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CHAPITRE VIII

UlRIC II, COMTE DE FERRETTE.

Ulric II, comte de Ferrette, fils et héritier de Théobald, apparaît pour la première fois dans les actes, en février 1309, sous le titre de seigneur de Rougemont, comme on l'a dit à l'occasion du dernier arrangement, pris à cette date avec l'évêque de Bâle, au sujet de Florimont.

La seigneurie de Rougemont se composait alors de l'ancien et du nouveau châteaux, d'un petit groupe de maisons qualifié de ville, avec quelques villages en dépendants et leurs droits, tous situés entré Bel fort et Massevaux (3). C'était aussi un ancien domaine des comtes de Ferrette , provenant probablement de la maison de Montbéliard , et qui fut assigné pour douaire à Jeanne de Montbéliard , lorsqu'elle épousa Ulric II, comte de Ferrette (4). C'est de cette terre qu'il prit le titre de seigneur de Rougemont. (5)

On assigne deux dates très-différentes au mariage du comte Ulric. Les uns le placent à l'année 1299, époque ou Jeanne ne devait être qu'un enfant, et les autres en 1347, mais

(t) Trouitlat, T. Il, 670. — Abbé Richard, notice sur les sires de Monljoie.

(2) Trouillat, T. III, p. 70. Acle concernant les revenus de l'Autriche en Alsace en 1503.

(3) Schœpilin Al&at. illust. T. II , 54.

(4) Selon le tabl. ebronot- de l'hist. de Montbéliard, le mariuge aurait eu lieu en 1299 , mais elle devait être encore trop jeune , car elle n'était pas l'afnce des filles du comte de Montbéliard. — La date de 1317 est fournie par M. de Giogins, m. et doc. T. XIV , p. 9$.

(5) Tableau chronologique de l'hist. des comtes de Montbéliard, 156.

dans ce cas on verra, par les actes de 4324 , que sa fille qu'elle donna alors en mariage au duc d'Autriche, n'aurait été aussi qu'un enfant , et elle n'aurait pu prendre part , comme elle le fit aussitôt, à des actes importants pour sa fortune. Nous croyons donc que le titre de sire de Rougemont, que prend Ulric en 4309, indique la véritable dâte de son mariage, et qu'il vient de ce que cette terre avait été assignée pour former le douaire de sa femme.

Jeanne de Montbéliard était la seconde des filles de Renaud de Bourgogne, que nous avons vu guerroyer avec Théobald , et de Guillaumette de Neuchàtel-sur-le-lac. Celle-ci n'était peut-être pas nubile quand , pour des raisons de famille, on la donna à Renaud en 4280, et Jeanne devait aussi être encore jeune, quand elle épousa le fils de Thcobald. Elle apporta à son époux de vastes domaines, dont on connaît d'une manière certaine la seigneurie de Granges et 4200 livrées de terres dans le voisinage et de grands fiefs à Belfort et autres lieux, dépendants du comté de Montbéliard, et précédemment tenus par la maison d'Autriche. (4) Ces domaines occasionnèrent divers arrangements entre les deux familles.

Dans un différend qui eut lieu entre le comte Renaud et l'évèque de Bàle , toujours , parait-il , au sujet du Porrcntruy, Ulric, sire de •Rougcmont , fut choisi pour un des arbitres chargés d'obliger le sire de Neuchatel en Bourgogne de tenir certains engagements. Cet acte, du 30 avril 4309, nomme ainsi ces arbitres : Hugues de Bourgogne, Horry de Ferrâtes , sires de Roigemont en Alsais , Humbert, sire de Roigemont, Jean de Vienne, Mathieu de Montmartin, Guillaume de Roigemont et autres chevaliers. Les deux derniers sires de Rougemont appartenaient à une famille francomtoise, absolument étrangère au comte de Ferrette. (2)

L'empereur Henri VIII, ayant besoin de l'évèque de Bàle pour faire partie d'une ambassade à envoyer au pape , manda, le 45 mai 4309, au comte de Linange, avoué provincial d'Alsace, à Ulric, comte de Ferrette et à ses officiers impériaux en Alsace, de protéger l'église et le chapitre

(1) Même lieu, 153. — Ephéméride* de Monlbéliard , 378. Recueil de chartes, in-4°, 76.

