du comte de Thierstein.

L'armée se mit en marche les premiers jours de mars 1283, longea le revers septentrional du Jura, passa près de Ferrette dont le comte fut entraîné à prendre part à cette guerre , et vint camper à l'extrémité orientale de la plaine d'Ajoie , près de Charmoille. C'était la route que les Allemanes avaient plusieurs fois suivie en pénétrant dans les Gaules.

Les moines de Lucelle, craignant pour les suites de la guerre, coururent au camp de Charmoille pour prier le roi de prendre leur abbaye sous sa sauvegarde , ce qu'il fit aussitôt, et le témoignage de Théobald, comte de Ferrette, fut inscrit dans le diplôme après celui du Burgrave Frédéric. (4)

Renaud ne se laissa pas intimider et, comprenant toute l'importance de défendre Porrentruy situé à l'ouverture des chemins qui conduisaient à Montbéliard , se jeta dans la place avec de bonnes troupes et de vaillants chevaliers. La ville et le château soutinrent un siège de six semaines et ne se rendirent que le vendredi saint, 46 avril. Celte expédition occasionna de fortes dépenses au comte de Ferrette, comme on en reconnaît des traces dans un acte de la môme année. (2)

Le siège de Porrentruy fut immédiatement suivi de celui du château de Milandrc qui fut pris et brûlé. Alors le comte de Montbéliard, ne pouvant plus résister à l'armée impériale, fut forcé de se soumettre. Il renonça à toutes ses prétentions sur Porrentruy, sur les avoucries d'Ajoie et de Bure, et sur le château de Milandre , et même il dut céder encore d'autres terres à l'évéché de Baie, pour ne plus les tenir de cette église qu'à titre de fief. (3)

Un an après , Renaud faisait une nouvelle alliance avec l'évéque de Bàlc et promettait que lui et ses gens ne porteraient aucun préjudice à son église, et cependant nonobstant

(1) Epilomc fiislorum Lucel. Buchinger. — Trouillal, T. 11 , p. 372. — Walch , tnUcel. Luccl.

(2) Trouillal, T. II , p. 375, noie 2.

(.">; Trouillal, T. H. Plusieurs actes concernant le siège et les suites de la prise de Porrentruy, 1283 à 1284.

Ce fut à la suite de ce siège que l'empereur donna à Porrentruy les mêmes franchises dont jouissait la ville de Colmar.

tous ces accords , il surgissait encore fréquemment de nouvelles contestations , toujours sur le même sujet. (4)

Mais alors toutes les promesses étaient de peu de valeur et les plus grands seigneurs ne se faisaient pas scrupule de manquer de parole. On en vit bientôt une nouvelle preuve. L'évéque Henri d'ïsny, ce protégé de l'empereur, ayant passe au siège de Mayencc , et son successeur , Pierre Reich de Reichenstein, n'étant qu'un petit seigneur des environs de Baie, le comte de Montbéliard crut devoir profiler de ce changement , et de l'éloigncment de l'empereur alors occupé en Allemagne, pour renouveler la querelle avec l'évéque. Mais Rodolphe ne le perdait point de vue : depuis quelque temps il cherchait à le contraindre, ainsi que son frère Otton, comte de la Haute- Bourgogne cl le comte de Ferrelte à reconnaître la mouvance de leurs domaines de l'empire d'Allemagne, comme il le fit aussi pour le comte de Neuchàtel. Ces comtes se regardaient comme indépendants, et pour le moment, ils auraient plutôt penché pour la France que pour la maison de Habsbourg dont la puissance croissante leur faisait ombrage.

Au rapport de Dunod , l'empereur aurait chargé l'évéque de Bàle de les inquiéter à ce sujet et même de les forcer à reconnaître sa suzeraineté (2). Mais il y avait déjà assez de ferments de discorde entre l'évéque et le comte de Montbéliard, sans rechercher si haut la cause de leurs difficultés. Les actes prouvent que Renaud n'entendait pas ratifier les engagements de son prédécesseur, ni les siens. Il se sentait fort de l'appui de son frère, le comte Palatin, récemment revenu de Sicile avec l'élite des chevaliers de ses domaines et il sut entraîner le comte de Ferrette dans son parti.

