CHAPITRE X
Comté et château de Ferrette sors la maison
d'Autriche.
Le comté de Ferrette , situé dans la haute Alsace , ne comprenait point cependant tout le Sundgau ou Alsace méridionale. C'était un ancien démembrement des domaines des dues puis des comtes d'Alsace , sous le règne des rois Carlovingiens. Il dépendit ensuite du second royaume de Bourgogne et ne fut réuni à l'Alsace qu'en 4032, lorsque s'éteignit la race des rois Rodolphiens , et que leur succession passa à l'empire d'Allemagne. Les comtes de Ferrette se regardaient toutefois comme indépendants , et si vers la fin du 43* siècle, l'empereur Rodolphe de Habsbourg chercha à faire reconnaître leur mouvance de l'empire, comme il le fit pour le comté de la haute Bourgogne, on ne voit point d'acte qui constate cette soumission ou vassalité.
Les comtes de Ferrette jouissaient de toutes les prérogatives des souverains indépendants. Ils acceptèrent bien des charges de la part des empereurs , comme l'avocatie d'Alsace et de plusieurs monastères et églises , mais ces charges
(O TrouvJtat, T. IV, p. 167.
(?) Même lieu , 703 , d'après Schœpflio , Alttl. dipl. II , 248.
ne limitaient point leur indépendance dans leurs domaines ; aussi on les vit faire la guerre pour leur propre compte et pour leurs propres intérêts , sans s'occuper nullement de la puissance impériale. On a cru qu'ils avaient relevé du comté de Bourgogne , mais il ne s'agissait que de quelques fiefs mouvant de cetle province et pour lesquels ils devaient , en effet, faire hommage au comte de Bourgogne.
Les droits régaliens, dont ils étaient en possession , sont à peu près tous énumérés dans un acte de Tannée 1225 , par lequel Frédéric Iï , comte de Ferrettc , conféra la majeure partie de ces droits à l'abbaye de Lucelle , en faveur de son beau-frère Berthold d'Aurach , qui était alors à la tête de ce monastère ; cette concession se fit même en présence de Henri roi des Romains , non pas qu'il y fut intéressé , mais comme amiable compositeur entre le comte et l'abbé qui étaient alors divisés d'intérêts. Non-seulement Frédéric accorda alors à Lucelle , la faculté de percevoir des dîmes , prémices et novales , dans les domaines de l'abbaye situés dans le comté de Fcrrette, d'y faire paître des troupeaux d'animaux divers, mais il lui donna le droit de chasse et de pêche, celui d'y chercher et exploiter des mines, de battre monnaie petite et grande, au coin toutefois de l'empire , de conférer des armoiries à la noblesse , selon les coutumes de l'empire romain , de lever des impôts, de percevoir des péages, et même celui appelé Umgeld, qui se levait sur rentrée des vins , et tous les droits à exercer dans toute l'étendue des domaines du monastère, situés dans ledit comté. Il lui conféra également l'autorisation de créer des tabellions ou notaires et de légitimer les bâtards , et enfin, tous les droits régaliens dont il était lui-même en possession, (1)
Cette réserve de ne battre monnaie qu'au coin de l'empire semble indiquer une simple déférence envers le roi , présent à la concession , puisque les monnaies frappées par les comtes de Fcrrette, successeurs de Frédéric II , n'offrent aucune trace des monnaies de l'empire.
Nous ne connaissons qu'une seule pièce frappée par les comtes de Fcrrette , et aucune par Lucelle. La première est une petite pièce de billon de forme irrégulière , dont Schœpflin avait aussi vu un exemplaire semblable qu'il a représenté T. H, p. h 58, d'Alsatia illustra ta et décrite page
(1) Trouillal, T. I , p. 504.
610. Cette pièce porte d'un coté une tête avec deux figures , de profil , entre celles-ci et au-dessus , une petite croix et deux poissons croisés , avec la légende VLRICH , et sur le revers, au milieu, une croix, et à Fentour la même légende avec une étoile ou croix et les deux poissons croisés, (1)
Le passage du même acte où le comte Frédéric accorde à Lucellc le droit de conférer des armoiries nobles , avec un écu incliné ou droit selon les louables coutumes de l'empire , ne paraît pas davantage indiquer la vassalité du comte, mais seulement désigner que, dans la position de Técu des armoiries à conférer, on devait suivre les coutumes admises dans l'empire (2).
