‹ Histoire des comtes de FerretteChapitre 9 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ULR1C I, COMTE DE FeRRETTE.

Le comte Ulric , immédiatement après la mort tragique de son père, avait pris en mains l'administration du comté de Fcrrettc. On l'a déjà vu acier, soit avec son frère Louis, soit avec les autres membres de sa famille, pour régler leurs différends avec l'église de Baie, et on le verra bientôt en agir encore de la sorte avec son beau-frère , le comte de Montbéliard.

On a dit précédemment encore que son aïeul, Louis comte de Fcrrctte, avait dû épouser, probablement en secondes noces, Agnès, une des filles d'Oudclard, comte de Sogrcn, et que, par ce mariage, il avait acquis la moitié de la succession de ce comte, tandis que l'autre part passait au comte de Thierslein , à la suite du mariage de Berthc, l'aînée des filles du comte de Sogren. Ulric issu de ce mariage fut assassiné par le comte de Bourgogne, tandis que son frère Frédéric tombait plus tard sous les coups de l'un ou l'autre de ses fils. Mais si les actes et l'histoire n'ont pas laissé de traces certaines de la descendance de ce comte Ulric , nous croyons cependant la reconnaître dans quelques monuments , et nous avons lieu de croire qu'il avait été apanage des domaines et du titre de comte de Sogren, et que c'est lui qu'on voit désigné sur un sceau de cette époque, avec le titre d'Ulric comte de Sœgarn , et sur un couvercle de vase d'étain, avec le môme nom de VL. COM. SOIGER. MCXCI. (1). Il dut ensuite laisser un fils appelé Rodolphe, nom que portaient ses parents de la maison de Thierslein. Ce doit être celui que désigne un acte devant appartenir à l'année 4212, par lequel ce comte déclare qu'au moment de partir pour la Terre-Sainte il veut assurer à l'abbaye de Lucclle, la possession de diverses terres situées à Pleigne, données précédemment par ses ancêtres. — Et en effet, les comtes de Sogren avaient fait des dons de terres en ce lieu ,

(1) Sceau en plomb el couvercle d'un vase d'clain trouvés dans les ruines du château de Sogren ou de Soybières. — Noire Essai sur l'histoire des comtes de Sogren. Berne, 1863.

en faveur de cette abbaye. (4) Ce Rodolphe, qui alors prend les nom et titre de comte de Sogrcn , a dù avant son départ, prendre encore des engagements avec son oncle Frédéric ou son fils le landvogl Ulric, pour l'administration de ses domaines durant son absence. (2) Mais à son retour, d'après quelques indications des archives de Lucelle, il aurait pris part à la guerre d'Alsace, en 1228, et serait tombé entre les mains du comte de Ferrette. On sait qu'alors on usait de grandes rigueurs a l'égard des prisonniers de guerre pour les forcer à payer de grosses rançons , et il parait que le comte de Fcrrettc ne pouvant obtenir de Rodolphe ce qu'il espérait en tirer , ou que désirant s'emparer de ses domaines, soit par suite d'engagements antérieurs ou simplement par la violence , il assassina son cousin Rodolphe, peu de temps après le meurtre de son propre père. C'est de ces deux crimes qu'il s'avoue coupable dans sa confession de mort et nous le verrons, bien auparavant, disposer du château et des domaines de Sogrcn, comme déjà en 4233 ou 34 il traitait avec l'évêquc de Bàle, précisément de droits qui avaient dépendu de cette seigneurie dans la vallée de Dclémont. A l'histoire de Sogrcn, nous entrons dans de plus grands détails sur ce 'tragique événement, si conforme du reste aux mœurs farouches de cette époque et à ce qui venait de se passer dans le château même de Ferrette.

Pendant que le comte Louis Grimel vivait encore, son frère Ulric confirma, en 1235, au monastère d'Altorf, le don des terres et des hommes fait à cette église par lui, du consentement de ses cohéritiers dont il gérait la tutelle pendant leur minorité. Cet acte est scellé par son frère Berthold, chanoine de l'église de Bâle et son beau-frère , Thierri comte de Montbéliard (3). Du reste, ces comtes n'étaient pas en bonnes relations. L'époux d'Adélaïde de Ferrette , après la mort de Frédéric , avait voulu sa part d'héritage et Ulric ayant soulevé des difficultés, le comte de Bourgogne fut obligé" d'intervenir, en 4236, probablement après la mort du comte Louis à Riéti. Il fut réglé, sous la médiation

(I) On a également vu le comte tauis I de Ferrette «'occuper de ces terres en 1188.

(S) Un fragment de manuscrit de Lucelle dit qu'il engagea sa seigneurie de Sogren au comte de Ferrette avant de partir pour U Terre- Sainte et ne put rembourser la somme qu'on lui avait prêtée , lorsque plus tard il revint de Palestine.

k S) Schopflin, Alsalia diplomaties, 372.

de ce prince, qu'Ulric abandonnerait à son beau-frère Thierry et à ses successeurs , le château de Porrentruy , avec toutes ses dépendances et les hommes casés appartenant au dit château, tout ce qui lui appartenait dans la vallée d'Ajoie, l'avouerie de Bure et ses appartenances , la moitié des forains ou des hommes dépendant du plaît ou justice de Cornol et autres droits , parmi lesquels Wursleisen et autres auteurs prétendent qu'était comprise l'avouerie de l'Ajoie. (J ) Par ces hommes casés au château de Porrentruy , on entendait les hommes , soit vassaux nobles , roturiers et même serfs , établis dans l'enceinte des murs de la forteresse , dans laquelle le comte Louis avait donné précédemment, aux moines de Bcllelay, une maison franche de toute servitude, et, par conséquent, ceux compris dans les casati, casés , chesels , ne pouvaient être cédés au comte de Montbéliard.