(3) Trpuillat, T. UI , 144.

de Bàle cl de réparer les dommages qiii leur étaient déjà arrivés. (1)

Dans cette ambassade adressée au pape Clément V, alors à Avignon , il s'agissait de préparer les voies pour la reconnaissance et le couronnement à Rome de l'empereur Henri VIII. Mais arrivé en Italie, ce prince rencontra un pays divisé d'intérêts et trouva des difficultés nombreuses qui firent échouer la plupart de ses projets. Il mourut à la peine, ainsi que l'évôque de Bàle, Otton de Granson, et tous deux non sans soupçon de poison.

Dès le 29 février 4314 , Ulric II abandonna son titre de sire de Rougemont pour prendre celui de comte de Ferrette, dans un acte par lequel il mettait sous sa protection le monastère de Lieu-Croissant (2). Sa sœur Hartzland, femme d'Othon d'Ochsenstein, lui abandonna, la même année, tous ses droits au comté de Ferrette. Il eut ensuite des difficultés au sujet de la dot de sa sœur Sophie , épouse du comte Ulric de Wurtemberg. Les premiers arrangements pris à cet égard ne recevant pas leur exécution, l'empereur fut obligé d'intervenir, le 4 janvier 1342, en défendant à plusieurs villes impériales de recevoir chez elles des otages qui devaient s'y rendre de la part du comte de Wurtemberg et y vivre aux dépens du comte de Ferrette , qui en cette occasion était dans ses droits (3). On ne voit pas du reste l'issue de cette affaire.

Au mois d'avril de la même année , Ulric II rendit une sentence arbitrale en faveur de l'abbaye de Lucellc pour quelques biens situés à Lutterbach , que contestaient à ce monastère les nobles Munch et d'Ulzich. Cet acte renferme les noms d'un grand nombre de nobles vassaux du comte , formant alors sa cour et qui avaient déjà été appelés comme arbitres dans cette même affaire, intéressant également l'abbaye de Murbach. (k)

(\) Même lieu, 14Ï. — Dans cet acte, comme dans tous ceux que dous connaissons , le souverain d'Allemagne n'appelle pas le comte de Ferrette son vassal, mais le nomme toujours noble homme, noble seigneur.

(2) Trouillat, T. III, 169.

(5) Hergolt, geneal. dipl. Habsb. T. III, 604. — Rec de chartes. T. 1 , 175.

(A) Trouillat, T. III, 177, 91 avril 181? et 181. — Le nom d' Ulric comte de Ferrette se retrouve le 5 février 1513, dans une autre affaire concernant Murbach.

Le 12 octobre 1313, Ulric II défendait à ses baillis, à

ses châtelains , à ses prévôts , à ses maires et autres officiers , de s'ingérer dans les affaires des propriétés des moines de St. -Alban de Baie. Il confirma, en 4316, le don, fait par son père à l'abbaye de Lucelle, des droits de patronage des églises de Pfaffans et d'E tue (Tond. (1)

Jusque là , on ne trouve ce comte engagé dans aucune affaire politique, soit que les chroniques ne se soient pas occupées spécialement de lui, comme celle de Golmar l'avait fait pour son père, soit qu'il ait eu un caractère plus pacifique. Cependant on le voit mêlé, en 1314 , dans un événement qui eut lieu à Einsideln et qui fait présumer qu'alors il avait embrassé le parti de l'Autriche et qu'il soutenait les prétentions de celle-ci contre les habitants des montagnes de l'ancienne Helvétic.

Depuis longtemps les moines d Einsideln étaient en procès avec les gens du pays de Schwyz pour la possession de quelques pâturages. De nobles bénédictins avaient tire le couteau contre des paysans qui , dans une conversation particulière, ne partageaient pas leur opinion. Alors aussi toute la contrée environnante se ressentait de l'agitation que causaient les prétentions de l'Autriche et de ses partisans , en sorte que des Schwyzois résolurent de porter un coup décisif.

Dans la nuit du premier mars (2), ils surprirent l'abbaye et firent prisonniers non seulement les moines, mais un grand nombre de seigneurs qui s'y trouvaient. Parmi ceuxci, on nomme le comte de Ferrette, sans qu'on sache pour quel motif il était là. Toute la noblesse voisine s'allarma sur le sort des prisonniers, leurs parents ou leurs amis.