Ce qui confirme notre opinion à l'égard de l'indépendance des comtes et du comté de Ferrette, de toute mouvance de l'empire, est la vente de ce comté faite par les premiers à Févêché de Bàle en 4271 , sans aucune réserve indiquant un droit de suzeraineté quelconque sur ces domaines, soit de la part de l'empire , soit de celle du comté de Bourgogne.
Le comté de Ferrette ne formait pas un domaine compacte et sans intercalation de terres étrangères et de droits divers. Détachées de l'héritage des comtes d'Alsace par des alliances de leurs descendants avec les comtes de Montbéliard de la première race , ceux-ci les avaient sous-divisées à leur tour dans d'autres partages. 11 y avait eu des morcellements , des intercalations , des droits et des propriétés cédés à diverses personnes, en sorte que si, dans le principe, ce comté avait été plus compacte, il n'était pas resté à beaucoup près dans son état primitif.
Mais si d'un côté il avait éprouvé des diminutions , on a vu par plusieurs actes que les comtes de Ferrette avaient accru leurs domaines par des alliances avec d'autres grandes maisons voisines , telles que celle de Montbéliard. Il serait donc difficile d'assigner des limites exactes à ce comté, qu'on ne doit toute fois pas confondre avec le Sundgau et
(O Alsat. ill. T. II, V. I, p. 458 et 610. ï.clevel , Etudes numismaliqnes , p. 225 , n'a pas compris le sens de ces poissons , qui ne paraissent autre chose que les bars des armoiries des comtes de Ferrette. Cependant dans l'ccu de celles-ci , ces poissons sont adossés et non croises , mais datis le cimier ils sont placés de diverses manières.
(2) l/acle dit : Injure eliam .. largiendi arma gentillia, cum sculis re tort Ï8 et ereclis juxla imperii romani consuetudines laudabiles.
encore moins avec le baillage de Ferrette, du temps de l'occupation de la maison d' Au triche. Le comté avait compris autrefois plusieurs seigneuries de la haute Alsace , dont les principales étaient Ferrette, Altkirch et Thann ; Belfort et Rougemont ne sont que des accroissements. Les trois premières formèrent ensuite des balliages ou des sou>- divisions.
Le chef-lieu du comté de Ferrette et de toutes les possessions des comtes de ce nom, était le château de Ferrette, qui fut bâti vers Tannée 1040, vraisemblablement sur les ruines d'une tour d'observation de l'époque romaine , qui avait pu encore servir d'appui à des constructions ou habitations durant la période burgonde et franque (1 ) ; on a déjà désigné la consécration de sa chapelle faite en 1049 par le pape Léon IX et dédiée à Stc-Catherinc. Toutefois , les actes ne font mention de ce château qu'en 1144 , comme étant alors la résidence des comtes de Ferrette , sans préjudice toute fois, pour les séjours qu'ils faisaient fréquemment à Altkirch et à Thann.
Il est évident que c'est ce château qui donna son nom à ses possesseurs , ou plutôt à la branche des comtes de Montbéliard à laquelle il échut en partage. Ce nom par ît dériver de la voie ferrée. Via ferrata ou chemin romain, qui passait au nord du château et que dominait la tour d'observation. Durant toute la domination des comtes de Ferrette on ne voit pas qu'il ait soutenu un seul siège 1 . Il paraît avoir échappé aux bandes du sire de Coucy , lorsqu'elles traversèrent le Sundgau en 137G , tandis que la»chronique deBàlc nous dit que, durant les démêlés du belliqueux évéque Jean de Vienne et de l'Autriche avec les Bàlois, en 1374, ceux-ci brûlèrent Ferrette avec plusieurs autres places appartenant à leurs
(1) Noue ne citerons que pour mémoire l'opinion de Wolfg. Lazius, Geueal. Ausl qtii «dlribue à Rnlbod , comte de Habsbourg, la fondation du château de Ferrette. A l'appui de notre opinion sur l'existence d'une position militaire en ce lieu, nous indiquerons d'abord son site, admirablement bien choisi pour y bâtir une tour d'observation et y avoir un poste militaire , à l'effet de protéger la voie romaine passant au nord cl ses divers embranchements du voisinage. On a trouvé . dans les ruines et la forât autour du château , plusieurs mounaies romaines de Constantin ou de ses premiers successeurs. M. Zuber eu a quelques-unes à Ferrette même Nous y avons recueilli un morceau de tuile a rebord ou antique qui n'était pas seul et il est même surprenant qu'après tant de siècles et de bâtisses successives , on puisse recueillir quelques vestiges des temps romains.
