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CHAPITRE IX

Jeanne de Ferrette.

A peine les funérailles du dernier comte de Ferrette furent-elles terminées, et son corps ne reposait peut-être pas encore dans sa tombe de Thann, que déjà la comtesse Jeanne, sa veuve, s'occupait du mariage de sa fille aînée, nous voulions presque dire du sien. Sans doute il y avait déjà eu des négociations fort avancées du vivant du comte, et vraisemblablement il se trouvait à Bâle pour ce motif , lorsque la mort le surprit. Il est certain que tout devait être préparé et décidé , puisqu'au rapport de Mullcr , le mariage eut lieu trois jours après les funérailles (1). En effet, dès le 47 mars, Albert d'Autriche était devenu l'époux de Jeanne, fille ainée d'Ulric de Ferrette.

Ce prince était le sixième des fils de l'empereur Albert, assassiné en 4308. Les auteurs ne sont pas d'accord sur son physique ; les uns en font un prince de grande stature et d'une majestueuse beauté, d'autres le disent hoitcux et contrefait. Dès l'âge de 21 ans il souffrait des douleurs de goutte ou de rhumatismes , parfois si intenses qu'il en avait le corps paralysé; de-là sans doute, cette seconde opinion sur son extérieur. Tous lui accordent une grande intelligence éclairée par l'étude , et une sagesse naturelle qui le fit appeler Albert le sage. Destiné dès sa jeunesse à l'état ecclésiastique , on lui avait déjà conféré divers bénéfices sans qu'il fut entré fort avant dans les ordres sacrés. Plusieurs de ses frères étaient déjà morts sans postérité , deux autres , le roi Frédéric et le duc Léopold , n'avaient point d enfants mâles , et la puissante race des Habsbourg menaçait de s'éteindre après avoir étonné le monde par la multitude de scs>cjctons. Cette dernière considération décida Albert à changer d'état et à abandonner les dignités de l'église qu'il pouvait attendre , pour une femme habile à relever la maison d'Autriche.

L'héritière de Ferrette était connue par sa jeunesse , sa beauté et ses richesses. Elle se distinguait par des manières françaises héritées de sa mère, par un esprit élevé et hardi

(1) Muller, hisl. de la conféd. Suisse , T. III, p. 14, noie 74.

et par une grande habileté dans les affaires (4). Cet éloge ne sort pas de la plume de tous les auteurs ; on verra plus loin qu'elle fut impatiente d'avoir un époux parfois si impotent, mais Albert n'en pouvait encore juger et, entre une telle épouse , comme il la voyait alors , et l'évéché de Passau, le choix ne devait pas lui être difficile. Le pape, qui ménageait la maison d'Autriche, ne refusa pas davantage les dispenses nécessaires.

Une telle alliance ne pouvait être qu'avantageuse à la maison de Ferrette, également prête à tomber en quenouille, et l'on comprend que le comte Ulric ait pu faire taire ses souffrances pour se rendre à Baie et y traiter de ce mariage avec le duc Albert, qui devait s'y trouver en personne ou être dans le voisinage. Alors aussi on s'explique la hâte que mit sa veuve à terminer ce mariage , pour ainsi dire , sur le cercueil de son mari. Toutefois nou6 croyons qu'il eut lieu à Thann , doit l'on voit des actes du duc Albert , d;Ués des premiers jours de son mariage.

Dès le 47 mars, c'est-à-dire deux jours après l'inhumation d'Ulric à Thann , sa veuve et héritière d'un tiers des domaines de Ferrette, abandonna à son gendre, le duc Albert , ce riche héritage pour la somme de 2700 marcs d'argent. (2) Le même jour, Albert ajoutant déjà à ses titres celui de comte de Ferrette, jura qu'il protégerait sa bellemère , Jeanne de Montbéliard, comtesse de Ferrette, dans sa personne, dans celle de ses gens et dans ses possessions. Les biens qu'elle s'était réservés , consistaient dans les seigneuries de Granges et de Rougemont, avec tous leurs droits ; dans la vallée de Traubach et de Soppc, avec leurs droits et mairies, et dans la possession d'Uffholtz qui était propre à la comtesse. Il fut réservé que si elle venait à mourir , les vallées de Traubach et de Soppe et la seigneurie de Rougemont, de la mouvance de Ferrette, devaient échoir au duc et à sa femme. Mais si Albert mourait sans enfants, le comté de Ferrette devait rester à sa femme , comme elle l'avait hérité de son père, le comte Ulric défunt (3).