Le comte de Régenberg employa son savoir et son crédit pour tirer le comte de Ferrette des mains des Schwyzois. Il écrivit lui-même à Werner Stauftacher, etTschudi nous a conservé ce monument précieux sorti de la plume d'un chevalier, à une époque où la noblesse était en général moins que lettrée. Ulric de Ferrette sortit d'Einsideln sain et sauf, mais le monastère paya les frais de l'équipée (3).

(f) Trouillat. T. III, 245, 24 août 4316.

(S) Le P. Gall. Mord dan» son introduction aux Règestea d'Eintideln , dit que cet événement eut lieu le 1 mars ISIS, mats les actes qu'il donne page 20 , font voir que ce fut en 1314.

(S) Tschudi , Scbw. chron. T. II, 264 et suivantes. Muller, hisl. de la conféd. Suisse, T. II , 269 à 270.

Toutefois le comte garda rancune aux habitants de Schwyz : la générosité de Werner Stauiïacher ne le toucha qu'à demi, et quand, en octobre suivant, les électeurs d'Allemagne, divisés d'opinion et d'intérêt, élurent deux rois des Romains, le comte Ulric prit parti pour Frédéric d'Autriche, ennemi de Schwyz, contre son concurrent, Louis de Bavière. Les services qu'il rendit durant les guerres de la maison d'Autriche contre ce dernier prince, lui valurent plus tard la reconnaissance du roi Frédéric, qui lui conféra ou confirma la possession de divers fiefs. (4)

Un acte du 44 mars 1324 fait connaître quels étaient les relations et les intérêts du comte de Fcrrette avec son beau-père Renaud de Montbéliard. Celui-ci, de son mariage avec Guillaumette de Neuchatel , héritière de Montbéliard , avait eu cinq enfants : Othenin, faible d'esprit, qui resta toute sa vie sous tutelle et ne laissa point de descendance ; Agnès, qui épousa le 24 avril 4320 Henri de Montfaucon ; Jeanne qu'on a vu épouser, en 4309, Ulric II de Ferrette; Alix , qui eut pour premier mari Jean II de Chàlons , comte d'Auxcrre, puis Henri de Vienne ; et enfin Marguerite. (2)

Renaud, prévoyant que sa succession pourrait donner lieu à des difficultés , résolut de les prévenir , et par un acte dont on vient de désigner la date , il s'entendit avec Ulric de Ferrette et Henri de Montfaucon, et déclara qu'en considération de la position de son fils Othenin, il voulait que son frère , le comte de Bourgogne , administrât le comté de Montbéliard , au nom d'Olhcnin et de ses deux gendres précités, représentant leurs femmes, durant les cinq années qui suivraient le jour du dit règlement de succession. Les domaines dont on confiait ainsi l'administration étaient Montbéliard, Belfort, Héricourt et 'toute la baronnie de Montbéliard avec ses droits et dépendances.

Il excepta, en faveur du comte de Ferrette, 4° le château

(1) H s'agissait particulièrement «te fiefs que la maison d'Autriche avait tenus des comtes de Montbéliard à D.?1le et autres lieux , et qui avaient ensuite passé au comte de Ferrette ou à sa femme Jeanne de Montbéliard , soit du vivant , soit après la mort de son père , le comte Renaud. — Hergott, T. III , 1330 , dipl. DCCXXV. — et dipl. DCCLXVIII, 1324 , 17 mars. — Tableau ebron. de l'hisl. des comtes de Montbéliard , p. 133, 4 50. année 1533.

(3) Tabl. ebron. de Phist. de Monlbél. , 153, — m cm. de M. de Gingins sur les sires de Montfaucon , p. 97 , 98. Mém. et docora. de la Suisse rom. T. XIV.

de Granges et 4200 livrées de terres assignées au plus près de Granges, pour en prendre possession au nom de sa femme Jeanne, après la mort de Renaud, d'après une concession antérieure. 2° L'assise de la terre de lie I fort et de Montbéliard que le roi d'Allemagne et le duc d'Autriche avaient tenue et qui avait passé au comte de Ferrette par don et à titre de fief de l'Autriche.