La guerre recommença contre l'évéque de Baie avec des succès divers. D'après les annales de Colmar, elle éclata en 1287 par une invasion dans les environs de Porreniruy où les gens de l'évéque furent battus et perdirent plusieurs prisonniers. Pierre Reich se ligua alors avec le comle de Fribourg qui lui amena une nombreuse noblesse allemande. Il appela la vaillante bourgeoisie de Bâle et les gens de guerre de ses étals, et se voyant à la tête d'une forte armée , il entra dans le pays de Montbéliard où il commit de grands ravages. A la vue de l'ennemi, beaucoup plus faible en

(1) Hergolt, T. III , 525, aclc du 25 oclobre 1285.

(2) Dunod , hisl du comté dé Bourgogne , T. II , 2 H.

nombre que l'armée épiscopalc, les chevaliers transrhénans ne purent contenir leur ardeur. Il n'y avait alors ni tactique, ni règle dans la guerre; les chevaliers ne cherchaient qu'à faire des prouesses et s'occupaient peu de l'issue générale du combat. Les Allemands lancèrent leurs lourds chevaux contre les barons Bourguignons, sans attendre l'arrivée des Bàlois et des autres gens de pied , mais ils furent culbutés, mis en désordre, et perdirent dans leur fuite un grand nombre de chevaliers qui furent pris par les Bourguignons. Les Bàlois arrêtèrent ceux-ci et tinrent ferme, mais n'étant plus soutenus, ils perdirent aussi beaucoup de monde.

Selon les annales de Coimar, ces deux expéditions auraient eu lieu à la fin de l'année 4287 ; déjà alors l'empereur serait intervenu par la force des armes et les comtes bourguignons auraient été forcés de relâcher les prisonniers contre une rançon si forte, que le roi en aurait été embarrassé (1). Mais nous croyons qu'il y a erreur de dâte et que la défaite de l'armée épiscopalc n'eut lieu qu'au printemps de l'année 1288, pendant que l'empereur assiégeait la ville de Berne. Ce prince, voulant poursuivre ses projets contre les comtes et les forcer , ainsi que la ville de Besançon , à reconnaître leur vassalité de l'empire, remit la continuation du siège de Berne à la noblesse du voisinage et marcha contre les comtes en passant par le Jura , avec le restant de son armée, forte encore de plus de 20 mille hommes. Porrentruy fut repris, le pays dévasté , selon l usagè, pendant plus de trois semaines , Montbéliard emporté , et enfin l'armée impériale , poursuivant ses succès , alla mettre le siège devant Besançon au mois de juillet (2). Mais la ville était forte, et les comtes Bourguignons restés en dehors des murs , tenaient la campagne , inquiétaient les quartiers du roi et coupaient tellement les vivres à son armée qu'elle ne pouvait plus subsister. Un jour que ses officiers se plai-

(1) Les Annales de Coimar nous disent anssi que, vers cette époque, le comte Renaud ayant pris trois citoyens de celle ville , leur Ht payer une rançon de 40 mille livres.

(2) Suivant la chronique de Closener, celle expédition aurait eu lieu en juillet 1289 , mais celte dite , comme celle de 1287 , ne s'accorde pas avec les faits , ou bien , il aurait fallu qu'il y ait eu au moins deux expéditions successives, ce qui n'est pas probable. — V. aussi les Annales de Coimar-

gnaient de cette disette absolue , le roi leur répondit qu'il fallait que la victoire leur donnât des vivres.

Celte parole ne fut pas perdue ; dès la nuit suivante, un corps de douze à quinze cents hommes des Waldstetten , gens habitués à la guerre de montagne , surprit le quartier du comte de Ferrettc, y causa un grand désordre et n'en sortit qu'après avoir dévasté son camp et en emportant un riche buttin.