Le même jour encore , la douairière de Ferrette vendit au duc Albert , au nom de sa seconde fille Ursule , tous les

(1) Maller, hist. de la conféd. Suisse, T. III, p. 24, et les auteurs qu'il cile — et ensuite les actes qu'on rapportera plus loin.

(2) Trouillat, T. III, p. 340, note extraite de Steyercr.

(3) Hergott , geneal. dipl. Habsb. DCCXLIX.

droits de celle-ci au comté de Ferrette, pour 2000 marcs d'argent et pour garantie de cette somme , les contractants engagèrent à Ursule, la ville et le château de Délie avec leurs dépendances (i). Cinq jours après, le 23 mars, Jeanne de Ferrette ayant ainsi acquis de sa mère et de sa sœur Ursule , leurs parts au comté de Ferrette, et possédant dès -lors seule ces vastes domaines, déclara devant son beau-frère , le duc Léopold séant en justice à Thann , qu'elle donnait à son époux , Albert duc d'Autriche et de Styrie et comte de Ferrette, la communauté de la seigneurie ou comté de Ferrette, et des biens qu'elle avait ou pourrait encore avoir, de son père défunt et de sa mère, Jeanne de Montbéliard. (2)

On voit par ces actes faits coup sur coup quel empressement on mettait à régler les «flaires d'intérêt résultant de ce mariage, mais tout n'était pas terminé: on a vu que le pape Jean XXII avait bien confirmé l'acte par lequel l'évéque de Bàle avait rendu les filles du comte de Ferrette, aptes à hériter de lui les grands fiefs qu'il tenait de l'église de Bàle, mais qu'il avait, en môme temps, fait une réserve et charge l'archevêque de Besançon de veiller à ce que ces nobles héritières n'épousassent que des maris du diocèse de Bàle ou des diocèses voisins , afin que ces seigneurs fussent à portée de secourir l'église de Bàle. Il s'agissait donc de faire reconnaître, par l'archevêque de Besançon, que le duc Albert remplissait les conditions exigées pour pouvoir obtenir l'investiture du comté de Ferrette. L'affaire était d'autant plus délicate et urgente, que l'évéque de Bàle se montrait peu favorable à ce mariage et plus mal disposé encore de conférer un si grand fief à un puissant voisin comme le duc d'Autriche.

Prévoyant probablement les démarches qu'on pourrait faire à ce sujet à la cour d'Avignon , le duc sut profiter de la présence de l'archevêque qui se trouvait dans le voisinage , pour obtenir de lui la déclaration désirée. Il se rendit doncàMassevaux le 26 mars, toujours de la même année, accompagné de sa jeune femme , de la comtesse de Ferrette et d'une suite nombreuse de chevaliers , et là , s 'étant tous présentés devant l'archevêque Vital, le duc lui déclara son mariage avec Jeannette , fille du comte Ulric de Ferrette

(t) Hergolt, DCCVIII.

(3) Trouillat, T. III. 343, d'après Sleyewr.

— ilk —

défunt , et lui démontra qu'il avait son domicile et ses domaines dans le diocèse de Bàlc et que, par conséquent, il remplissait les clauses de la bulle du pape Jean XXII, pour obtenir l'investiture de Ferrcttc. Cette déclaration ayant été confirmée par celle des quatorze chevaliers ou grands seigneurs qui accompagnaient le duc, l'archevêque confirma l'investiture donnée antérieurement et condit onnellement au* filles du comte de Ferrette. L acté fut appuyé du témoignage d'autres seigneurs à la suite de l'archevêque (4).

L'évêque de Baie fut très -mécontent de cette démarche , sans doute faite à son insçu , et plus encore de l'acte de son métropolitain, qui préjugeait du droit de l'église de Bàle dans l'investiture d'un de ses plus grands domaines. Croyant pouvoir faire annuler une telle décision, il s'adressa au pape, et le sollicita de refuser son autorisation à cette investiture. Mais la cour d'Avignon penchait alors pour la maison d'Autriche qu'elle opposait a l'empereur Louis de Bavière, et elle répondit , le 8 juin suivant , qu'elle ne voyait pis de motifs suffisants j)our refuser l'investiture demandée par le duc Albert (2).

