‹ Histoire des comtes de FerretteChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Frédéric I. Comte de Ferrette.

Frédéric et Thierry II, héritiers des comtés de Montbéliard et de Ferrette, à la mort de leur père vers 1102, gouvernèrent conjointement ces états ; mais, si Ton en doit

est toujours nommé avant son frère, il devait être l'ainé. Déjà le 3 Juillet 1105 on le voit donner au monastère de Cluny, l'Eglise d'Âllkirch fondée par ses ancêtres (1) et dans cet acte il se nomme Frédéric fils du comte Thierry de Montbéliard et d'Ermentrude qui vivait encore et qui consentit à ce don. Neuf ans plus tard , le 14 décem- 1114, et probablement après la mort de sa mère, il confirma cette donation sans prendre aucun titre. Le 8 Janvier 1125, se trouvant à Strasbourg à la cour de l'empereur Henri V, on le voit figurer parmi les témoins d'un diplôme sous le nom de Frédéric , comte de Montbéliard et son frère Thierry, sans autres désignations, tandis que le même jour dans un autre diplôme, il est nommé Frédéric comte de Ferrette. On croit que ce fut alors que les deux frères firent le partage de leurs domaines, pareeque dès lors leurs titres ne sont plus confondus, et Frédéric ne prend plus que celui de comte de Ferrette et Thierry celui de comte de Montbéliard.

(1) E proprio sanctorum diœcesis Basil, ad diem tertiam junii. « Contigit eà otate (circa 1104) ut Frcdericus Pfirtenm cornes à St-Hugone Cluniaceost abbali aliquot ordinis moaastici vin» peteret, qui ecclesiam Alikircoensem, a majoribus suis extructam, enrarent, etc.

Frédéric occupe dans les actes, où il

Les domaines du comte Frédéric comprenaient une grande partie du Sundgau , qui avait appartenu fort anciennement aux comtes d'Alsace ; ils embrassaient une partie considérable du pays de Porrentruy et lui donnaient des droit dans la vallée de Delémont dont nous essaierons d'indiquer l'origine. Le titre de comte de Ferrette, que prit alors Frédéric de Montbéliard, indique qu'il établit sa résidence à Ferrette, où il devait y avoir un château , comme on l'a déjà observé. Ce comte avait épousé en premières noces Pierrette fille de Berthold II duc de Zœringen (4), et en secondes noces Stéphanie ou Etiennette d'Egisheim, sœur de Giselle épouse de Renaud , comte de Bar et frère de Frédéric ; elle était également sœur d'Ulrich , dernier comte d'Egisheim et de Hugues comte de Vaudemont.

C'est avec le consentement de cette seconde femme et de son fils Louis qu'il fonda vers 1444 la monastère de Feldbach, à une demie lieue de Ferrette, en réservant que l'avouerie appartiendrait au chef de sa famille résidant au château de Ferrette (2). Il y fit bâtir une église qui nous offre encore d'intéressants détails de l'architecture de cette époque. Ce lieu servit fréquemment de sépulture aux comtes de Ferrette et, au rapport de Munster, il y avait plus de trente comtes et comtesses inhumes sous les dalles de cette église. (3).

Le nom du comte Frédéric apparaît dans plusieurs diplômes des empereurs d'Allemagne , dont il suivit souvent la cour et il figure toujours au premier rang des comtes et toujours avant ses frères Thierry et Renaud. (4). Après la mort de son beau-frère, Ulrich comte d'Egisheim, vers II 46 il hérita, par sa femme Stéphanie, d'une partie des domaines de ce comte, tandis qu'une autre passa aux comtes de Vaudemont. Il parait que les comtes d'Egisheim avaient conservé des droits sur l'avouerie de l'abbaye de Grandval fondée au

(t). Schœpflin, Alsat il!. T. I. 609 «t 41* —

(9). Scbœpflin Alsat dipl. p 995. — Trouillat. T. I- p. 289.