Cependant la guerre traînait en longueur et fatiguait les deux partis. Les comtes bourguignons ne trouvaient pas tous qu'il fût profitable de se ruiner pour assurer au roi de France une suprématie sur leurs terres, au lieu de les faire relever de l'empire. Les deux partis se rapprochèrent, mais ne pouvant s'entendre dans le moment même , surtout à raison des prisonniers que Rodolphe voulait faire rendre de suite, mais dont la rançon l'effrayait, on convint d'une conférence à Bâle, après la cessation des hostilités. Elle eut lieu en effet, les comtes de Bourgogne, de Montbéliard , de Fcrrette, et les principaux seigneurs de leur armée se rendirent dans cette ville au mois de septembre, et là, au dire de quelques auteurs , ils firent hommage au roi Rodolphe de leurs comtés comme relevant de l'empire. Cet hommage parait douteux , et il y a toute apparence que les comtes ne reconnurent la mouvance de l'empire qu'en termes vagues , pour les terres seulement qu'ils pouvaient tenir de lui , et qu'après l'issue incertaine de la guerre , Rodolphe se contenta de cette espèce de soumission. (4)

Il est certain qu'en cette occasion il y eut de nombreux débats, qu'on chercha à séparer la cause du comte de Fcrrette de celle de ses alliés , puisqu'on l'amena à faire une alliance de cinq ans avec l'évêque de Bâle contre les Français (contra gallicos) excepté le comte de Neuchâlcl, et ce traité se fit sous le sceau du roi Rodolphe. Alors encore

(1) H. de Gingins, mém. et doc. T. XIV, 98 et 99, croit que les historiens frano-comlois ont tort de prétendre que le comté de ftlontbcliard ne relevait pas immédiatement de l'empire , et il cite à ce sujet une investiture du caslrum , oppidum et comitatum Monlisbeligardi donnée par l'empereur Rodolphe au comte Renaud de Bourgogne le S des ides de juin 1384. — Duvernoy, notice sur Héricourt, 5i , N° 40. — M. Trouillat, T. I , p. 657, année 1259, cite un acte tiré de Scbœpflin, Alsat. dipl. 1 , 435 , par lequel Tbicrri , comte de Montbéliard , (ait hommage lige à Thicbaud, comte de Champagne, roi de Navarre, dans lequel il ne réserve nullement l'empereur ou l'empire , mais seulement le duc de Lorraine , le comte de Ferrette et quelques ecclésiastiques.

Théobald de Ferrctto fut choisi pour arbitre avec Robert , duc de Bourgogne , Frédéric , duc de Lorraine , et Jean de Chàlons pour régler les difficultés qui existaient entre l'évêque de Bàle d'une part, et Renaud de Montbéliard et le sire Thiebaud de Neuchatel en Bourgogne d'autre part (4 ). Ce ne fut que plus tard, 3 mai 4294 , que le comte palatin, Otton de Bourgogne, contracta à son tour une alliance avec révoque de Bàle , en réservant quelques personnes , parmi lesquelles figure Théobald , comte de Fcrrette. (2)

A l'occasion des séjours de l'empereur Rodolphe à Bàle, avec les comtes Bourguignons et leur nombreuse suite, une vieille chronique en vers renferme le passage suivant. (3)

S'en ung lieu restait quatre jors,

Grand foison dames et a mors,

S'y rendoient, et drès caiolloient.

Et grand liesse li donnoient.

On voit par ces vers qu'alors comme maintenant, les diplomates ne s'occupaient pas exclusivement des grands intérêts qui leur étaient confiés.

Le traité du comte de Bourgogne avec l'évéque de Bâlc, en mai 4291 , fut le dernier acte d'intervention de l'empereur Rodolphe dans les affaires du comte de Ferrette. Ce prince mourut le 45 juillet suivant, après dix ans de règne. Aussitôt qu'il eût cessé de vivre, l'empire retomba dans des luttes sanglantes pour la possession de la couronne. Rodolphe avait su largement étendre la puissance et les domaines de la maison de Habsbourg et constitué le grand duché d'Autriche pour son fils Albert, mais il n'avait pu réussir à lui assurer le sceptre de l'empire , que les électeurs remirent à Adolphe de Nassau, en mai 4292, après un an d'interrègne fort agité.

Plusieurs villes et seigneurs penchaient pour la maison d'Autriche, et parmi les premières, Colmar se souleva

(1) Trouillat, T II, 454. Actes de 1288.