Mais les comtes Louis et Ulric disposaient , chacun séparément , de leurs prétentions sur le château de Porrentruy et sur l'Ajoic. Ces domaines, qui avaient été autrefois démembrés du comté de Montbéliard , vers H25 lors du partage de la succession de Thierry I, y furent ainsi réunis en 4236. On verra par la suite que tous ces accords, qui semblent si solennels , étaient cependant peu stables et que Porrentruy donna lieu à de grâves difficultés. Mais alors le manque de parole et les actes de déloyauté, n'étaient pas le partage des seuls comtes de Ferrette , car à cette même époque, le comte Thierri, ce grand baron, se rendit coupable d'une action déloyale dont il fut bientôt puni.

Par le traité de mariage conclu en 1220, entre les comtes de Ferrette et de Montbéliard, l'avouerie de Délie avail été engagée â ces derniers, pour aussi longtemps que les autres laisseraient subsister le château de Montfort, ou qu ils ne paieraient pas une somme de 200 marcs pour pouvoir conserver ce manoir. 11 paraît que celui-ci fut démoli ou bien la somme payée , car en f23S , les comtes do Ferrette , Ulric et Albert (2) , étaient en possession de cette avouerie , comme l'indique une transaction par laquelle ces deux frères abandonnèrent à l'abbaye de Murbach, leurs prétentions

(1) Trouillat, T. I , p. 544. — Mémoires manuscrits sur Montbéliard , p. 101.

(2) Le comte Albert était probablement déjà alors avoué du monastère de Massevaux qu'il possédait encore en 1241.

sur les péages de la vallée de St.-Amarin, déclarant vouloir aussi protéger, comme loyaux avoués, les droits et libertés , les biens et les hommes des terres d'Oltingen , de Lutter et de Del le, reconnues propriété de Murbach Mais l'abbé de ce monastère possédait encore une terre a Délie qui n'était point confiée aux Ferrette, puisque, peu auparavant, il l avait engagée avec d'autres biens, à Thicrri de Montbéliard , pour 4050 marcs d'argent fin. (1)

Ce fut, parait-il, à l'occasion de cet engagement qu'en 4233 , Thierri profitant de l'absence ou de l'éloigncment de Henri , roi des Romains , guerroyant en Bavière , se prit de querelle avec l'abbé de Murbach et qu'ils en vinrent à des hostilités ouvertes. L'abbé commença la guerre et parvint à se saisir du comte qu'il retint prisonnier et qu'il ne relâcha qu'à de dures conditions. C'était un ecclésiastique agissant à l'égard d'un comte , comme les comtes de Ferrette en avaient agi envers Pévêque de Baie, mais les suites n'en furent pas les mêmes. Thierri n'ayant point les foudres de l'église à sa disposition , ramassa une grosse armée formée de ses vassaux , et oubliant ses promesses , pénétra en Alsace dans les terres de Murbach , et les livra au pillage et à l'incendie. Comme il reprenait la route de ses domaines , emmenant de nombreux prisonniers et un riche butin, les paysans alsaciens indignés de cette attaque, se levèrent de toute part, coururent aux armes, tombèrent sur l'armée ennemie , la dispersèrent , reprirent le butin et s'emparèrent même du comte , qui fut livré à la garde de l évèque de Strasbourg. Celui-ci le força alors de traiter avec Murbach et ne le ralàcha qu'après qu'il eût fourni des cautions, pour sûreté de ses nombreux engagements. (2) Tels étaient les grands seigneurs de cette époque, et nous ne citons cet exemple, en partie étranger à notre sujet, que pour mieux faire comprendre ce qui concerne les comtes de Ferrette.

L'abbaye de Murbach eut des difficultés semblables avec le comte Ulric de Ferrette , de 1240 à 4245 ; il y eut des prises d'armes , intervention de l'évêque de Strasbourg , recours h l'empereur d'Allemagne, en sorte qu'un siècle plus tard, cette affaire n'était pas encore terminée.

(1) Trouillal, T. I, p. 507, p. Pacte de 1226. — Scbœpflin Alsat. dipT. T. I, 372. Recueil de chartes , T. II, 10. — Mémoires manusc. sur Montbéliard, p. 100.

(2) Trilhemius, chron. Hirsaug, T. I , p. 559, année 4235. Mém. tnanusc. sur Montbéliard, p. 101.

C'est pendant le cours de ces difficultés que le comte Ulric se porta à de si graves actions contre l'abbaye de Murbach, que son frère Berthold prit parti contre lui et, conjointement avec Henri, évêque de Strasbourg, ils prononcèrent un arbitrage contre le comte de Ferrette, déclarant qu'ils prononceraient, sans différer, l'excommunication contre sa personne et ses domaines , si dans l'espace d'un mois il ne se soumettait pas aux conditions de l'arbitrage (4).

Du reste, ces querelles pour certains droits, pour quelques possessions ou autres objets , n'étaient pas contin«lles, et durant leurs diverses phases , les parties en litige ou en guerre, conservaient des relations pour d'autres sujets. On vit ainsi le comte Ulric s'entremettre avec plusieurs seigneurs entre Murbach et les châtelains de St.-Amarin , qui tenaient le château de ce nom , en fief de l'abbaye. Ulric engagea ces nobles vassaux à conclure une trêve, en 4268 ; car ces hommes turbulents ayant manqué de parole envers le monastère, l'abbé les tenait étroitement assiégés d ns leur forteresse. Il fut donc convenu que l'abbaye prendrait et resterait en possession du château de St-Amarin , depuis la féte prochaine de Stc-Marguerite à un an et que, pendant cet intervalle , Hartmann de St-Amarin implorerait sa grâce auprès de l'abbé, mais que s'il ne pouvait faire sa paix avec lui , le prélat aurait l'entière faculté de détruire ce château ou d'en disposer comme il lui plairait.