ennemis . Mais on ne trouve point de détails (1), en sorte que sous le nom de Ferrette on ne sait s'il s'agit de la ville ou du château. Le chroniqueur est plus explicite en 1445, lorsqu'il raconte les suites de la guerre des Bàlois avec le sire de Morimont , bailli de Ferrette pour la maison d'Autriche (2). Ce fier baron avait été un des principaux négociateurs de l'envoi de l'armée d'Armagnacs qu'une poignée de Suisses arrêtèrent à St-Jacques près de Baie. Les Bâlois avaient eu fort à se plaindre du sire de Mœrspcrg et de ses gens de guerre , race de pillards, qui se tenaient dans les châteaux de la contrée et notamment dans celui de Ferrette. Au mois de mai de ladite année 4445 , ils mirent leur bannière au vent et, au nombre de 2500 hommes, ils allèrent attaquer les places du Sundgau. La vue du château de Ferrette les fit renoncer à assiéger ce fort ; et leur colère tomba sur le village qui fut entièrement pillé. La garnison du château leur tira vainement des coups d'arquebuse : de ce point élevé , l'effet de ces armes était trop plongeant et personne ne fut atteint qu'un pauvre garçon.
Les ducs d'Autriche , quoique possesseurs de très- vas tes domaines, avaient fort peu de revenus en argent, et ils manquaient souvent de numéraire. Sigismond d'Autriche , chef de la maison en 1460, avait des dettes énormes. Il devait beaucoup aux Bàlois , et à divers seigneurs , et pour sûreté de leurs créances , il leur avait engagé une grande partie de ses domaines d'Alsace. Ferrette ; ou plutôt le baillage de ce nom, était engagé à Christophe de Rechbcrg pour 7000 florins d'or ; Altkirch, à Henri de Ramstcin, pour 11000 florins , les seigneuries de Belfort, de Rougemont et d'Isenheim , a Pierre de Morimont , pour 30,800 florins et 2000 francs d'or , et ainsi de suite. Pierre de Mœrsperg était un zélé courtisan de l'archiduc ; depuis plusieurs années il s'occupait de régler ses affaires d'argent, et en cette occasion , ce fut lui qui traita avec le duc de Bourgogne, Charles le téméraire, pour lui vendre, avec droit de rachat, tous les domaines que l'Autriche possédait dans la haute Alsace , qu'on appelait ordinairement l'Autriche antérieure et qui touchait à la Bourgogne. Le marché fut conclu à St-Omer les 2 et 9 mai 1469, pour une somme
C\) WurHeisen. Basles cfaron. 202. — Ocb». T. II, 225. (2) Même lieu, 420. — Ocbs. T. III, 441.
de 50 mille florins du Rhin , non compris le paiement des dettes (4).
Par suite de cet achat, le comté de Ferrette passa au duc de Bourgogne avec les autres domaines de l'Autriche. La conduite dure que tint Pierre de Hagenbacb , le gouverneur envoyé par Charles dans cette contrée, mécontenta l'Alsace ; Sigismond se repentit de son marche ; sa maison ennemie des Suisses se rapprocha de ceux-ci à l'instigation du roi de France Louis XI. On trouva de l'argent et le rachat de l'Autriche antérieure fut signifie au duc de Bourgogne , le 6 avril 4474. En même temps, Pierre de Hagenbach ayant commis de nouveaux actes de violence, fut saisi et exécuté à Brisach, en présence de l'archiduc et des députés suisses. La guerre éclata alors ; Etienne, frère de Pierre de Hagenbach , fit une irruption dans le Sundgau , accompagnée de dévastations et d'actes d'atrocités. Les gens des environs de Ferrette prirent les armes , entrèrent à leur tour dans le pays bourguignon , et mirent le siège devant Blamont , mais mal armés et entravés par la pluie , ils furent repoussés jusque chez eux par la cavalerie bourguignone (2).
Ferrette et tous les pays engagés revinrent à l'Autriche à la suite de la guerre.
On attribue à l'empereur Maximilien , la restauration et l'augmentation du château de Ferrette, vers l'année 4500. Après divers engagements temporaires aux nobles de Rerhberg, aux Truchsess et Reichenstein, la maison d'Autriche l'engagea de nouveau aux comtes de Fugger, en 4575 , à charge d'y faire des réparations , ce qui eut lieu par des constructions importantes, par des fortifications pour l'usage du canon et le creusage de fossés profonds vers les côtés les plus accessibles. On reconnaît encore facilement les traces des édifices qu'on construisit au 46 e siècle, consistant principalement dans le nouveau château ou château inférieur , dont il reste les façades du sud et de l'ouest ,
(I) On peut voir les détails de cette négociation dans la notice sur les iirfs de Morimont que nous avons publiée dans ta revue d'Alsace en I85D , pages 491 et suivantes.