(2) Trouillat, T. II , 501. Ou peut consulter sur ces événemeuts raconté» fort diversement pour les dates et les faits : Les annales îles dominicains de Colmar , — les auteurs cités par Bahuicr , foules reruai germ.

— chron. de Colmar, — ebron. de Tsrbudi , — Urstisius, — Ochs, T. 1 , 447 , en partie copie par Millier, hist. de la conf- Suisse , T. 11.

— Puis les actes et documents cites ou rapportés par Trouillat . T. II.

— Dunod , hist. du comte de Bourg, T. il, 214, — • chronologie de Thist. des comtes de Montbclurd . .57. Fréd. de Giugins, daus son fflém. sur les comtes de Montfaucon et plusieurs autres auteurs.

C3) Muller, hist. de la couféd Suisse, T. II, 140.

ouvertement contre l'autorité du roi Adolphe. Par contre, Théobald de Ferrelte prit chaudement son parti et fit alliance avec l'évêque de Bàle qu'il avait combattu les années précédentes. Le 17 juillet 1393, il convint avec lui de l'aider de ses conseils et de lui prêter son secours envers et contre tous, excepté contre le roi des Romains , Adolphe de Nassau, contre l'évêquc de Strasbourg, Otton d'Ochsenstein, avoué d'Alsace, et Thiebaut, comte ou sire de Neuchàtel, son parent, (1)

Au mois d'octobre suivant , il était dans l'armée du roi des Romains au siège de Colmar. La rébellion de cette ville, dans une contrée ou le duc Albert d'Autriche avait beaucoup de partisans , était trop compromettante pour l'autorité du roi , pour ne pas faire tous ses efforts pour la soumettre. Théobald de Ferrette eut le commandement d'une des attaques de la place, et l'évêquc de Bâle figurait en personne dans l'armée du roi. La ville se fatigua des longueurs du siège et de la tvrannie de son avoué VValter de Rœsselmann et d'un noble voisin , un sire de Rappolstein , redouté par ses brigandages ; des bourgeois ouvrirent une porte au roi, et l'avoué, en prenant la fuite, tomba entre les mains de l'évéque de Bàle. Le roi voulut avoir ce prisonnier à tout prix, et pour l'obtenir, il trompa la bonne foi de révoque en promettant qu'il noterait pas la vie à Rœsselmann. Mais une fois livré, cet homme, naguère chéri du peuple, fut exposé à la risée de celui-ci , accablé d'injures et d'outrages , et alla mourir dans un cachot avec Rappolstein. (2)

Otton d'Ochsenstein , parent du duc d'Autriche , s'était montré hostile au roi Adolphe. Celui-ci lui ôta son avocatic d'Alsace et conféra cette charge à Théobald, comte de Ferrette, vers le commencement de septembre 1297. (3)

Alors la rivalité de la France et de l'Angleterre faisait rechercher par chacune de ces puissances, l'alliance du roi des Romains. Celui-ci accepta d'abord l'argent du roi d'Angleterre et se mit peu en devoir de le secourir. Plus tard , quelques propos méprisants du roi Phi lippe- le-Bel irritèrent

M) Trouillat, T. II, 545.

(2) Annales de Colmar et les diverses hist. d'Alsace.

(3) Même lieu, circa nalivitalem B. M. V. 1997. Schœpflin AU. ill. T. II , 561 , 562. — Il semble cepeudant que la conduite du comte d'Ochsenstein lui avait déjà attiré plus tôt ta disgrâce de l'empereur et que celui-ci l'avait remplacé, avant l'année 1297, et de suite après le siège de Colmar.

Adolphe de Nassau, et l'occasion de s'en venger s'étant présentée, il chargea Théobaïd , comte de Ferrette , d'envoyer du secours à la ville de Lille en Flandres, alors assiégée par l'armée du roi de France (1). Le comte de Ferrette confia le commandement d'un corps de troupes allemandes à son neveu Théobald , fils de Conrad Werncr de Hadstatt, chevalier très-renommé, comme l'avait été son père. Ces soldats très • courageux repoussèrent avec vigueur les attaques des Français, mais, peu disciplinés, ils molestèrent les femmes et les filles des bourgeois, qui les prirent en horreur. Comme ils étaient plus nombreux, que la garnison, ceux-ci résolurent de rendre la ville au roi, après s'être défaits de ces auxiliaires importuns. Ils envoyèrent des émissaires à l'armée du roi ; on dressa une embuscade et, dans une sortie que firent les troupes allemandes, elles tombèrent au milieu des Français qui les massacrèrent toutes ainsi que leur chef, le jeune Théobald de Hadstatt. A cette nouvelle, le comte de Ferrette, fort irrité, s'en vengea en plusieurs rencontres avec les troupes françaises.

