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CHAPITRE II

Histoire des premiers Comtes de Ferrette.

Il nous faudrait un gros volume pour raconter l'histoire des Comtes de Ferrette, d'après les notes que nous avons recueillies à leur sujet, mais nous tâcherons de résumer:

(l) Les diverses histoires d'Allemagne. — Duvernoy, Ephémcrides de Montbéliard , année 1347 , pnge 454.

(i) Cbron de Colmar, p. S35. — Guerres d'Alsace en 1228 et années suivantes. — Acte de 1232 , où les Comtes de Ferrette sont condamnés à faire une pénitence publique.

(3) M. Zuber, de Rixbeim.

M. de Golbery n'a osé faire remonter leur généalogie audelà du i% me siècle, et cependant nous devrons la prendre de plus loin pour mieux faire connaître cette famille qui a possédé jadis près de la moitié des Etats des Evêques de Baie et un grand nombre des châteaux dont nous devons écrire l'histoire.

Les Comtes de Ferrette descendent indubitablement de ceux de Monlbéliard. Au huitième siècle il existait bien un Comte appelé Boronus, homme illustre, possesseur de toute la contrée qui porta le nom de Pagus AJsgaugiensis, ou canton d'Elsgau, actuellement Ajoie, mais alors beaucoup plus considérable que le pays qui a gardé ce nom. On le croit fils d'Atticus duc d'Alsace, mais il régne tant d'incertitude sur les premiers descendants de ce duc qu'on ne peut y rattacher directement la souche des Comtes de Montbéliard. (1)

M. Duvernoy, si versé dans l'histoire de son pays natal, ne commence la série des Comtes de Montbéliard qu'au dixième siècle et alors leurs alliances avec les premières familles de l'Europe indiquent assez que leur origine devait être fort illustre. C'est ainsi qu'il rapporte que Louis, probablement le premier de ce nom, Comte de Dagsborg et de Monlbéliard fut, en 966, le fondateur du couvent de S'- Quentin dans les Vosges. Louis II, présumé son fils, Comte de Dagsborg et de Montbéliard , fonda en 1005 le monastère deSM)ié, conjointement avec Béatrix, veuve de Frédéric I, Comte de Lorraine et sœur de Hugues Capet, souche de la maison de Bourbon. Louis était l'ayeul par les femmes du Pape Léon IX , élu en 1048 ; sa fille Edvige épousa Hugues IYComtedeNordgau, père de Brunon, Comte d'Egisheim, issu des ducs d'Alsace.

Un autre Louis, troisième du nom, que les auteurs appellent Comte de Montbéliard et de Dabo, fut tué au Mont Saint- Venues, en 1027. Il fut inhumé à Verdun, où sa veuve, Adélaïde, fille de Thierry duc de Lorraine, lui fit ériger un tombeau. Son beau-frère le duc Frédéric II mourut la même année, ne laissant que trois filles, dont l'aînée, Sophie, épousa (1033 à 1034) Louis IV, son cousin

(0 Duvernoy. Ephémérides de Monlbéliard XXIII, années GC5, 894, 925. — Graadidier, histoire de l'église de Strasbourg T. I , p. 941. — Troaillal, monuments de l'bist. T. I, p. 76.

germain, fils de Louis III, auquel il succéda sous le nom de comte de Mousson, de Montbéïiard et de Bar. (4)

Frédéric II , duc de la Lorraine Mosellane et comte de Bar, avait épousé Mathilde de Franconie, et, selon Schœpflin, la fille de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne. (2) A la mort de Frédéric, sa fille Sophie apporta à Louis de Montbéïiard le titre de comte de Bar qui resta quelque temps dans sa famille. Cette dame était nièce de Rodolphe III qu'on vient de nommer, et après la mort de ce prince,, elle donna à son époux des prétentions sur ce riche héritage que le roi avait cédé à l'empereur d'Allemagne. Louis prit les armes contre celui-ci , mais il fut battu et son comté de Montbéïiard fut dévasté. 4033. Plus tard, il embrassa le parti de ce prince contre le comte de Bourgogne, défit celuici et le força à se soumettre à Perapereur. (3)