Le comte Renaud prit encore diverses dispositions pour le cas où son fils mourrait avant lui , assignant dans cette éventualité le comté de Montbéliard a ses deux gendres précités et donnant d'autres terres à ses filles Alix , déjà comtesse d'Auxèrre , et Marguerite , qui épousa plus tard Guillaume d'Antigny. Mais afin qu'on ne put revenir sur cet arrangement, il imposa de fortes sommes à payer par celui qui y contreviendrait, soit 20,000 marcs d'argent au profit du comte de Ferrette, si le comte de Bourgogne faisait faute, et 30,000 livres à payer par Ulric, si celui-ci manquait à cet engagement.

Le comte Renaud mourut le 9 août de la même année 4324 , et son comté passa à son fils Othcnin sous la tutelle de son oncle Hugues de Bourgogne. (4)

Ulric H avait encore d'autres intérêts de famille ù régler ; depuis neuf ans qu'il était marié, sa femme ne lui avait encore donné que deux filles et il craignait de mourir sans laisser d'héritiers 'maies, au quel cas les grands fiefs qu'il tenait de l'église de Baie sortiraient de la maison de Ferrette et retourneraient à cet évêché.

Il s'agissait donc d'obtenir de l'évêque de Bàlc la faveur de rendre ses filles habiles à posséder les fiefs de celte église. L'évêque était alors Gérard de Wippingen, d'une famille noble de l'ancienne Bourgogne transjurane.

Après diverses négociations, Ulric alla le trouver à Delémont et, le 30 mai 1348, Gérard déclara qu'à raison des éminents services que lui avait rendus son cher et fidèle vassal, seigneur Ulric, comte de Ferrette, il rendait aptes

(I) Tableau citron- de l'hist. de» comtes de Mootbéliard , 153, 14 mars iôîi. — Kphémérides de Montbéliard. — Méra. et doc. delà Société de la Suisse romande , T. XIV, 97 , U8. — Après la mort du régent , Hugues de Bourgogne, en 1351 , la succession du comte Renaud fut définitivement partagée, par un acte fait eulre tous les intéressés le 3 mai 1532. — Alors la seigneurie de Granges revint à la maison de Montbéliard.

— lor —

à succéder aux fiefs que ledit comte tenait de l'église de Bâlc, en cas de non héritiers mâles, non seulement les filles qu'il avait eues de sa femme Jeanne de Monlbéliard , mais aussi celles qu'elle pourrait encore avoir. (4)

Par cet acte d'une grande importance, Ul rie assurait à ses filles la possession des vastes domaines, vendus, en 4274 et plus tard encore, à l'église de Bâle, et aussitôt repris en fief par les comtes de Ferrette.

On était à l'époque où Jean XXII entendait mettre l'autorité temporelle du pape au-dessus de celle de tous les souverains de la chrétienté ; aussi le comte de Ferrette crut-il qu'il était prudent de s'adresser au souverain pontife, pour obtenir la confirmation de la faveur que venait de lui accorder l'évêque de Bâle. Ce dernier se prêta à ces démarches et, par une bulle datée d'Avignon le 25 janvier 4320, Jean XXII ratifia ce qu'avait fait Gérard de Wippingen. Cependant il y ajouta une clause qui , probablement, lui avait été suggérée par celui-ci. Il réserva que, dans le cas où le comte de Ferrette n'aurait point d'enfants mâles pour héritiers , l'archevêque de Besançon devait veiller à ce que les filles du comte ne prissent leurs époux que dans le ressort du diocèse de Bâle ou de ceux voisins , afin qu'ils soient à proximité de porter secours à l'évêque de Bâle (2). On voulait, par-là , éviter le danger de voir passer le comté de Ferrette entre les mains de quelques princes trop puissants pour l'église de Bàle , ce qui ne laissa pas que d'arriver nonobstant ces précautions.

Le comte Ulric II était en bonnes relations avec Gérard de Wippingen, comme on peut le voir par un acte du 49 janvier 4349 (3). Ils acquirent alors, ensemble et par moitié, de Rodolphe III marquis de Bade et de sa femme Gertrude, issue de la maison de Strasberg, le tiers de la succession de Berthold, comte de Strasberg, échu aux vendeurs, comprenant le château de Strasberg , la ville de Buren et toutes leurs dépendances, pour la somme de 200 marcs d'argent. Cet argent fut fourni à l'évêque par le comte Ulric (4), mais le 27 avril 4320, celui-ci abandonna à l'église de Bâle, tous ses droits et prétentions sur celte acquisition,

(1) Trouillat, T. III, 97 i (Si) Trouillat, T. III, p. 28*.