En 4297, le nouveau Schultheiss de Colmar expulsa, hors de cette ville, quelques bourgeois partisans d'Albert d'Autriche et mit la main sur 60 marcs d'argent que le prévôt de la cathédrale de Constance , frère du comte de Fri bourg, possédait à Colmar. Le comte vengea aussitôt le vol fait à son frère , en s'emparant de plus de 40 partisans d'Adolphe de Nassau , tous riches et considérés , qu'il traita si durement que plusieurs moururent de faim dans des cachots. A cette nouvelle, le comte de Ferrette, en sa qualité de landvogt d'Alsace , appela les contingents des villes impériales restées fidèles au roi Adolphe , passa le Rhin dans le courant du mois de novembre et alla ravager les domaines du comte de Fribourg. 11 emporta plusieurs places et châteaux réputés jusque-là imprenables, et détruisit les travaux des mines d'argent du Brisgau , dont il dispersa les ouvriers. Aussi longtemps que les contingents des villes furent dans l'armée du langvogt , les paysans qui s'y trouvaient avec eux furent contenus dans une certaine discipline, mais

(1) Les annales et la chronique de Colmar ne nomment pas précisément la ville , mais les circonstances du siège de Lille font présumer qu'il s'agissait de celle place. V. les diverses hist. de France el d'Allemagne.

lorsque les milices des villes se furent retirées, les paysans indisciplines se livrèrent au désordre et au pillage. (4)

Au mois de février 1298 , le comte Théobald se remit en campagne avec plusieurs milliers d'hommes des villes impériales, pour faire une diversion dans les terres do l'évêque de Strasbourg qui assiégeait Hagucnau. Il se jeta d'abord dans la vallée de Sulzmalt qui fut saccagée , prit un château fort, détruisit trois cimetières fortifiés et fit répandre dans les caves le vin que ses gens ne purent consommer. Cette guerre de dévastation continuait de la sorte, lorsque la fortune tourna contre le roi Adolphe. (2)

Les mêmes électeurs qui l'avaient nommé , poussés par diverses intrigues , par l'incapacité du roi , par les partisans de l'Autriche , déposèrent Adolphe de Nassau , le 23 juin 1298, et élurent à sa place, Albert d'Autriche. Adolphe quitta aussitôt l'Alsace à la tête d'une forte armée ; mais, h l'approche de l'ennemi, il se laissa entraîner par son ardeur, et tomba dans un piège que lui tendit Albert. Les deux rois se rencontrèrent le 2 juillet et Adolphe, blessé par son adversaire, fut achevé par d'autres gens du nouveau roi. Il y eut alors réaction en Alsace : ce fut le tour de l'évêque de Strasbourg de ravager les domaines du comte de Ferrette ; il s'y porta au mois de décembre, brûla des villages et des châteaux, et força Théobald à se soumettre au nouvel empereur. (3) Une des conditions de sa soumission, fut l'abandon de sa charge d'avoué d'Alsace, en faveur de Jean de Liechtenstein et le mariage de sa fille Hartzland, avec Otton d'Ocbsenstein , auquel il avait enlevé précédemment l'avocatic d'Alsace. (4)

L'évêque de Strasbourg se montra peu généreux dans sa victoire : oubliant que la vengeance lui était encore moins permise qu'à un prince séculier, il ne se trouva pas satisfait d'avoir ravagé les domaines du comte de Ferrette et de l'avoir contraint à une soumission si onéreuse , mais il voulait encore lui imposer de plus dures conditions , qui furent adoucies par l'entremise d'Olton d'Ocbsenstein, et

(1) Chronique de Colmar-

(2) ChroD. de Colmar. — Les diverses chron. d'Alsace.