On voit que le clergé savait imposer de dures conditions, et en cette occasion ne tarda pas à les faire respecter. Le châtelain Hartmann n'étant pas tombé d'accord avec l'abbé, celui-ci, à l'expiration de la trêve, fit démolir le château dont il ne resta plus que la tour. (2)

Après la mort de Henri de Thun , ce redoutable adversaire des comtes de Ferrette, et après celle de son successeur Luthold d'Arbourg , le chapitre de Bàlc élut au siège épiscopal de celle église , Berthold , le troisième des fils du comte Frédéric H, deFerrettc, en 4249. Il avait été longtemps membre de ce chapitre , en cumulant en même temps les fonctions de prévôt de l'église de Mouticr Grand- Val. Quoique les actes de ce chapitre n'en fassent point mention,

(1) Schœpflio , AU. ill. T. II, 69 , et Alsat. dipl. T. 1 , 407. — R. de documents, hist. de Ferrette, 09.

Ci) Schœpflin , AU. ill. — Les annales de Colmar fixent la fondation du cbàleau de St.-Amarin à l'année 1235 et sa destruc'ion à U68.

il est cependant bien désigné comme occupant ces fonctions, dans un acte fait à Altkirch le 24 août 4243 , sous le scel de son frère Ulric et le sien (1).

L'ordre des frères prêcheurs ou des dominicains , qui avait commencé vers 4225, s'était introduit à Baie durant l'épiscopat de Henri de Thun, et de toute part il se multipliait , préparant des cachots et des bûchers contre tous ceux qu i! accusait d'hérésie. A peine Berthold de Ferrette fut-il installé sur son siège de Bàle , que les dominicains lui demandèrent et obtinrent de lui, l'autorisation de poursuivre les hérétiques , les enchanteurs, les mages , les sorciers , les lamies et autres gens de la sorte. Us voulaient avoir de la marge dans leurs livres , et bientôt Bàle vit dresser des bûchers et brûler de la chair humaine (2). Chaque époque a eu ses spectacles et ses actes d'intolérance et de cruauté.

L'année suivante, un document du 4" juillet 4250 nous fait voir combien avait été grande l'incurie des prédécesseurs de Berthold. 11 nous apprend que l'évéque, de concert avec son chapitre , voulant remédier à l'insuffisance du nombre de prêtres pour le service du chœur et , en particulier , de l'autel de Notre-Dame de Bàle, institua deux prébendes destinées exclusivement à l'entretien de deux prêtres , choisis parmi des hommes de bon renom , de mœurs honnêtes, de naissance légitime, et ces prêtres devaient jurer de rester à Baie , de fréquenter assidûment le service de l'église, sous peine de perdre leur prébende. On voit combien il y avait de relâchement même parmi le clergé, et les précautions qu'il fallait prendre pour assurer le service religieux. (3) Du reste, Berthold tint d'une main ferme la crosse et l'épéc , et sous son administration l'évêché de Bàle ne périclita point.

La montagne de Brisach ou le vieux Brisach appartenait alors à l'évêché de Bàle, qui , en 4487, en avait inféode une partie au roi des Romains Henri VI. Ce fief resta ainsi # à l'empire jusqu'à la mort de l'empereur Frédéric I. Alors Berthold retira ce fief et fit rebâtir cette forteresse à laquelle il employa une somme de 420 marcs d'argent. Longtemps une inscription y indiqua cette restauration qui portait la date de 4254. (4).

(1) TroQillat, T. I, p 56ï.

(<*) UrsUsiua, Kpilome faist Basil. 187, et note de Bechk 281.

(3) Trouilbl T. 1 , 583.

(4) Même lieu 654. — Schœpflin et autres sources.

Il favorisa, à Bàle, l'institution dos corporations d'artisans, déjà commencée sous son prédécesseur; il confirma les privilèges de celles qui existaient déjà et en augmenta le nombre (1).

On le vit «'occuper de la restauration d'églises et de monastères d'Alsace , qui avaient souffert des guerres de sa famille contre l'évéque de Strasbourg .(2) 11 étendit sa sollicitude beaucoup plus loin encore. Le monastère de Frienisberç fondé en 1131 par un comte de Sogicn, issu probablement de la même souche que les Ferrctte , souche resoudée à cette famille au 1 2 e siècle, était situé dans l'évêché de Lausanne. Mais comme la gestion des affaires de 1 abbaye le mettait en relation avec Bienne dépendant de la souveraineté de Pévêque de, Bàle , Berthold prit ce monastère sous sa protection et en informa la ville de Bienne , en lui annonçant qu'il avait accordé à l'abbé et à ses religieux , les droits, avantages et libertés dont jouissait Bienne. Non-seulement il favorisait les monastères , mais il les reformait quand il en était besoin. Michclbach était un couvent de femmes de l'ordre de St-Benoit , qui avait été doté par les comtes de Ferrctte, et Ulric en était encore l'avoué. Ce monastère était tombé dans un si énorme désordre , que Berthold, d'accord avec son frère Ulric et le fils de celui-ci, annexa ou plutôt chargea en 1253, l'abbaye de Luccllc de veiller au spirituel et au temporel sur les nonnes de Michelbach, qui, dès lors, durent suivre la règle de St-Bcrnard. Le pape approuva ces sages mesures ; mais deux ans plus tard, un acte nous dit que les nouvelles Bernardines tournaient le dos à l'observance de leur loi claustrale, et se comportaient si mal qu'elles étaient devenues un objet de scandale. Berthold mit fin à ce désordre en coupant les vivres à ces dames libertines et déchargea Lucelle de l'obligation de pourvoir à leur subsistance (3).