(9) Ëdlibuch , Munster, Steliler, Schilling, l'rstisius et autres. Les gens de Ferrette prirent leur revanche à Moral le 93 juin 1476 et on les accuse de ne pas avoir été les moins cruels dans la vengeance que les vainqueurs exercèrent sur les Bourguignons après la défaite de ceux-ci. — Mém. et docum. de la Suisse romande , T. VIII , p. 351.
flanquées de tours demi-rondes. On remarque aussi que, vers cette époque, l'ancien château fut également restauré et qu'on employa à cet effet , un très-grand nombre de grosses briques (4).
Toutes ces fortifications nouvelles ne purent le défendre durant la guerre dite de 30 ans , entre la maison d'Autriche et la France liguée avec la Suède. En 1633, le château de Ferrette fut pris par un corps de troupes du Reingrave , commandé par d'Erlaeh , officier très-estimé. L'armée suédoise ayant commis de grandes cruautés, des pillages, des profanations dans les églises de la haute Alsace, les paysans se soulevèrent et, au nombre de àOOO hommes , ils attaquèrent les places occupées par les Suédois. Le château de Ferrette fut pris d'assaut et d'Erlaeh , auquel on avait promis la vie , fut jeté par les fenêtres du château et massacré. Les Suédois furieux revinrent en nombre, battirent les paysans , leur tuèrent plus de 2000 hommes , leur en prirent 900 et dispersèrent le reste (2).
Le château de Ferrette fut alors en partie incendié et ne se releva plus de ses ruines. Walch , moine de Lucelle , décrit ce château de la manière suivante. Le château de Ferrette a deux entrées ou sorties , trois cours , et (rois maisons, desquelles l une s'appelle château d'en-haut, qui a six poilles (chambres chauffées avec des poêles) , et onze chambres, avec une cuisine et une étuve, ainsi qu'une cave à son entrée. Il a deux escaliers , qu'on peut monter â cheval et avec chariots. Le puits, dans la tour de l'est, a 415 toises de profondeur ; il est recouvert d une voûte en briques (3).
Le château du haut était l'ancien château des comtes de Ferrette , séparé de la tour du puits par une petite cour. Le puits, de 8 à 9 pieds de diamètre, est creusé dans le roc depuis son orifice jusqu'au fond. Plusieurs appartements du vieux cMtcau étaient également taillés dans le roc On y avait ajouté plusieurs édifices plus vers l'ouest, et on montait à ce château par une rampe très-rapide, depuis la grande
On indique encore dans un champ au nord-nord-ouest du château remplacement où Ton fabriquait ces briquet , et le chemin dit des ânes par lequel passaient les bêles de somme qui les portaient au château.
(i; Hisl- manuscrite de la guerre dile des Suédois, p 15. Laguille, hist. d'Alsace, T. H, 09, 107. Auffscblager cl autres.
(3; Walch, Miscellanca I.ucel. T. 1. Cet auteur écrivait vers 1760, mais il semble que 6a description a été prise dans un ouvrage plus ancien.
cour; celle-ci avait été établie au 16 e siècle, lorsqu'on bâtit le nouveau château. L'ancien château avait une poterne ou étroit couloir , ménagé dans l'épaisseur de la muraille du nord. La chapelle de Ste- Catherine était au pied^e la montée du vieux château ; elle avait des caveaux funéraires. Tout a côté et encore vers le nord , il y avait l'arsenal et une habitation pour le receveur.
L'incendie de 4633 n'attoignit pas tous les édifices et ne ruina réellement que l'ancien château, comme on peut s'en assurer par plusieurs vieilles peintures et dessins dont deux sont de 1067 et 69 et un autre de 4760. Tous représentent encore le nouveau château, l'arsenal, la chapelle et autres dépendances, en bon état de conservation , et le vieux château est seulement privé de son toit.
Ces mêmes dessins indiquent la ville de Ferrctte comme une petite agglomération de maisons, échelonnées sur le penchant de la colline au sud du château , en sorte que les environs de l'église étaient encore déserts (4).
Cette église, siège du chapitre fondé par Frédéric comte de Ferrettc vers l'année 4050, offre les traces de plusieurs constructions successives. Une partie du chœur appartient à la fin du 42' ou au commencement du 43 e siècle (2). On croit remarquer extérieurement les traces d'un ancien cloître dont les arceaux en ogive se reconnaissent contre le coté septentrional du chœur. Du reste, il n'y a rien de remarquable dans l'architecture et l'ornementation de cet édifice. Cette église paroissiale avec deux filiales, celle du vieux Ferrctte, village voisin dont le nom indique à lui seul une existence fort antérieure à celle du bourg et celle de Rœderstorf , furent, dans un temps, soumises à l'abbaye de Lucelle.