Les états de Louis IV comprenaient alors les comtés de Montbéïiard et de Ferrette, les seigneuries de Belfort, de Délie et de Porrentruy , et enfin les comtés plus éloignés de Pont-à-Mousson, de Bar et de Verdun. Ce comte mourut après 4065 et sa femme Sophie en 4093 , laissant quatre fils et trois filles. Thierry ou Théodoric I obtint en partage de la succession paternelle les comtés de Montbéïiard , de Pont-à-Mousson et de Verdun. Frédéric son frère eut dans son lot la partie de l'Alsace dépendante du comté de Montbéïiard et c'est à lui qu'on attribue la fondation du château de Ferrette dans cet apanage. Nous pensons qu'il ne fit que restaurer une forteresse dont le noyau ou tout au moins la base avait été une tour d'observation bâtie par les Romains, pouvant communiquer avec les châteaux le long du Rhin,

fî) Ce seigneur est regardé avec raison comme la souche des comtes de Ferrette et c'est pour ce motif que nous entrons dans ces détails. — Les Bollnndistes , sous la date du 29 avril , nous disent dans la vie de St- Hugues abbé de Cluny: Ludovicus enim cornes et Sophia uvor sua , pradicandœ scilicet vir et mulier devotionis, eum (S. Hugonem) apud Aldechiarcum (Altkirch) hospitio susceperant. — Ces seigneurs avaient fait dresser une table dans leur verger d' Altkirch pour fêter la réception de Hugues , mais un orage étant survenu et menaçant de gâter tout ce festin , le St homme rassura ses hôtes et fit dissiper l'orage. — Altkirch a toujours été une des anciennes possessions des comtes de Ferrette.

(*.) Schœpflin Alsalia Illust. T. II. 484.

(S) Duvernoy, éphémerides, année 1035, p. XXVII', et même source, années 1045 à Î043. — Dunod hist. du comté de Bourgogne T. II, p. 147.

des Vosges et du Jura, et protéger la voie militaire ou la via Ferrata qui passait au-dessous de Ferrette. (4)

Nous croyons reconnaître la preuve de ce fait dans les débris romains que l'on trouve dans le voisinage du château , monnaies et fragments de tuiles antiques , en même temps que certains mouvements de terrain, vers le nord et l'ouest, semblent être des restes d'un vallum formant un poste militaire, comme on en voit des traces semblables sur la colline et près de la tour romaine du Wartenberg, sur le Stûrmer-Kœpfli , au Mont-Terrible et ailleurs encore.

Lorsque Bruno , comte d'Egishcim , parent de Frédéric comte de Ferrette, parvint au Saint-Siège, en 4048, sous le nom de Léon IX, et qu'il vint en Alsace Tannée suivante, il visita le château de Ferrette et y consacra la chapelle sous l'invocation de S"- Catherine. Il bénit de même celle d'Hébolskirch en se rendant de Ferrette à l'abbaye de Grand val. (2) Frédéric raccompagna à Rome et Ton croit que ce fat à son retour qu'il fonda à Ferrette un collège de chanoines réguliers de l'ordre de S l -Auguslin. (3) Ce comte eut encore en partage divers alleus dans la basse Alsace et, quand plus tard il épousa Agnès , fille de Pierre , comte de Savoie, marquis de Suze et d'Italie et d'Agnès de Guinnes, il obtint par cette alliance le marquisat de Suze et d'autres domaines. Frédéric mourut à Turin en 4091 en laissant trois fils dont l'un, Pierre, tut chassé d'Italie par l'empereur Henri IV et privé de ses biens maternels. S'étant retiré en Alsace, il bâtit le château de Lucel bourg et prit le titre de comte de Lueel bourg. Ses frères , Bruno et Sigefroid , se vouèrent â l'état ecclésiastique.