(5) Même lieu , 874.

(4) Trouillat, T. III, 880. 8 janvier 1530.

pour la même somme , qui lui avait été remboursée , et il fit ratifier l'acte de cession par la comtesse de Fcrrette (1).

Il parait qu'au commencement de février de l'année 1324, la santé du comte Ulric n'était pas rassurante , et que déjà alors, on se doutait d'une grande alliance qui se négociait entre lui et la maison d'Autriche , pour sa fille ainée. C'est sans doute en prévision de ces événements que l'évêque et le chapitre de l'église de Baie renouvelèrent, le 8 février, des engagements précédents , portant que Tévêque n'aliénerait point certains grands fiefs de l'évêché , tenus par les comtes de Fribourg, de Ferrette, de Frobourg et les seigneurs de Rappolstein. (2)

Ulric était à Baie les premiers jours du mois de mars et dans un état de maladie qui lui fit comprendre que sa fin approchait 11 appela alors l'official de la cour épiscopale pour lui dicter son testament , ainsi qu'on a vu ses prédécesseurs Louis et Ulric confier également leurs dernières pensées à des ecclésiastiques. Les deux premiers avaient eu une vie agitée, dont le souvenir leur pesait à l'heure suprême, et le troisième ne se croyait pas davantage exempt de tout reproche. Si l'histoire n'a* pas gardé le souvenir de ses expéditions militaires , alors ordinairement accompagnées d'actions violentes que les lois de la guerre ne justifient jamais , sa confession , comme celle de son aïeul , indiquera qu'alors même ces chevaliers si cruels durant leur vie , qui croyaient que tout leur était permis , craignant cependant d'avoir à rendre compte de leurs actions devant le juge des juges, essayaient alors d'apaiser son courroux en réparant, autant que faire se pouvait, les injustices qu'ils avaient commises.

Le quatrième jour du mois de mars de l'an 1324, (3) en présence de quatre chevaliers et d'un noble , bourgeois de Baie , l'official déclara que le généreux seigneur Ulric, comte de Ferrette , grâce à Dieu sain de sens et d'esprit mais le corps bien débile, pensant à sa fin, désirant pourvoir au salut de son âme et ne point mourir sans tester, lui a dicté son testament et ses dernières volontés. En premier

(1) Trouillat. III, 987. *7 avril 1320.

(2) Même lieu , — 353. 8 fév. 4324. Il s'agissait surtout d'interdire à révêque l'aliénation des grands fiefs de révêché, et de temps à autre on voit le chapitre renouveler ces précautions, mais sans succès.

(5) Steyerer. Hist. Alberti sapientis ducis Auslric , SI».

lieu , le comte ordonna qu'àprès son décès , on prélevât sur ses biens immeubles et meubles , une somme suffisante pour payer toutes ses dettes légitimes , et restituer tous les dommages qu'il aurait pu causer par incendie et rapine dans quels lieux et pour quelles personnes que ce fût, et qu'avec le surplus on fit des œuvres pies pour le salut de son âme.

Il légua à Dame Jeannette de Montbéliard , sa femme , la troisième partie de tous les biens meubles et immeubles qu'il possédait à titre d'héritage ou par droit de propriété, selon la coutume de sa terre, pour qu'elle les reçoive librement. Il lui donna également tous ses joyaux , vases d'or et d'argent quels qu'ils soient , voulant qu'on les lui délivrât après sa mort. 11 institua pour exécuteurs testamentaires Conrad Werner, dit Gutman, de Hadstatt et seigneur Ulric dePfirdt, chevaliers, pour qu'avec le conseil de la comtesse Jeannette , de son confesseur (1) et de l'official , ils exécutent toutes lesdites dispositions testamentaires, sous peine d'excommunication s'ils ne le faisaient point. Il annula tous ses testaments précédents, mais, gardant un espoir de vie, il se réserva la faculté d'en faire encore de nouveaux.