La dernière destruction du château de Ferrette dàtc de la fin du siècle dernier et commencement de celui-ci. Mais la description de ces ruines nous a écarté un instant de l'his-
(f ) La ville de Ferrette n'avait pas de ban ou de territoire particulier, mais toutes ses terres dépendaient des bans ou territoires des communes voisines. Ce ne fut qu'au commencement de ce siècle qu'on lui forma un ban par des démembrements de ceux voisins , lorsqu'on organisa le cadastre.
(i) Cependant il semble qu'il y a des fondations antérieures et qui pourraient bien remonter à l'époque où le comte Frédéric institua en ce lieu un chapitre de chanoines au milieu du onzième siècle. — La dâle de cette fondation corrobore l'opinion émise sur la grande antiquité du
toire de cette localité, sur laquelle nous n'avons plus guère à dire.
Pendant cette même guerre dite de 30 ans, le duc de Saxc-Weymar avait eu le projet de se former une petite principauté dans la haute Alsace et pays voisins qu'il avait occupes ou conquis avec son armée plus ou moins indépendante. A sa mort, arrivée inopinément en 1639, il avait légué son armée et ses prétentions à ses généraux , avec quelques réserves en faveur de la France. Mais un des chefs de l'armée , le général d'Erlach , parent de celui tué à Ferrette , se laissa gagner par Richelieu , et les troupes françaises occupèrent les pays conquis par les Weymariens et par conséquent le comté de Ferrette.
A la paix de Munster en 4648, l'empereur, tant en son nom qu'en celui de la maison d'Autriche, céda à la France ses possessions et juridictions dans les Landgraviats supérieur et inférieur de l'Alsace , le Sundgau , ses droits sur les villes impériales, etc. Durant les négociations qui précédèrent ce traité et celui de Nimèguc, 40 août 4678, qui conféra définitivement à la France, la souveraineté de l'Alsace , l'évôque de Bâle essaya constamment de faire insérer une description et une délimitation plus vraies des pays cédés, et de sauvegarder ses droits de propriété sur le comté de Ferrette. Mais les grandes puissances, pressées de conclure la paix , n'écoutèrent qu'à-demi les réclamations d'un petit prince.
C'est en vain que celui-ci prouva que le comté de Ferrette n'avait jamais fait partie du Landgraviat de la Haute-Alsace, qu'il était absolument distinct du Sundgau proprement dit , qu'il était un domaine direct de l'évêché de Bàle , acquis à prix d'argent, des comtes de Ferrette, et seulement inféodé à ceux-ci, et ensuite à la maison d'Autriche, leur héritière, avec la réserve , du reste commune à tous les fiefs , de ne pouvoir les aliéner en tout ou en partie , sans l'assentiment du suzerain ; toutes ces réclamations, appuyées de titres authentiques, faites près de toutes les cours intéressées, et réitérées a chaque occasion près de la France, échouèrent contre le droit du plus fort. La France qui , du reste , ne pouvait avoir de griefs contre l'évêque de Bàle, resté neutre durant la guerre, et que celle-ci avait cependant énormément froissé dans ses intérêts de souverain et dans les personnes et propriétés de ses sujets , méconnut et lésa sciemment les droits
d'un souverain trop faible pour les défendre par une autre voie que des protestations. La France resta dès-lors en possession du comté de Ferrette par le seul droit de la force. Ce petit pays, ainsi enlevé à l'cvêché de Bâlc, et dont l'Autriche n'avait pas plus le droit de disposer que la France , comprenait alors plus de cent quarante châteaux , villes et villages, avec leurs droits , revenus, etc. (1)
Apres quelques dispositions temporaires et plusieurs démembrements (2) , le roi Louis XIV , par lettres patentes du 47 janvier 1659, donna au cardinal Mazarin le comté de Ferrette , sans clause de retour a la couronne. Ce don ensuite contesté, en 16G2, soit après la mort du cardinal, fut confirmé en 1707 en faveur de ses héritiers, qui firent valoir l'usage, toujours pratique par les rois, de doter leurs grands ministres et capitaines de domaines acquis par la victoire, en observant de plus que ce domaine n'avait pas été réuni dune manière expresse à la couronne. Ce don comprenait le comté de Ferrette et les seigneuries de Délie, Thann, Altkirch et Belfort.