Renaud, petit fils de Pierre, étant mort sans postérité en 4450, Etienne, évêque de Metz, issu des comtes de

(1) Durant la guerre de Bourgogne , en 1474 , on fit encore usage de la tour de Ferrette, de celle de Milandre et antres pour y allumer des feux durant la nuit et faire de la fumée le jour, afin de prévenir les pays voisins de rapproche des Bourguignons. — Golbery , antiq. d'Alsace , H«-Rbin, 95.

(2) Léon IX consacra de même en Alsace la chapelle d'Egishcim et celle de Vorbourg au val de Delémonl, comme on le dira plus loin» Buchinger, epitome fastorum Lucell. iki. — Golbery, antiquités d'Alsace. — Jean Trilbème, chronique d'Hirsauge, année 1060. Annales de Grandral.

(S) Scbœpflin AU. illutf. T. H, p. 449. Bochioger , epitome fastorum Lucel.

)gle

JMontbéliard , eut en partage le château de Lucelbourg, qu'il réunit à son église. Jusqu'ici, on ne voit pas encore comment le château de Ferrette rentra a la maison de Montbéliard.

Les deux autres frères du comte Louis IV de Montbéiiard paraissent être morts avant leur père. De ses trois filles l'une, Mathilde, épousa, avant 4049, Hugues V comte de Nordgau ou de la Basse Alsace , frère de Gérard comte d'Egisheim et du pape Léon IX. Béatrix fut la seconde femme de Berthold duc de Zœringcn , et la dernière, Sophie, n'est connue que par son nom (1).

Thierri 1, fils de Louis IV , comte de Montbéliard, après la mort de sa mère Sophie de Lorraine, en 1091 , hérita encore du comté de Bar et nous avons lieu de croire que ce fut alors qu'il y eut des arrangements de famille entre lui et les fils de son frère Frédéric, mort la même année, au sujet du comté de Ferrette dont Thierry devint possesseur. Il avait épousé, en 1076, Ermentrude, fille de Guillaume I, surnommé Tête-hardie, comte de Bourgogne, et d'Etiennette de Vienne. 11 en eut neuf enfants dont les ainés Frédéric et Thierry II gouvernèrent d'abord conjointement les vastes domaines de leur père. Renaud, leur frère, eut l'administration des comtés de Bar , de Pont-à-Mousson et de Verdun. Il épousa Giselle, fille de Gérard I, comte de Vaudemont et d'Elvigc, comtesse d'Egisheim et petite nièce du pape Léon IX. Ce comte surnommé Renaud aux yeux louches , fut la souche des comtes de Bar.

Etienne le quatrième des fils de Thierry I. futEvêquede Metz, puis cardinal. 1120 à 1163. Louis, qui portail le titre de comte de Pont-à-Mousson fut un des premiers croisés en 1095. Il se distingua en Palestine par ses vertus guerrières , mais il y mourut sans postérité. Guillaume et Hugues étaient morts avant 1105. Nous ne connaissons pas le sort des cinq filles de Thierry ; on sait seulement qu'Adélaïde épousa Hermann , comte de Salm, tige de celte maison, et que Gunthilde fut abbesse de Biblisheim. 1 131 .

(t) Schœpflin Abat, dipl N. 255, année 1105. 8 Sept.

(S) Nous avons puisé une partie de cette généalogie dans dans des renseignements que M. Sleck de Lulzbourg a bien voulu nous fournir , il y a plus de 30 ans ; dans les ouvrages de M. Duveruoy, et àd'autres sources, telles que Dunod, Schœpflin et autres.

Vers le même temps des historiens indiquent un Louis , comte de Ferrette, qui aurait été évéque deBàlede 1407 à 1118; raaisJes actes n'en font aucune mention. Cependant, comme à cette époque il y avait déjà une famille noble du nom de Ferrette, vassale des comtes du même nom , il pourrait se faire que, dans ces temps de troubles, un de ses membres ait eu des prétentions au siège de Bâle après la mort de l'évêque Bourcard d'Oltingen-Hasenbourg.

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