Le chapitre et l'évêque de Bâle ne se pressèrent pas d'obéir à la décision du pape et apportèrent encore des entraves; mais le duc, comme on peut le voir par plusieurs actes, ne laissa pas que de prendre possession des domaines que venaient de lui donner ou vendre les comtesses de Ferrette, et il visita aussitôt les principaux châteaux du comté de Ferrette (3).

L'évêque de Bâle étant mort l'année suivante, 17 mars 1325 , il y eut une double élection, à l'imitation de ce qui avait eu lieu pour la couronne d'Allemagne et pour la tiare. Le chapitre de Bâle élut canoniquement un noble Bàlois , Hartung Munch, mais le pape influencé par l'Autriche, ou selon d'autres, pour faire un de ces actes d'autorité qui lui était si chère, nomma à cet évèché Jean de Chalons, de la maison des princes d'Orange. Les deux compétiteurs se firent une guerre acharnée ; Albert d'Autriche prit le parti du protégé d'Avignon, non pas d'une manière absolument désintéressée, puisqu'il avait à témoigner son mécontentement au chapitre de Bàle pour ses démarches contre lui et son refus

(1) T rouillât, T. III, 718, 36 mars 15*4, d'après Steyerer.

(2) TrouillatlH, 245, d'après Stcyerer, «juin 1324.

(5) Même lieu, 550, 6 juin 1326, 559. 26 avril, même année et antres actes.

de l'investiture de Ferrette, et qu'il avait reçu de grosses sommes do Jean de Chalons pour les secours qu'il lui promit et qu'il lui donna (4).

Quand ce dernier fut enfin parvenu à occuper définitivement le siège épiscopal de Bàle, il fut reconnaissant des services du duc Albert et il lui accorda, ainsi qu'à la duchesse Jeanne , l'investiture de tous les fiefs que le dernier comte de Ferrette avait tenus de l'église de Baie. (2) 5 juillet 4327.

En 1333, Ursule, comtesse de Ferrette et sœur cadette de la duchesse d'Autriche, ayant épouse Hugues, comte de Hobenbcrg, il y eut alors de nouveaux arrangements de famille. Rodolphe de Hohenberg , père du jeune époux, et du consentement de la femme de celui-ci , renonça , en faveur du duc Albert , à tous les droits que les nouveaux conjoints pouvaient avoir à l'héritage de Ferrette , pour la somme de 2000 marcs d'argent , et le duc se chargea de payer les dettes qu'il pourrait y avoir sur ces domaines (3). Cet acte est simplement la confirmation de celui du 47 mars 4324 , fait par la douairière de Ferrette au nom de sa fille Ursule, alors mineure.

Jeanne de Montbcliard , veuve du comte Ulric de Ferrette, s'était mariée fort jeune, comme on l'a déjà remarqué , soit en 4309. Après la mortdUlric elle ne larda pas à convoler en secondes noces, car dès la fin de l'année 4324 ou au commencement de la suivante , elle quitta les habits de deuil pour épouser Rodolphe Hcssc, marquis de Bade (h).

Son frère Othcnin . comte de Montbéliard, étant mort en 4331 , son beau-frère, Henri de Montfaucou , qui avait administré le comté de Montbéliard , après le décès de Hugues de Bourgogne le premier régent , fut obligé d'entrer en arrangement avec sa belle-sœur Jeanne , jadis comtesse de Ferrette et pour le moment marquise de Bade. Selon les volontés du comte Renaud , exprimées dans l'acte de 4324 déjà mentionné , les autres sœurs de Jeanne avaient été apanagées ou dotées au moyen d'autres terres. Mais il ics-

(1) Trouillat, T. III, 274, 4 juillet 1327.

(2) Même lieu. Û78. 5 juillet 1S27.

(S) Hergotl, Gcneal- dipl. Ilabsb. dipl. DCCLXXII, D.CCLXMI1. DCCLXXVII, 1534, 1536, 1341.