Ces choses faites, dame Jeannette de Montbéliard se constitua à son tour, devant l'official et les témoins, et renonça à tous les droits qu'elle pouvait avoir sur les biens que son époux tenait à titre de gage des ducs d'Autriche.

L'official et les cinq témoins firent alors suspendre leurs sceaux au bas de l'acte , sur la demande du comte et en témoignage de vérité.

Ulric II mourut à Baie le 10 mars, et son corps fut inhumé dans l'église des Franciscains de Thann , le 1 5 du même mois. Son épitaphe était ainsi conçue : « Hie lit grave Ulrich von Pfirt , dem Gott gnadig sei , der storb do man zalt!324, ISmartii. »

Son cœur , par contre , reçut sa sépulture à Lucelle et le nécrologe de cette abbaye dit que, le 10 mars, mourut seigneur Ulric, dernier comte de Fcrrette , qui donna (à ce monastère) certaines vignes situées dans le band'Uffholz, achetées autrefois par sa mère, à conditiorî de boire le vin qui en proviendrait, le jour de son anniversaire. Il mourut, ajoute le nécrologe , l'an du Seigneur 1324. Qu'il repose

(!) L'acte le nomme frère Burcard d'Esseliogen , lecteur des frères mineurs du couvent de BAIe.

en paix. 11 est enseveli ici dans le chapitre (1). Ce lieu était la partie de l'église affectée aux religieux et non au public. (2)

Le nécrologe de l'abbaye de Paris, en Alsace, donne la même date, en disant : le VI des Ides de mars 1324, mourut illustre seigneur Ulric de Ferrette, bienfaiteur de cette église , dont il possédait le patronage.

Le nécrologe de la cathédrale de Bâle dit , le Y des ides de mars (11) 1324 , mourut Ulric comte de Ferrette, père de dame Jeanne, d'heureuse mémoire, femme de magnifique seigneur Albert, duc d'Autriche etc., lequel est inhumé dans l'église des frères mineurs de Thann. A son anniversaire on distribue 8 livres de deniers des revenu* du cellerier de l'église de Bàle.

Nous partageons complètement l'opinion émise par Steycrer qui, pour concilier ces deux lieux d'inhumation du comte, pense que le corps fut envoyé à Thann et le cœur à Lucelle. Quant aux divergences de date , elles s'expliquent en ce sens, que celui qui fît l'épitaphe de Thann, indiqua le jour de l'inhumation et non celui du décès, et que l'annotation du nécrologe de Bàle n'a été rédigée que beaucoup plus tard , soit après la mort de la tille du comte, arrivée en 1351. Les nécrologes de Lucelle et de Paris étaient mieux informés , et c'est d'ailleurs ce que confirment les écrits de Buchinger abbé, et de Walch, moine de Lucelle et les actes qu'on va rapporter. (3)

(1) Bucbinger, Epil. fast. Lucel. 188, dil, Ulricam ullimum comitem Ferrelensem , maximum noslrum beoefaclorem , Basilic exlinctum, Luciscell* , eu m magno luclu sepeliendum fecit.

(2) Ce» sortes de fondations étaient alors fort communes. C'était une manière d'améliorer la table des moines et de rappeler à leurs prières les bienfaiteurs de leur monastère. Walch , miscel. Lucel. T. I , p. 301 , et Apophasis l.uceileosis, manuscrits. Plan de l'église de Lucelle. Le comte L'Iric avait également donné à Lucelle un vignoble dans le côleau de Rang , près de Tbann , qui alors était réputé comme fournissant le meilleur vin d'Alsace et le plus capiteux. Nous avons trouvé des documents attestant qu'on en fit des cadeaux à de hauts personnages dont on désirait gagner la protection pour le gain de certains procès enlre l'abbaye de Lucelle et l'évéque de Bàle

(3) Trouillat , T. II , page LXXVII. — Walcb , misceUanea Lucel. T. 1, 201. — Buchiuger, Epitome fast. Lucel. — Wursteisen , ebroo. Basii. 57 , dil que le comte mourut le 12 mars. — Tableau cbronol. de l'hist. de Monlbéliard , 197, dil le 0 mars. Duverooy, éphémérides de âJoptbéljard , 85, 10 mars 1324 •

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