Comme on vient de le voir, le comte Ulric ne restait pas étranger à ces sortes de réformes , et nous trouvons de lui dans les archives de Lucelle, un acte dont le préambule mérite d'être cité. Se trouvant à son château d'Altkirch avec un certain nombre de ses ministériels, il régla une difficulté entre les nobles de Cœuve et l'abbaye de Lucelle, et l'acte

(1) Ocbs T. I, années 1248 à 1256.

(2) Trouillal T. I , actes de 1233 à 1255 , pages 594 à 619. (S) Trouillal T. I, 1255 à 1350, pages 593 , 597, 645.

commence par ces mots (1) : Ainsi qu'on voit la rose fleurir le matin et se dessécher le soir, de même la fragilité humaine est si sujette à changer qu'il est nécessaire de régler par des actes les promesses des hommes. N'est-on pas un instant consolé de trouver ces quelques lignes poétiques au milieu de tant de documents révélant qu'alors le mal l'emportait si souvent sur le bien? Cette charte correspond précisément à un temps de désordres et de crimes auxquels les comtes de Ferrette cherchèrent à porter remède.

L'empereur Frédéric II avait succombé dans la lutte qu'il soutenait depuis longtemps contre le pape et les guelfes ses partisans. Il était mort en Toscane le 15 décembre 1250, et tandis que son fils Conrad IV, soutenu par quelques amis de la maison de Suabe, par les douze villes du Hhin et de l'Aar , essayait de conserver la couronne de son père , quelques évéques , quelques grands seigneurs d'Allemagne, s'attribuant le droit d'élire le souverain, choisirent Guillaume de Nassau pour chef de l'empire.

Alors, sous prétexte de défendre les droits de ces princes, on prit les armes dans tous les pays dépendant de l'empire, et le plus grand désordre régna en Alsace et dans les pays voisins. Il dura plus de vingt ans et avec lui se rétablit le droit du plus fort qui avait déjà existé dans les temps barbares. Aucun pouvoir constitué n'étant en élat de rétablir la paix publique , il se forma en Allemagne deux grandes ligues ou confédérations ; celle du Rhin comprenait 50 villes. Le comte de Ferrette et l'évéque de Bàle furent des premiers à entrer dans cette confédération (1254, 1250). Quelques femmes môme s'en firent recevoir. Cet acte remarquable, rapporté par plusieurs auteurs et copié par M. Trouillat, (2) nous apprend que dans ce temps calamiteux chacun voulait se faire justice par des voies de fait et par la force des armes, que les chemins publics étaient infestés de brigands, que les juifs ruinaient les chrétiens par des prêts usuraires, que parmi les perturbateurs de la paix se trouvaient les officiers mêmes des évêques et des nobles, et bien des hommes qui par leur rang auraient dû veiller d'eux mêmes au maintien de l'ordre.

La première signature de la ligue avait été donnée par l'évéque de Bàle, au mois de juillet 1254 et il avait été d'au-

(1) Trouillat, Mince 1254, 2 juillet, p. 003.

(2) Tome 1 , 607 cl suivante$.

tant plus pressé d'entrer dans la confédération qu'il se trouvait exposé aux attaques de Rodolphe, comte de Habsbourg ; alors gibelin décidé et partisan du roi Conrad, Berthoïd était guelfe, comme beaucoup d'autres évêques, et le comte lui faisait une guerre de brigandage , pillant et dévastant les terres de l'évéché et portant l'audace jusqu'à venir une nuit saccager et brûler un couvent de Magdelonettes aux portes mêmes de Bàle.

L'évèque en informa le pape et, dès le 18 août 1254, Bcrthold avait mission d'excommunier Rodolphe de Habsbourg et plusieurs nobles chevaliers qui , sans crainte de Dieu, avaient lésé les nonnes de S te - Marie Magdeleine dans leurs personnes et dans leurs biens , pillé et incendié leur monastère. Ces nobles excommuniés devaient rester sous le poids des foudres de l'église jusqu'à complète réparation , des dommages causés (1).

Nous devons dire, en passant , que le comte et les nobles pillards ne se mirent nullement en peine de satisfaire à cet ordre: le premier, devenu empereur, oublia les obligations du comte et devint gibelin quand il n'eut plus intérêt de rester guelfe. Ses complices , moins favorisés par la fortune, laissèrent à d'autres le soin de rétablir les Magdelonettes dans leur état primitif.

Sur ces entrefaites, la noblesse de l'évéché de Bàle se divisa aussi en deux partis , arborant à Bàle deux bannières hostiles ; celle de l'étoile représentait les guelfes et tenait pour Rodolphe de Habsbourg , encore simple comte ; celle du perroquet était pour l'évèque gibelin. Mais les membres de ces factions firent comme leurs chefs et ne restèrent pas toujours fidèles à leur bannière. Les hommes, en politique, ont en tout temps donné des exemples de versalité.

Nous ne rapporterons pas tous les actes de l'administration de Berthoïd de Ferrette , évéque de Bàle , et nous nous sommes contentés de faire mention de ceux qui faisaient le mieux connaître l'histoire et les mœurs de son époque. On peut consulter pour les autres les recueils de chartes et les histoires de l'évéché de Bàle. Berthoïd mourut le 10 décembre 1262 et fut enterré dans la cathédrale de Bàle devant l'autel de St. Gall. (2)

Ce fut sous son épiscopat qu'on prêcha à Bàle une des

(1) Tschudi, Chron. helvét. 150. — Urstisius, et plusieurs auleurs. (S) Liber vite eocles. Basil.

dernières croisades. Les Mogols, non seulement , s'étaient répandus en Syrie, mais ils menaçaient déjà la Hongrie. Alors l'Europe effrayée fit quelques efforls pour terminer ses querelles et repousser les barbares. A Baie et en Alsace il y eut des prédications , et l'on vit les nobles Mûnch et Schœller se mettre à la tête d'une petite troupe de croisés. (4 )

Après la mort de l'évéquc Bertbold de Ferrcttc, son coadjuteur, Henri de Neuchàlel , le remplaça au siège de Bâle pour ainsi dire sans élection. Frère du comte de Ncuchàtelsur-le-lac , allié à une puissante famille , possédant par héritage des domaines considérables, joignant à cela toute l'énergie d'un homme de guerre , plus propre au métier des armes qu'à des fonctions épiscopales , on le vit cependant sans peine se saisir de la crosse et de l'épéc que lui avait abandonnées Bertbold.