(4) Divvernoy , Ephémérides de Monlbéliard, dit 1324 et le tableau chroool. de l'hisl. de Monlbcl 1325, au commencement. En 1327, Jeanne marquise de Bade et son époux alibcrèrent un noble de Vendeliocourl de l'hommage qu'il leur devait. TrouiUat, T. III , p. 727.

lait encore à partager les grandes seigneuries de Monthéliard, Belfort, Héricourt et Granges. Quoique Jeanne et Henri fussent déjà en possession d'une partie de ces domaines du vivant de Renaud, celui-ci avait ordonné que ces apports devaient rentrer dans un nouveau partage , après la mort d Othenin.

La seigneurie de Granges et le comté de Mont bel iard entrèrent dans le lot de Henri de Montfaucon et de sa femme Agnès de Monlbéliard , et Jeanne eut pour sa part Belfort , Héricourt et un fief important à Grandvillars , alors tenu par Henri de Grandvillars. Ce partage est du 7 mai 4332. (4)

Jeanne de Monthéliard donna encore deux filles au marquis de Bade ; l'une , Marguerite , épousa Frédéric , aussi marquis de Bade son cousin ; et Adélaïde fut mariée à Rodolphe , dit Wecker, également marquis de Bade. A raison du premier mariage de leur mère, on les a quelques fois appelées comtesses de Fcrrette.

Jeanne , ayant perdu son second mari en 4 335 , épousa l'année suivante Guillaume , comte de Katzenellenbogen , dont toute fois elle n'eut plus d'enfant (2). Lorsqu'elle mourut en 4347, il fallut faire aussitôt de nouveaux arrangements de famille pour le partage des domaines qui lui étaient encore restés après tant d'autres partages , cessions , ventes et autres actes de mutation de propriété. On nomma des arbitres qui, le 26 août de la même année, adjugèrent à Jeanne duchesse d'Autriche , le château de Rougemont qui avait été assigné pour douaire à sa mère , la mairie du Val , Sermamagny , Chaux , La Chapelle , Le Puits , Giromagny, Vescemont, Rougegoutte, Grosmagny, Evettc, Oie , Leuppe , Forschelon , Essert , Bavilier , Urserey , Argiesans , Banvillars ; une rente d'un et demi foudre de vin à Uffho!tz , le bois de Lambert , de Chaux , de la Verrière , la forêt du Salhert ; les fiefs d'Auxelle , de Morvillars , de Miserey, retenus par le sire de Montmartin, et par Jean-Ulric de Haus ; le fief de Dasle , retenu par le sire d'Asuel et par Schaller de Baie ; le fief de Miecourt, le fief deRéchésy, retenus par Thuring de Ramstein, le fief de Bicderthal , retenu par Kraft de Bàle (3).

La part qui échut à sa sœur Ursule de Fcrrette, épouse

(1; Trouillal, T. lit, 750. — Tobl. cl.roa de t'hist. de* lontw de Monlteliard.

Cl) Schœpflio. hist. Zœringo Bndeocis, T. II. (5) Trouillal, T |III , 847, d'après Steyerer.

de Hugues de Hohenberg, comprenait la partie supérieure du château de Belfort, les revenus de la halle et du droit de scel du tabellion de cette ville, les droits de sa mère sur le moulin de Bourogne, des biens à Danemarie et à Troubach, la mairie de Pfetterhausen , Denney, Bessoncourt, Menoncourt , Egenigue , Vétrigne , et autres localités dont les noms ne sont plus connus ; Tétang de Belfort , la moitié de la forêt des Bars, près de celte ville , Offemont, le village de Bure et la foret de chênes contigue, etc. ; les fiefs de Didier de Montreux, de Henri de Grondvillars , de Jean MaugaiHc de Vendelincourt, d'Hermann de Roppe, du fils de Benaud de Délie , du fils de Guillaume de Glères et autres, (4)

Ces détails font comprendre quelle était l'étendue des domaines et des droits des comtes de Ferrette et ce qui était encore resté à Jeanne de Montbéliard après tout ce qu'elle avait déjà vendu et cédé à ses filles ou à ses gendres.