(3) Mêmes sources, — Laguille, histoire d'Alsace et autres auteurs.

(4) Scliœpflin Als. ïlt- et autres. On voyait encore en 1760, dans IV glise de l'abbaye de Neubourg , le tombeau de ces deux époux.

d'Ulric de Wurtemberg époux d'une autre fille de Théobald. (4)

L'issue de cette guerre porta une grave atteinte à l'influence politique et au pouvoir du comte de Ferrette, dans ia haute Alsace. Cependant sa fortune n'en fut pas sensiblement diminuée.

Aux vastes domaines qu'il possédait en propre, et dont une partie seulement relevait de l'évéché de Bàle depuis 4 274 , il joignait la possession de diverses avoueriez. Parmi celles-ci f on en remarque qu'il tenait de l'abbaye de Murbach , telles que celles de Heimsbrunn , de Délie et de Boncourt. Celle d'OIsberg et autres étaient des anciennes propriétés des Ferrette. Il possédait également celle d'Hérimoncourt qu'il donna, en 4299, àThiébautdeNeuchatel, en récompense des services qu'il lui avait rendus. Elle comprenait les seigneuries de Daslc, d'Audincourt, deVandoncourt et de Boncourt, et nous présumons qu'elles lui venait de sa seconde femme issue de la maison de Blamont. (2) Il avait de même divers droits de patronage sur des églises, telles que celles de Pfaffans et d'Etucffond qu'il donna à Lucelle en 4296. (3)

Après la mort de son neveu Ulric de Florimont et de la mère de celui-ci, il avait fini par avoir, à lui seul, la propriété de la seigneurie de Florimont et de ses dépendances, mais non pas sans prétentions de l'évéque de Bàle qui revendiqua des droits sur ces domaines , en vertu des contrats qu'on a cités en 4284, et il en résulta même une guerre. Mais les Bàlois intervinrent en faveur de leur cvêque et amenèrent le comte à entrer en arrangement. (4)

L'évéché de Bàle avait passé, en 4300, a Otton de Granson, fils de Jacques de Granson et de Beatrix de Neuehàtel en Bourgogne. Il était neveu du comte de Ferrette , sans doute par sa mère, et à raison de ce que Théobald avait épousé, en secondes noces, Marguerite de Blamont, issue des sires de Neuchatcl. Toutefois , nous n'avons pu réunir suffisamment de documents pour établir cette filiation et cette parenté. Ce fut sans doute à raison de ces liens de

(1) Scbœpflin, Al», rll. T. II. Laguille hist. d'Alsace.

(2) Trouillat, T. III, p. S6 , 41. — Recherches sur Neuchitel par l'abbé Richard , p. 1 H- C'est plutôt Bocourt que Boncourt.

(5) Trouillat , T. Il , Î26.

(4) Albert de Strasbourg , T. I.

famille que l'évêque Otton , en faisant un traité avec la maison d'Autriche en 1308, pour se prêter un secours mutuel, réserva son neveu Théobald comte de Ferrette. (4) D'un autre côté, celui-ci et son fils Ulric, sire de Rougemont , s'étaient ligués avec le comte de Neuchâtel-sur-Ielac, sans doute à raison des difficultés qu'il avait avec l'évôché de Baie , et ne renoncèrent à cette alliance que quelques jours après avoir réglé leurs différends relatifs à Florimont ; cette renonciation eut lieu le 40 février 4309, et le traité pour Florimont, les premiers jours du même mois. Alors le comte de Ferrette déclara qu'il résignait et abandonnait à l'évêque Otton et à l'église de Bàle , le château et la ville de Florimont, avec les hommes qui en dépendaient et toutes les appartenances desdits lieux, droits, juridictions et autres. L'évêque, pour témoigner son désir de mettre fin à toutes discordes et procurer une bonne paix , inféoda aussitôt ces domaines au comte Théobald et à ses successeurs, remettant audit comte tous les griefs qu'ils pouvaient avoir eus précédemment ensemble. (2)