Les querelles que celui-ci avait eues avec Rodolphe de * Habsbourg, n'étaient qu'assoupies. Ce comte ambitieux n'aimait point la maison de Neuchàtel qu , dans l'ancienne Bourgogne transjurane, soutenait le parti du comte de Savoie hostile aux prétentions de Rodolphe. Toutefois, s'il ne vécut pas d'abord en paix avec Henri de Bàle, il y eut des moments de calme et d'accord entre eux, même au sujet de Brisach dont le comte s'était emparé en 1264. Pour renoncer à sa conquête et à ses prétentions , Rodolphe demanda plusieurs fois de l'argent à l'évéquc qui se lassa d'être tributaire du comte. Celui-ci , quoi qu'en assez mauvais termes avec lui , s'avisa de venir passer le carnaval à Baie avec une noblesse nombreuse. Elle se comporta mal à l'égard des bourgeois ; il y eut une émeute et elle paya chèrement ses insultes. La querelle se ranima entre le comte et l'évéquc, la guerre éclata avec des succès différents, et durant ces discordes , les comtes de Ferrette ne furent pas toujours stables dans le parti qu'ils embrassèrent.

On voit par divers documents que leurs terres et les monastères voisins , comme celui de Lucelle, eurent à souffrir de la guerre, mais on ne trouve pas de détails. Dans le même temps , ils étaient en guerre avec le comte Thierri de Montbéliard pour une terre qu'Ulric lui av.iit achetée et que son parent refusait de lui livrer. Ce dernier fit prison-

(i) Hisl. de» croisades par Michaud, T. V , p. 8. Och». T. I. Urstisius chron. Bas- aunéc 1260.

niera plusieurs chevaliers et en exigea une rançon de deux mille marcs d'argent. (1)

L'évéque de Baie ménageait les comtes de Ferrette et recherchait leur alliance , leur faisant sentir tout le danger de laisser accroître la puissance de Rodolphe, leur voisin, comme landgrave de la Haute- Alsace. Mais la désunion régnait dans la maison de Ferrette : Les fils n'étaient pas toujours d'accord entre eux et avec leur père. En 4267, Théobald rançonnât un de ses propres frères, issu d'une première femme du comte Ulric ; les chroniques le nomment Grevelin , et l'on a cru qu'il s'agissait de Grimel , du farouche Louis, qu'on a vu mourir à Riéti,- tandis que Grevelin, Grûfelin, ét it un surnom, désignant un petit comte ou un jeune comte. (2)

Ulric, mécontent de sa famille, tourmenté peut-être de remords ou poussé par d'autres circonstances restées inconnues, résolut de se défaire de ses domaines et d'aller habiter une autre contrée. A cet effet il s'entendit avec l'évéque de Bàle pour échanger son comté de Ferrette contre la seigneurie de Delémont. Mais ses parents irrités de ce qu'on voulait leur enlever leurs domaines héréditaires et les soumettre à un seigneur étranger , firent une vive opposition à cet échange et parvinrent à faire rompre les négociations déjà fort avancées. L'évôque qui y trouvait son avantage, ne voulut pas y renoncer sans indemnité et il obtint de la sorte le château de Sogren et l'avouerie du Sornegau ou de la seigneurie de Delémont. (3)

Ce récit , sans être tout à lait d'accord avec les actes , ou plutôt avec leur date , indique cependant le motif, probablement connu alors, de la cession de Sogren et de l'avouerie précitée qui eut lieu un peu plus tard. La chronique qui rapporte ce fait le place à l'année 1270, mais alors il y avait bien d'autres causes qui ont dù concourir au traité que fit le comte de Ferrette avec l'évéque de Bâlc.

A cette époque, Henri de Neuchâtel était en guerre ouverte avec Rodolphe de Habsbourg. Les droits et les terres de celui-ci environnaient ou touchaient de toute part le comté de Ferrette.

(1) Annales des dom. de Colmar, année 4267. — Trouillat T. If, p. 256, acte de 1274. Les comtes de Ferrette indemnisèrent successivement les chevaliers qui avaient été rançonnés à cause d'eux.

(2) Annales des dom de Colmar.

(3) Albert , Argent, chron.

Quoique parents, les Habsbourg et les Ferrette avaient eu de fréquentes difficultés et s'étaient déjà fait la guerre. En cette occasion, il importait autant à ces derniers qu'à l'évéque de Balc d'arrêter les projets ambitieux des Habsbourg. D'un autre côté, les guerres malbeureuses qu'avaient soutenues les Ferrette les avaient endettés et le besoin d'argent pouvait se faire sentir.

Ce fut donc dans ces diverses circonstances que le comte Ulric, d'accord avec son fils Théobald, vendit à l'évéque de Bâle ou à son église le comté de Ferrette pour 850 marcs d'argent , et le reprit aussitôt en fief de ladite église de Bâle, agissant en cette occasion comme le faisaient fréquemment beaucoup d'autres seigneurs, qui par ce moyen obtenaient de l'argent, s'assuraient l'appui d'un suzerain ordinairement proche et puissant, mais devenaient aussi à l'instant même ses vassaux.