(S). Sebast. Munster, Cosmographie, p. 47 t. D'autres auteurs disent seulement treize. — Revue d'Alsace 1857, p. 169 notice sur Feldbacb.

(4) Ko 1 125, 8 janvier , à Strasbourg à la cour de Henri V.

En 1135 à Bâle, à la cour de l'Empereur Lothaire.

En 1 159, 98 mai et 1 1 41 à Strasbourg, à la cour de Conrad III.

Ces Comtes et notamment Frédéric, apparaissent comme témoins ou comme acteurs dans plusieurs autres documents rapportés par Scbœpflin, Trouillat et autres auteurs.

septième siècle par leurs ancêtres les ducs d'Alsace, dont les descendants en étaient restés les avoués, et que ce fut par suite de cet héritage que Frédéric fit un don à Grandval , alors converti en chapitre de chanoines. L'acte est de l'année 4460, époque où ce comte devait être fort âgé. Il est dit qu'il donne à l'église de Grandval tous les hommes qu'il possédait dans le Sornegau , du consentement de son fils Louis et de sa propre femme, voulant que ces hommes n'aient plus d'autres seigneurs et avoués que les chanoines de Grandval, sauf toutefois, en cas de contestation, le recours aux comtes de Ferrette; il y ajouta son moulin de Bassccourt et son alleu de Couriaivre.

Après cette époque, il n'est plus fait mention du comte Frédéric I. On a vu précédemment que son grand-père Louis IV, comte de Montbéliard, et sa femme Sophie de Lorraine possédaient déjà la localité d'Altkirch , dans la seconde moitié du onzième siècle ; qu'alors il y avait déjà une église réputée fort ancienne, comme son nom l'indique, et qui avait été édifiée par les ancêtres de ce comte. On avait d'abord institué, pour la desservir, une corporation de chanoines, mais il parait que, choisis parmi des ecclésiastiques d'origine française et ne connaissant pas le langage du pays, pour ce motif et pour d'autres encore ils ne répondaient point à l'attente des fondateurs. Ce fut alors que Frédéric I, que les légendes et les bréviaires disent issu de la race des rois de France, fit venir à Altkirck un saint homme , appelé Morand , qui connaissait les deux langues et qu'il donna cet établissement religieux à la maison de Cluny en 4405. (i). Ce monastère conserva le nom d'Altkirch pendant plus d'un siècle, mais les vassaux des comtes de Ferrette s'étant établis sur la colline , près du château que leurs seigneurs possédaient en ce lieu , ces nouvelles habitations prirent le nom d'Altkirch et le monastère celui de St-Morand, qu'ils ont conservés depuis lors. St-Morand devint en même temps le patron de tout le Sundgau.

Le prieuré de St-Nicolas du Bois , autrefois Belval , diocèse de Bàle, doit aussi sa fondation à Frédéric I. et à son frère Renaud comte de Bar. C'est d'après ses insinuations et son consentement que sa mère Ermentrude veuve de

(1). Tronillat. Monuments de l'bisl: T. 1.518. extraits do propre des Saints et des bréviaires de l'Evèche de Bile, et page 225 et 233. actes de 1105 et 1115.

Thierry I, comte de Montbéliard, fonda et donna en 4105 le prieure de Froide-Fontaine au monastère de Cluny. A cette époque, on voit un grand nombre de petits monastères ainsi donnés, dans nos contrées, à l'abbaye de Cluny qui alors jouissait d'une haule réputation, (1).

Frédéric I et son fils Louis sont également nommés parmi les fondateurs de l'abbaye de Paris, en Alsace, établie en 1137, par Ulric, comte d'Egisheim, leur beau-frère et oncle. (2).

Frédéric mourut vraisemblablement peu de temps après l'acte de 1160, et il fut enterré, ainsi que sa femme, dans le monastère d'Oclenberg, au diocèse de Baie, dans le décanat du Sundgau. (3). Mais sa femme lui survécut encore quelque temps, comme on le voit par un acte de donation faite à l'église de Baie, par elle et son fils Louis , pour le repos de l'àme du comte Frédéric défunt. (4).

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