CHAPITRE XI
Maisons nobi.es du nom de Ferrette.
Le nom des comtes de Ferrette est si intimement lié à l'histoire de l'évéché de Bàlect de ses monuments, qu'il est resté pour ainsi dire populaire, et s'est d'autant plus facile* ment perpétué qu'une famille noble de ce nom, mais divisée en plusieurs branches , s'est maintenue jusqu'à nos jours. Mais, faute d'avoir lu les documents, on entend souvent des personnes, du reste instruites, et même des auteurs, confondre les comtes avec les simples gentilshommes et prendre ceux-ci pour les descendants des premiers. Ce n'est pas que la noblesse des seconds fut moins ancienne, on pourrait presque dire qu'ils existaient avant qu'on ne connut les comtes
(1) Divers mémoires imprimes et publiés durant les traités de Munster et de Nimégue , par l'évèque de Bile et jusqu'en 1692.
(2 Tels que la seigneurie de Lanzer donnée déjà en 1645 à la famille Herwart , en récompense de services rendus el d'argent prêté. — Mém. Hervart , p. 25 et 81 , 1839.
de Ferrette, puisqu'ils apparaissent dans les actes avant que Frédéric 1 er , fils de Thierri l ,r comte de Montbébard, eut partagé la succession de son père et reçu pour sa part le comté de Ferrette, en 1425. Mais on a vu qu'avant celte date, un autre Frédéric , sorti comme lui des anciens comtes de Montbéliard , avait déjà possédé ce comté et bâti le château de Ferrette, vers l'année 4040. Nous croyons donc qu'il faut remonter jusque vers cette époque pour rechercher l'origine probable des nobles de Ferrette parmi les officiers de ce prince , ayant quelque emploi et probablement une résidence à Ferrette , comme à côté des comtes de Habsbourg , des barons d'Asuel et autres grandes familles, il y avait des vassaux nobles de même nom.
Il est bien à remarquer qu'il n'y a pas eu deux châteaux de Ferrette proprement dit, que les gentilshommes de ce nom n'ont jamais possédé celui des comtes , et qu'au contraire on les voit constamment parmi leurs ministériels ou officiers, tenant d'eux des fiefs nobles, des châteaux mémo dont parfois ils prirent le nom ou qu'ils ajoutèrent au leur. Un de ces châteaux existait près du village du vieux Ferrette, un peu à l'ouest de l'église actuelle. Ce n'était qu'une maison forte dont on reconnaît encore les fossés qui l'environnaient. Le nom d'Allpfird, donné à ce village, indique déjà toute l'antiquité de celui-ci, mais clic est encore prouvée par diverses traces romaines qu'on y a reconnues à plusieurs reprises , telles que des anciennes fondations d'édifices, des fragments de tuiles antiques et des monnaies romaines.
Les premiers membres de celte famille de Ferrette que nous ayons rencontrés dans les actes , sont Sigefrid et Adclbert de Ferrette, témoins d'un don fait, lors de la fondation de l'abbaye de Lucelle, par Henri d'Asuel vers 4424 et confirmé en 4436, par l'archevêque de Besançon et l'évéque de Bàle. (4) Les mêmes personnages sont rappelés pour le même motif en 4152 (2), mais il n'est pas certain qu'ils fussent alors encore en vie, car déjà en 4444, lorsque Frédéric 1, comte de Ferrette, fonda le monastère de Feldbach , on voit parmi les témoins de cette fondation , Otton de Firretho , Valo , Kcimbold et Ulric , chevaliers de Firretho. Ces noms sont placés entre un baron d'Asuel et un archidiàcrc de Metz, ce qui indique des personnages appar-
(1) De l'original, public ensuite par M. Tronillat , T. I, 302.
(2) Mùme source, 320.
tenant à une noblesse d'un certain rang. Valo de Ferrettc reparaît en H 60, comme témoin d'un acte du même comte (1).
Ces mêmes Reimbold ou Rainold et Ulric , avec Je titre de dominus ou de chevalier , se rencontrent encore dans plusieurs actes de 1175 à 1188. Dans un de ces actes, le premier est appelé ministériel du comte Louis de Ferrettc et celui-ci approuva le don que fit cet officier , de la cure de Montignez au monastère de Grandgour. (2)
Dès le commencement et dans le courant du i3 p siècle , on trouve plusieurs nobles de Ferrettc, tantôt qualifiés de chevaliers , tantôt de ministériels des comtes de ce nom , et presque toujours figurant à leur suite, comme témoins, dans des actes de leurs suzerains. Quelquefois cependant , on les voit dans la dépendance féodale d'autres hauts barons, tels que Rodolphe fils de Luitfrid, chevalier de Ferrette, qui en 1243, résigna l'avocatie de Metzerlen avec ses hommes et dépendances, qu'il tenait en fief du comte de Thierstein. En 1218, un Bourcard de Ferrette, fils de Bourcard, est appelé petit fils de Bourcard seigneur d'Asucl ; c'était m fils de sa fille. Un autre, du nom d'Henri, était surnomme le petit chevalier ou Ritterhn, dans un acte de 1221 ; il est appelé une autre fois, chevalier de Bourcard d'Asuel.