Du reste les liens de la féodalité n'étaient pas bien onéreux et par celte vente les comtes de Ferrette s'alliaient a un évêque puissamment apparenté, et obtenaient de lui une somme très-considérable. (\)

L'acte qu'on va rapporter fut également précédé d'un accord ou arbitrage entre l'évéque et le comte , au sujet de leurs droits dans le Sornegau , ou vallée de Delémont , et dans d'autres domaines de la Haute-Alsace. Il fut en même temps réglé que l'avoueric d'Ajoie , sur laquelle le comte de Ferrette avait conservé des prétentions ou des droits contestés par le comte de Montbéliard, passerait à l'évêché de Bâle. (2)

Le 1 5 janvier 1274 , le comte Ulric de Ferrette du consentement de son fils Théobald , déclara qu'ayant reçu de

(1) Le marc d'argent valait alors environ 48 francs, quoi qu'on lui ait donné des évaluations diverses. Mais, à celle époque , le numéraire ou le métal précieux avait une valeur environ 14 fois plus forte qu'actuellement , en sorte que ces 850 marcs d'argent équivalaient à plus de cinq cent soixante mille francs de notre monnaie. — Revue d'Alsace, janvier 1801 , p. 0. Selon les appréciations de M. de Gingins, mém. sur les sires de Monlfaucon , l'argent valait alors 40 fois plus que de nos jours : le prix du quarleron de blé étant compté alors à fr. 2, 06 de notre monnaie , son évaluation parait un peu forte, v. p. 46 , 63 et 79 de son mém. Mém. et docum. de la Slé d'hist. de la Suisse Romande, T. XIV, et mêmes mémoires T. VI, p. 41 et suivantes. Préface du carlulaiie du chap. de N. D. de Lausanne.

(2) 26 juin 4270. Trouillat T. II, LXXXV et 201 , 202, Hergotl , Généal. dipl. Habsb. T. III , 433.

grands bienfaits de son seigneur Henri , cvôquc de Bàle , il lui vend et à son église, le château et la ville de Ferrette, le château de Sogren , Blochmont, Lœwenbourg, Mœrsperg, Liebstein, le château et la ville d'Altkirch, Ammertzwilcr, Spechbach, Hohennach, Wincck, la courtine de Cernay , et ses attenantes tant au dessus qu'au dessous de la ville, avec ses juridictions et districts et tous les droits, de même que ses vassaux et ministériels, ainsi que les courtines de Dirlinsdorf, de Bouxwillcr, de Riespach , d'Altkirch avec les mairies qui en dépendent; Spcchbach, Aminertzwilcr , Burnhaupt, Schwcighausen , les villes de Thann et de Danneraaric, avec les hommes, les avoueries, les mairies, les vignes, les champs, les prés, les pâturages, les forêts, les eaux et cours d'eau, les moulins, les étangs, les lieux cultivés cl incultes, les districts, honneurs, juridictions et toutes les dépendances quelconques et droits de propriétés appartenant au vendeur, de quelle nature qu'ils soient, excepté le château de Schœncnbcrg et la courtine d'Ilfurt, pour la somme de 850 marcs d'argent, et que lui et son fils Théobald reprennent aussitôt ces biens en fief de l'église de Bâlc, lui promettant solennellement que ni lui ni ses successeurs n'aliéneraient ces domaines en sorte de préjudicier à l'église de Bàle, sous peine d'excommunication. Les comtes Ulric et Théobald scellèrent alors cet acte, qui fut écrit à Bàle en présence d'une nombreuse assemblée, composée des principaux dignitaires et membres du chapitre de l'évêché , des frères Godefroi et Ebcrard , comtes de Habsbourg (Lansfenbourg) et d'un grand nombre de nobles vassaux de l'évêché de Bàle ou des comtes de Ferretle. (1)

Ce nombre considérable de témoins indique toute l'importance que les contractants apportaient à cet acte, et plusieurs de ces nobles personnages entraient, en même tem; s, dans la vassalité de l'évêché de Bàle.

Le 25 octobre de la même année , les deux comtes déclarèrent avoir reçu de l'évêque de Bàle les 850 marcs d'argent stipulés dans l'acte précédent. (2) Dans le même temps, mais sans indication du jour , ils firent une alliance de dix ans avec l'évêque Henri en y comprenant tous les sujets de

(!) TrouillatT. H, p. 205. Cel acte figure également dans Hcrgoll el autres cartulaires-

(3) Mêmes sources, Trouillat T. 11, 217.

son église et ceux de leurs propres domaines , promettant de se donner un secours mutuel contre tous leurs ennemis et soumettant à des arbitres les difficultés que leurs sujets pourraient avoir entre eux (1)

Les chroniques n'ont pas conservé le souvenir de la part que les comtes de Ferrette prirent, à cette époque, h la guerre que se firent l'évêque de Baie et le comte de Habsbourg. On voit bien qu'elle se porta dans les états des premiers, puisque l'abbaye de Lucelle, qui les touchait au sud, fut dévastée et rendue inhabitable tant que dura la guerre. Il se commit alors des cruautés atroces : on écorchait les prisonniers , on leur coupait les pieds ou les mains et on les ren* voyait ainsi mutilés. Le comte de Habsbourg lut surtout accusé de ces atrocités (2). Rodolphe porta la guerre jusqu'au lae de Neu-hàtel , brûlant les villages et les monastères de l'évèché de Baie sur son passage. 11 était accompagné du comte de Montbéliard qui se trouvait ainsi parmi les ennemis de ses parents de Ferrette.

Celte guerre, désastreuse pour les pays voisins de Baie et le comté de Ferrette, ne prit fin que par l'élection de Rodolphe à l'empire. Il assiégeait alors la ville de Bàle, mais, à la nouvelle si inattendue de l'élévation du comte au trône d'Allemagne, les Bà'.ois lui ouvrirent leurs portes, et l'évêque effrayé douta de la puissance de Dieu. Les comtes de Ferrette firent comme beaucoup d'autres, et ils allèrent faire leur cour au nouvel empereur qu'ils venaient de combattre, lorsqu'il n'était que leur égal.