Ursule de Hohenberg et son époux abandonnèrent quelques années après, (2 juin 4350 et 22 juillet 4354) au duc Albert, tous leurs droits et prétentions sur la seigneurie de Kougemont et dépendances , sûr Belfort, ville, château et appartenances, sur les châteaux d'Etobon et de Sponeek et autres droits pour la somme de dix mille florins. (2)

Le duc d'Autriche acquit ainsi successivement toutes les parts de l'héritage des comtes de Ferrette et les réunit aux vastes domaines que sa famille possédait depuis longtemps dans la Haute-Alsace, aux droits qu'elle y exerçait comme landgrave héréditaire et à ceux provenant d'autres acquisitions. Tous ces domaines réunis finirent par former une province qui porta longtemps le nom d'Autriche antérieure.

La comtesse Ursule étant devenue veuve en 4354, choisit pour tuteur et protecteur de ses gens et de ses domaines , son beau-frère le duc Albert et son fils Bodolphe (3), mais à l'imitation de sa mère, elle prit peu après un second mari dans la personne de Guillaume, comte de Montfort, comme on peut le voir par un acte du 20 août 4359, par lequel son neveu le duc Rodolphe prénommé, reconnaît lui devoir encore 2500 florins sur les ventes précédentes (4). Nous ignorons l'année de la mort de cette dame.

(I) Hergotl, geneal. dipl. Hnbsb T. III, 676.

(9) Même source et Trouillat, T. III, 871 el T. IV, 651.

(5) Même lieu III, 691 et Trouillat , T. IV, 661.

(4) Trouillat, T. IV, 679.

— us —

Jeanne de Ferretto, duchesse d'Autriche, donna plusieurs enfants à son époux le duc Albert : Rodolphe surnommé l'Ingénieux , Frédéric le Superbe , Albert 111 , Léopold le Probe qui fut tué à Sempach en 1380, et deux filles. On a déjà remarqué que les auteurs parlaient d'elle fort diversement, quelques-uns vont même jusqu'à l'accuser d'avoir donné à son époux des enfants qui n'étaient pas les siens, et enfin d'avoir empoisonné l'empereur Louis de Bavière. Mais, à l'égard de ce dernier crime, on ne voit pas trop ce qui aurait pu y pousser cette princesse. On a avancé qu'elle était irritée contre lui, parce qu'il avait forcé son beau-frère Frédéric d'Autriche à renoncer à l'empire ; mais ce dernier prince était mort depuis longtemps lorsque Louis de Bavière mourut à son tour. Plusieurs auteurs racontent qu'au mois d'octobre 1347, Jeanne de Fcrrctte, duchesse d'Autriche, se rendant de son comté de Ferretto à Vienne, passa par la Bavière. A son arrivée à Munich, l'empereur qui se trouvait dans cette ville, lui fil une réception honorable et lui donna un grand festin. Les uns disent qu'au départ de la duchesse, d'autres le matin, comme l'empereur revenait déjà de la chasse, Jeanne lui offrit du vin dans une coupe empoisonnée. Aussitôt que le prince en eut goûté, il se sentit indisposé et se retira dans son appartement pour prendre un contre-poison dont il faisait usage lorsqu'il avait des doutes sur les causes de ses indispositions. Ce remède ne faisant point d'effet , les médecins lui conseillèrent de prendre quelque exercice violent et l'empereur sortit pour aller à la chasse. Sur l avis qu'on lui donna qu'il y avait un ours dans le voisinage , il mit l'épée à la main et lança son cheval au galop pour aller attaquer la bête féroce. Mais il n'alla pas loin, car on le vit bientôt s'affaisser sur sa monture, tomber à bas de cheval et rester à terre sans mouvement. 11 reprit encore quelque connaissance et expira un instant après, le 10 ou 11 octobre 1347 (1). Dans les divers récits de cette mort, qu'on pourrail aussi bien attribuer à une apoplexie qu'à un empoisonnement, on s'étonne seulement de la persistance de plusieurs auteurs à en accuser ou soupçonner la duchesse d'Autriche, et cette circonstance seule fait présumer que, nonobstant l'accueil que lui fit alors l'empereur, elle nour-

(1; Alberl de Strasbourg. — Speuer, hist. gerra- — Trithemius, ebron. Ilir&oug. T. Il, SOI, et aulrts. Hist. d'Allcinagoe , T. IV, 337.

rissait contre lui la haine que lui portait la maison d'Autriche, haine qu'avait eu soin d'exciter pendant tant d'années le pape Jean XXII.