Comme cette seigneurie avait été assignée en douaire à Marguerite de Blamont, par son mari le comte Théobald, cette dame fut obligée, le 5 du même mois ou probablement le même jour , de faire l'abandon de ce domaine à l'église de Baie , s'en réservant seulement l'usufruit , si son mari mourait avant elle , ce qui eut lieu en effet peu de temps après. (3)

Le 9 mars de la même année , Henri , roi des Romains, nouvellement élu , fit remise à Théobald comte de Ferrette, de tout l'argent qu'il avait pu, durent l'interrègne , extorquer aux juifs, alors considérés comme les nommes de l'empire. (4)

Cet acte fait comprendre que le comte Théobold s'était ligué avec son neveu l'évêque de Bàle , dans les démêlées de celui-ci avec l'empereur Albert , et qu'il prit part aux désordres qui eurent lieu en Alsace après l'assassinat de ce prince près de Vindonissa. Du reste, Théobald était âgé et sa mort arriva en 4340 , sans que nous puissions en fixer le jour.

(1) Trouillal, T. III, 198.

(9) Même lieu, 149, 198.

(3; Même lieu, iôU.

<4) Hergott, genea!. dipl. Habib. T. III, 591.

On a vu qu'il avait eu deux femmes : Catherine de Klingen et Marguerite de Blamont , qu'on nomme le plus souvent de Blanckenberg. Il en eût plusieurs enfants : Théobald qui mourut , à ce que l'on croit, vers 4312 ; Ulric sire de Rougemont , qui lui succéda ; Hartzland femme d Otton d'Ochsenstein , et qui renonça à ses prétentions sur le comté de Ferrelte, le h avril 1314 ; et Sophie qui épousa Ulric de Wurtemberg.

Avant sa mort, Théobald avait eu des difficultés assez désagréables avec son neveu Rodolphe de Regensberg , qui réclamait la moitié du comté de Ferrette , comme part d héritage de sa mère Adélaïde de Ferrette, sœur de Théobald. Cette réclamation fut vidée, en 1300, au profit du demandeur et donna lieu à un arrangement par lequel Théobald acheta cette part de succession. (1) On remarque ainsi que le chef de la famille cherchait toujours à réunir au comté de Ferrette tous les anciens domaine?, qui en étaient parfois distraits à la suite de partages et de mariages et qu'ils achetaient ainsi , autant que possible , la part de leurs co héritiers.

On a pu voir , par les documents précités , que la vie de Théobald, comte de Ferrette , avait été très-agitée, et que sa versatilité en politique ne fut pas moins grande que celle des autres seigneurs de cette époque , elle-même si pleine d'agitations. Quoique ce ne fut plus le temps des croisades effectives, il se laissa entraîner à Lausanne par les prédications de Grégoire X, et plus encore par l'exemple du roi et de la noblesse , mais , à l'imitation de ce prince , il oublia ses engagements. Nous doutons que ce fut en remplacement de ce vœu qu'il dota plusieurs églises , telles que celles de Lucelle , d'OIsperg et autres. On lui attribue la fondation du monastère de Bénédictins de Val-Dieu , ou Gottes-Thal, entre Altkirch et Bclfort (2) Il établit des religieux de St.- Francois pour desservir la chapelle de St-Théobald deThann, en 4297 , et leur donna un emplacement pour y bâtir un monastère. Beaucoup d'autres actes témoignent de ses libéralités aux églises , et quelques-uns aussi de son empressement à récompenser des services rendus , comme il le fit en 1298 à l'égard d'un noble de la maison de Gliers ,

(l; Scheepflin, AU. ill. T. II, 502.

(1) SchœpHin , AUat. ill. T. II, 455

que l'abbé Richard regarde comme un des parents du comte (I). Mais il eut aussi des jours néfastes; il contracta des dettes , et fut quelquefois obligé d'aliéner des terres pour se procurer de l'argent. Ce fut probablement pour ce motif qu'il vendit, à la maison d'Autriche, ce qui lui restait encore de droits sur Egisheim , pour 400 marcs d'argent. (2) C'était un de ces anciens domaines des ducs et comtes d'Alsace qui avait passé à la maison de Ferrette par suite de ses alliances avec les descendants de ces anciens princes du pays.

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