Ulric I, comte de Ferrette, ne survécut guère à ce? événements. 11 devait être fort Agé, puisqu'il avait été nommé avoué de la Haute Alsace en 4212. Au moment de mourir et d'aller rendre compte de sa vie si agitée, on le vit appeler près de son lit de mort un religieux d'un couvent voisin, probablement de Lucèlle, lui faire l'aveu de ses crimes et lui dicter sa confession de mort. Louis GrSmel avait dicté de la sorte ses dernières vo'ontés aux inquisiteurs de la cour de Rome, après avoir, les jours précédents, avoué également tout ce qui pesait sur sa conscience. 11 s'efforça du moins de réparer ses fautes autant qu'il dépendait encore de lui, mais son frère se contenta de les avouer en secret et ne répara rien. Il est vrai qu'il ne pouvait ressussiter les

(I) Troinllal , T. II , 218.

(?) Albert, Argent, chron — Aon. dom. Coliuur.

morts. On a déjà rapporté sa confession en racontant les événements qui suivirent la mort de son père ; sans doute ce document resta longtemps secret entre les mains du moine qui l'avait écrit , mais plus tard il fut déposé dans les archives de ce monastère , peut-être sans qu'on y prit garde et comme de peu d'importance , car il ne rapportait rien à l'abbaye.

Le comte Ulric mourut le premier février de l'année 4275 et fut probablement enterré à Feldbach , dans le caveau où reposaient déjà plusieurs membres de sa famille. (4)

On trouve un grand nombre d'actes où figure le nom du comte Ulric, soit comme arbitre, soit pour y apposer son scel, soit comme agissant pour son propre compte, et en général, ces documents concernent des dons faits à des églises. On a vu qu'il s'était occupé avec son frère Berthold de Michel bach , près de Bôle ; mais dans le voisinage de ce couvent de femmes , qui répondirent si peu à l'attente des fondateurs, Ulric et son frère fondèrent encore un autre monastère de femmes à Michefeld , vers 4252, (2) transféré à Bladolsheim en 1267 et incorporé plus tard à Lucelle. cette riche abbaye dont la fortune s'accrut à plusieurs reprises de l'annexion des biens de monastères de femmes mis sous sa surveillance, mais qu'elle n'avait pu gouverner ou faire prospérer.

On attribue également- au comte Ulric la fondation d'un couvent de chanoines réguliers de l'ordre de St. -Augustin à Large, qui passa aux Jésuites en 4621. (3)

On croit quUlric eut deux femmes , dont le nom de la première n'est pas connu La seconde fut Agnès, fille de Guillaume de Vergy et de Clémence de Fouveus, et veuve de Pierre de Baufrêmont. Celui-ci était déjà mort en 4256, puisque sa veuve portait alors le titre de comtesse de Ferrette, dans un acte relatif à l'abbaye de Cherlieu. Elle eut plusieurs fils de ce premier mari ; Liebaud , qui succéda à son père, Gauthier chanoine de Toul, Huard et Pierre. Nous citons ces noms parce que les annales de Colmar disent qu'en 4 267 le comte de Ferrette fit prisonnier et rançonna

(1) Annales de Colmar.

(2) Scbœpflin , Als. illusl. T. II Voir aussi une nolice sur MicbcfHd , par M Sabourin de Nauton. Revue d'Alsace juin et juillet 1860

(3) On peut voir les nombreux actes dont nous parlons ci-dessus dans los divers cartulaires d'Hergott, Scbœpflin, Malile , Trouillal, Zecrleder et autres.

son frère de côté (à latere) appelé Grevelin. On a vu qu'on avait pris le premier pour le comte Ulric et l'autre pour son frère Louis Grimel, tandis que ce nom de Grevelin indique un surnom donné à un des fils que le comte Ulric avait d'une première femme, et probablement il s'agissait de Frédéric qu'on désignera bientôt, et dans ce cas, le comte de Ferrette, auteur de ce fait, ne pouvait être que Théobald, fils d'Ulric et d'Agnès veuve de Baufremont, et frère de côté du Grevelin ou petit comte.

Cette explication éclaircit en môme temps un acte du 24 mai 4300, par lequel Adélaïde de Regcnsbcrg renonce, en faveur de son frère Théobald, comte de Ferrette, à sa part de succession de leurs père et mère défunts , Ulric et Agnès. (1) Comme ensuite, dès l'année 1259, on voit Louis, sire de Florimoit, sceller des actes avec son père, Ulric comte de Ferrette, on comprend que ce fils était issu d'une première femme, car en 1234 Pierre de Baufremont vivait encore, et en 4241 son fils Liebaud était sous la tutelle de sa mère Agnès, ce qui indique qu'elle n'était pas encore remariée. A cette époque le comte Ulric devait avoir près de 50 ans (2). Son fils Théobald apparait pour la première fois dans un acte de 1262, par lequel Ulric, comte de Ferrette, confirme à la collégiale de St.-Amarin un don fait autrefois par sa mère Helvige, et l'acte fut approuvé par ses fils Frédéric, Louis et Théobald (3).

Ce document indique en môme temps le rang d'âge de ces trois frères, dont l'aîné était toujours désigné le premier. Ainsi Frédéric était le premier né, et déjà le 13 octobre 1261 , il scella avec son père et avec son frère Louis, un acte en faveur de Bcllelay (4) : Nous ne connaissons pas d'autres documents de ce comte ; par contre, son frère Louis était seigneur de Florimont, comme on le voit désigné en 1259, lorsqu'il renonça à son avoueric du monastère de Michclbach en faveur de l'abbaye de Lucelle, qui lui donna 10 mares d'argent moins un sol (5). Il avait épousé une demoiselle de Rappolslein, dont il eut un fils Ulric, aussi appelé sire de Florimont. On le retrouvera en 1281, époque

(0 Annales de Colmar, 4267. — Hergott , généal dipt. Habs T. III , DCXCI et le suivant. — Trouillal T. I, 174.