Jeanne de Ferrette, duchesse d'Autriche, n'était plus jeune lorsque le 14 novembre 4331 elle donnait encore un héritier à son époux. Albert assiégeait alors Zurich et avait amené avec lui ses deux fils Rodolphe et Frédéric pour les accoutumer à la guerre. En apprenant la mort de la duchesse, décédée à Vienne des suites de couches, il se hâta de conclure un traite avec ses ennemis et d'aller rendre les derniers devoirs à son épouse. C'est alors que naquit son fils Léopold que les Suisses tuèrent à Scmpach en 1386. (1)

Le duc Albert mourut également à Vienne le 18 juillet et fut inhumé près de Jeanne de Ferrette , selon un nécrologe de la cathédrale de Bâle qui donne le détail des distributions d'argent à faite le jour de son anniversaire.

Après la mort du duc Albert, son fils Rodolphe, comme l'aîné de la famille, demanda a l'évéque de Baie l'investiture du comté de Ferrette et elle lui fut accordée le 22 janvier 1 361 , pour lui et ses frères Albert , Frédéric et Léopold , scion l'usage ou à peu près dans les mêmes termes que les actes d'inféodation de 1271 et 1278, avec augmentation de la seigneurie de Florimont et quelques autres modifiea-

(1) Nous avons admis, comme Stcyerer , p. 1BG, la date de 1331 , quoi qu'on ait aussi douncà cette mort la dnle du second siège de Zurich en 1552 Mais le doc Léopold étant ne le 4 4 novembre 1551 , et sa mère étant morte en couches, il ne peut plus y avoir de doutes. D'ailleurs voici la copie de Tinscripliou de sa tombe . au monastère de Gemnicken (Gemnico) que cette princesse avait fondé. (Walch , Miscel. Lucel. T. I, 190). Anno dotniui 1551, feria terlia proxima post festum Sli Martini Ëpiscopi , Obiit ingenua et provida Pr inceps domina Johnnna, olim ducissa Atislri», Styriœ et Karinthiae , domina Carniofce, Marchùr et Portus naouis, comilissa in Uabsburg, chiburg et Ferrelis, nec non landgravia superioris Alsalis, nata Ferrelis, genilrix illustriorum principum dominorum Rodulpbi , Frederici, Alberti et Leupoldi ducum , Catharitie , JMargareta, et sépulla in Gemnico monoslerio sux fondalionis ordinis Cartbusiensis in hoc sarcophago requiescil.

Le nécrologc de Bile assigne aussi par erreur la date de 1352 à la mort de cette princesse. Trouillat, T. IV, 658, 674.

Jeanne de FerreUc et le duc Albert étaient en grande considération à Lucelle où ils avaient assisté à la consécration d'une chapelle faite par l'évêque de Bâle , et offert à celle occasion de riches présents. Walch , Miscell. Lucel. T. I et 11.

Muller , d'après Guillimaun (T. III , 48) dil que l'alné des fils d'Albert , en 1551 , soit Rodolphe, n'avait que 45 ans, et le second ,. Frédéric, seulement six.

tions résultant d'accords postérieurs au premier aote et qu'on a déjà rapportés à leurs dates.

Cet acte se fit à Baie en présence d'une très-nombreuse assemblée d'ecclésiastiques, de ducs, de comtes et de nobles, (i)

Notre sujet ne comporte point de rapporter les actes nombreux de la maison d'Autriche devenue dès lors entièrement héritière des comtes de Ferrette. Nous n'indiquerons que quelques-uns des plus importants et qui ont trait plus particulièrement au château de Ferrette. Mais auparavant, on doit encore citer le testament que Marguerite, fille de Jeanne de Montbéliard-Ferrcttc et de Rodolphe liesse de Bade, fil le \ 5 octobre J3GG, dans lequel on voit que sa sœur Adélaïde de Bade, dame de Belfort, vivait encore. (2)

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