Du reste, nous ne voulons point rapporter tous les documents qui parlent de ces nobles, ni écrire leur géncalcgie; nous voulons seulement établir leur ancienne origine et fc partage de cette souche en plusieurs branches. Remarquons cependant qu'au commencement du 14 e siècle, vivait a Lucelle Un moine appelé Pierre de Ferrette et qu'il y remplissait les fonctions de procurateur. Quelques fragments de manuscrit decette époque, rappelant des faits relatifs au comte Ulric I de Ferrette, paraissent provenir de ce irome, dont les documents de Lucelle font mention en 1309. Nous avens, dans le temps , pris copie de quelques passages de ce manuscrit ou plutôt feuillet de manusc rit , mais peu de temrs après (en 1828), son possesseur le laissa brûler (3).
En 1322, le comte Ulric 11 transigea avec les chcvalitrs Théobald et Ulric de Ferrette relativement au château de Liebstcin , aux villages d Oltingen et de Lauttcr et à la
(J) TrouilUl, T. Il, 709.
(S; Trouitlat, T. Il, 28.
(3) Watch , Misccllaoea cl autres écrits.
quatrième partie de la dîme de Ferrette, que le comte leur donna en fief. Ce chevalier Ulric devait être fort considéré et dans les bonnes grâces du comte, puisque celui-ci le choisit, en 4324, pour un de ses deux exécuteurs testamentaires ; dans ce même acte , un Jean de Ferrette apparaît comme témoin.
Ulmann de Ferrette et son fils Ulrich furent des seigneurs très-distingués du Sundgau, et possédèrent Favocatie du Brisgau, vers le milieu du quatorzième siècle : Ulmann de Ferrette, chevalier, est appelé avoué de la province du Sundgau dans un titre d'Albert II et de sa femme Jeanne de Ferrette, daté de Bade 4342 ; le duc d'Autriche lui recommandait le couvent des frères mineurs de Thann.
En sa qualité d'avoué de l'Autriche antérieure , ou des domaines de l'Autriche en Alsace, et d'avoué du Brisgau, il fit une alliance de cinq ans avec les villes de Strasbourg, de Baie et de Fribourg et, comme possédant l'avocatic du Sundgau, il hypothéqua l'année suivante, 4354, à la ville de Strasbourg, la ville de Cern y et le village de Steimbach pour 200 florins ; sept ans plus tard , 4 358 , il fit encore de nouveaux engagements , qui ne semblent être autre chose que des emprunts pour la maison d'Autriche, alors obérée de dettes.
Les services qu'il lui rendit furent l'objet de la reconnaissance des ducs, qui lui conférèrent, entre autres faveurs, le fief du village de Carolsbach en 4365 Pantaléon de Ferrette, petit-fils d'Ulmann, eut deux fils : Théobald et Ulric, qui furent les souches de deux familles du nom de Ferrette. L'une prit le nom de son fondateur Théobald, et s'éteignit à la mort de François Théobald de Ferrette en 4720. L'autre dite Ulr'cienne se divisa à son tour en deux branches, vers 4 576 : la première sous le titre de Ferrette de Carolsbach et l'autre de Ferrette de Florimont , à raison de la possession du fief de ce nom. Celle-ci a subsisté jusque vers le milieu de notre siècle.
Reinhard de Ferrette de Carolsbach reçut le titre de baron, de l'empereur Ferdinand III. Un de ses fils , Ferdinand- Ignace, fut chanoine d'Aichstadt; un autre, Antoine, chevalier de l'ordre teutonique, et le troisième, J. -Baptiste, perpétua la race des barons de Ferrette. Son fils François-Antoine, baron de Ferrette, épousa en 4741 , Françoise de Reinach-d'Obersteinbrunn.
Il y eut encore une autre branche des Ferrettc , appelée de ZUlisbeim , qui apparaît déjà vers la fin du quinzième siècle, mais qui est éteinte comme toutes les autres. Jean- Adam de Ferrettc-Zillisheini était conseiller de l'archiduc d'Autriche et bailli du Sundgau pendant la guerre de trente ans. Il mourut en 1651. Un de ses fils fut chanoine de l'église de Baie. Un autre de ses enfants épousa Marie-Anne de Schœnau et en eut trois fils , Joseph- Gaspard, commandeur de l'ordre teutonique , Joseph-Conrad , prévôt do l'église de Bàle, mort en 1 709, et François-Joseph de Ferrette, qui épousa une dame de Wessemberg, dont il eut deux fils : Bernard, prévôt de l'abbaye de Murbach, et Philippe Jacob, chanoine de Baie. Leur père étant mort en 1721 sans laisser d'autres enfants mâles , la famille des Ferretlc de Zillishcim s'éteignit alors. (1)
A la fin du siècle dernier , un des Ferrette de Florimont était grand-veneur de l'évéquc de Bâlc; sa sévérité pour les infractions aux lois sur la chasse , la multiplication démesurée du gibier, des bêles fauves , des sangliers , avaient soulevé contre lui la haine de tout le pays, et ce fut un des griefs qu'on éleva conlre l'évéque , lorsque les effets de la révolutiou française de 1789 se firent sentir dans le pays. Nous avons encore entendu raconter, par de vieux braconniers et de vieux paysans , des anecdotes intéressantes sur ce fier et dur baron, que plus d'un tint au bout de son fusil, prêt à commettre un meurtre plutôt que de périr dans l'oubliette de la Tour-refouse au château de Porrenlruy , car elle servait souvent de prison aux braconniers.