(i) Dunod . bisl. du comté de Bourgogne T. Il , 496.

(3) Sohœpflin, Alsal dipl T. I, 444.

(4) Trouillal T. II, 1261 , 43 ocl.

(5) Même lieu T. II , p. 92.

où son père était déjà mort , et il est probable que celui-ci et Frédéric n'existaient plus en 4271 , puisqu'on ne les voit pas figurer dans l'importante cession du comté de Fenrcttc.

Quant à Théobald , il s'occupa de bonne heure de l'administration des domaines de son père. En septembre 1268, il se nomme Théobald, fils de seigneur Ulric illustre comte de Ferrcttc, de même que son frère Louis prenait aussi le même titre. 11 s'agissait d'une fondation qu'il faisait en son propre nom a l'abbaye de Lieu-Croissant, pour le repos de son àme et de celle de sa mère, la comtesse de Ferrette, qui n'est pas autrement désignée. Cet acte fut scellé par son père Ulric (1). Jusqu'à la mort de celui-ci, Théobald ne fit usage que d'un scel aux armes de Ferrette, comme ceux de ses frères, mais plus grand , et ce n'est qu'après 4275, qu'il employa un sceau équestre.

L'acte de 1268 semble indiquer l'époque de la mort de la comtesse Agnès , car en 1271 , on trouve un document par lequel Liebaud , seigneur de Baufrcmont , fils d'Agnès , autretois comtesse de Ferrette, fit un don en faveur d'une église de Tulle. (2)

Ulric, comte de Ferrette, eut également plusieurs filles, dont une seule est connue par son nom de baptême , Adélaïde, femme d'Ulric de Hegensberg, qui parait être née d'Agnès, veuve de Beaufremont. (3)

N. de Ferrette épousa Conrad IV, seigneur de Horbourg, et une troisième tille d'Ulric eut pour époux Conrad Verner de Hadstatt. Il parait qu'il se sépara ensuite de sa femme, puisque les annales de Colmar disent qu'en 1267, ce chevalier, très-renommé, entra dans l'ordre teutonique, et qu'une nombreuse noblesse alsacienne assista à sa réception au château de Bercheim, et plus loin elles annoncent la mort de sa femme arrivée le 23 septembre 1276, au château de Plixhourg , dans la vallée de Munster , et son inhumation au cimetière du monastère des Untcrlinden à Colmar. On croit qu'il y avait également dans ce couvent une comtesse de Ferrette. (4)

(1) Trouillat T. II , p. 186.

(2) SchcepHia, AU. dipl. T. I, 438, et recueil de Charles T. Il, p. 16.

(3) Hergott, généal. dipl. Habs T. III, dipl. DCXCI. Rec de chartes T. I, 474.

(4) Annales de Colmar, 1267 et 1276.

Courrier du Haut-Rhin, feuilleton du 9 juin 1844. Episode de l'hist. d'Alsace au XIII sièc. L'auteur de celte publication donne pour femme

La chronique de Colmar raconte un fait concernant une comtesse de Ferrcttc, qui semble se rapporter plutôt à une des sœurs du comte Ulric qu'à une de ses filles. On a vu qu'après le meurtre du comte Frédéric, et dans le trouble que ce crime répandit dans la maisoti fie Ferrette , des sœurs d'Ulric se réfugièrent dans des monastères. Il paraît que l'une d'elles se rendit à Seckingen , où elle devint abbesse. La chronique précitée dit que , durant les guerres que se firent le comte de Habsbourg et l'évéque de Bàle , Henri de Ncuchatel , Seckingen fut saccagé et brûlé par ce dernier, qui fit démolir les maisons et les murailles de la ville (4). Les religieuses de Seckingen, abbaye très-renommée, avaient été un moment dispersées , mais la vénérable abbesse , comtesse de Ferrette et la gardienne du monastère , dame de Gliers , revinrent dans les ruines de leur église pour y rechercher les reliques de St-Fiïdolin , dont elles retrouvèrent le corps intact dans sa chasse. N'osant le confier à l'évéque de Bàle , de crainte qu'il ne le gardât pour son église, elles le remirent au comte de Habsbourg, alors ligué avec l'abbé de St-Gall contre le premier, Le comte fit loger convenablement les reliques, mais le saint ne se trouva pas bien en ce lieu et s'agita dans sa chasse. On essaya de le placer ailleurs, mais il ne s'y plut pas davantage, en sorte qu'il fallut le rapporter à Seckingen et rétablir l'église et le monastère. La comtesse de Ferrette et la dame de Gliers y rentrèrent aussi, et cette dernière écrivit le miracle dont le chroniqueur , vivant précisément alors, nous a conservé le souvenir. Ces sortes de légendes font voir quel était l'esprit du temps et peut-être les supercheries des monastères, pour se maintenir en réputation.

à Conrad Vcrncr de Hadslall , Malhilde surnommée le petit capitaine , Klcinhauptin , fille de Stéphanie , épouse de Louis , comte de Ferrcttc, surnommé Grimcl , l'assassin de son père- Noos préferons nous en tenir aux actes, plus certains, qu'aux indications d'un roman , du reste très-intéressant pour les mœurs d'Alsace au XIII siècle.

(I) Plusieurs auteurs disent que Seckingen fut incendié le 17 août 1272 par le fou du ciel , et que l'évéque de Bâle profita du désordre qu'il y eut dans celle place , tenue par les gens de Rodolphe , pour s'en emparer et la démolir.

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