V. TrouilIatT. IV p
(1) Trouiltat, T. I kik.
l'acte de confirmation des biens de Lucelle en 4136, mais rappelant des dons qu'on avait du faire depuis 1124, témoins Siégfrid et Adelbert de Ferretes, et ensuite dans l'acte de fondation de Feldbach en 1144: on voit figurer parmi ces témoins Otton de Firreto, Valo, Reimbold, Ulric chevaliers de Firretto.
Ce Reimbold doit être un desReinnuger de 1188 , on retrouve son nom dans plusieurs actes et en particulier dans une bulle du pape Clément III confirmant, en 1187, les possessions du monastère de Grandgour, où l'on voit que Reimbold de Ferretes avait donné à cette église la cure de Montignez avec ses dépendances, du consentement de Louis comte du même château. Or, comme il n'y avait pas de comte à Montigncz, il ne peut être question que de Louis comte de Ferrette, dont Reimbold était le ministériel et tenait de lui le fief de Montignez. (1)
Les annales de Lucelle renferment beaucoup de documents qui font voir que ce comte Louis et ses ministériels étaient fort peu scrupuleux de tenir leurs marchés avec cette abbaye et que tous ne se faisaient point faute de lui reprendre ce qu'ils lui avaient vendu ou donne.
Le comte Louis était cependant un des grands personnages de la contrée. L'Evêquc de Baie , Henri , comte de Horbourg, profitant de la présence du duc Berthold de Zœringcn Recteur de Bourgogne, pour réparer une injustice qu'il avait commise au préjudice du monastère de St-Alban, on vit figurer dans l'acte passé alors à Baie en 1184, le duc Berthold , le comte Louis de Ferrette, les comtes de Frobourg et de Homberg, ceux de Usenberg et de Thierstein et plusieurs autres nobles.
Au mois de Juillet de l'année suivante, le roi des Romains Henri VI se trouvant à Bàle, il prit en fief de l'Evêque la moitié de Brisack et du monticule voisin d'Eckartsberg. La cour de ce prince était nombreuse et l'on voit figurer dan» l'acte, après le marquis de Baden, le comte Louis de Ferrette, puis seulement après les comtes deWerdetdeHohenberg.(2)
Devenu héritier d'une partie des domaines et des droits qu'avait possédés son oncle Ulric comte d'Egisheim , (3)
(ï) Trouillat, monuments T I et II. aux dates indiquées.
(S) TroudU. T. I. 585, 399.
(S) Walch , aiiacellnnca l<ucisceUenlia-
il confirma en 4487 la fondation de P»erà qu'on a déjà désignée.
Déjà vers l'année 4484, (4) on le vit présider avec l'évéquc. de Bàle le plaid général de Grandval, en présence d'une nombreuse assemblée de la noblesse du val de Delé» mont et y mettre fin à une difficulté existant entre quelques uns de ces nobles et l'église collégiale de Grandval. Cette double présidence de l'évêque et du comte indique que tous deux devaient avoir une certaine autorité dans les affaires de Grandval, le premier comme souverain et le second comme avoué de cette église. On a déjà vu son père le comte Frédéric, donner à celle-ci, en 4460, des hommes et des biens dans la vallée de Delémont, en invoquant le consentement de son fils et seulement après celui de sa propre femme, ce qui fait présumer que Louis avait des droits, sur ces biens, plus rapprochés que ceux de la comtesse, et
Sue par conséquent ils ne venaient pas de la succession 'Ulric d'Egisheim.
L'avouerie de Grandval, après avoir été possédée pendant des siècles par les comtes d'Alsace, parait avoir passé, vers le onzième siècle , à une branche des comtes d'Egisheim , autre que celle du comte Ulrich , oncle du comte Louis de Ferrette, et nous croyons reconnaitre cette branche dans les comtes de Sogren qui apparaissent alors comme seigneurs de la contrée au sud du comté de Ferrette et possédant l'avouerie du Sornegau, embrassant autrefois toute la prévôté de Grandval et le val de Delémont. L'un de ces comtes, mort au commencement de la seconde moitié du 42"" siècle, laissa deux filles dont l'une Berthe épousa un comte de Thierstein et lui donna en dot les domaines du comte Oudelard , son père , dans l'Uchtland , ou ancien comté de Bargen, qu'il avait eus par des alliances avec les comtes d'Oltingen et des terres et des droits dans la vallée de Laufon et touchant vers le nord au comté de Ferrette.
La seconde fille du comte de Sogren, appelée Agnès, n'est connue que par un seul acte. Nous croyons qu'elle épousa Louis comte de Ferrette et que ce fut par ce mariage que les comtes de Ferrette acquirent la possession du château de Sogren , de l'avouerie du Sornegau , qui semble en avoir été une dépendance, de celle de Grandval et de
(1) Trouillal. Mon: T. I. 39t.
beaucoup de domaines el de droits, précédemment possédés par les Sogren , et auparavant par les comtes d'Alsace et dont quelques uns de ces droits avaient pu rester confondus avec ceux des comtes d'Egisheim de la branche d'où, sortait la mère du comte Louis de Fcrrctte.
De là ce soin du comte Frédéric défaire intervenir son fils dans l'acte de H 60 et de le lui faire sceller, en y ajoutant le consentement de ses enfants; de là cette confusion de: droits qui ont fait prendre des comtes de Sogren pour des comtes de Ferrete, dans les annales des monastères fondés par les premiers, tandis que les actes ne peuvent laisser de doute sur l'existence de deux familles bien distinctes dans les 11 et l% me siècles.
Eecard dit que Hichensa ou Richilde, fille de Werner M. comte de Habsbourg avait épousé Jean, comte de Ferrette, mais il n'y a pas eu de comte de Ferrettc de ce nom et à l'époque où vivait Richilde, il n'y avait que le comte Louis. Gertrude de Habsbourg, sœur de cette dame, avait épousé Thierry H comte de Montbéliard et oncle de Louis , en sorte que celui-ci aurait été l'époux de la sœur de sa tante. Mais ni Schœpflin qui rapporte l'opinion d'Eccard (1), ni aucun* acte à notre connaissance, ne confirment cette alliance. Lors mémo qu'elle aurait eu lieu, il pourrait encore se faire aue le comte Louis ait eu deux femmes, dont l'une aurait été Agnès de Sogren, et l'autre Richilde de Habsbourg. (2) Nous avons trouvé qu'il avait épousé celle-ci vers 11 30, époque où Agnès de Sogren n'était pas en âge de prendre part aux actes de son père et dans lesquels elle ne figure pas* mais entre cette année 1430 et 1160, première date ou il est question des enfants du comte Louis , celui-ci avait eu le temps de prendre une seconde femme. On croit que cq
(1) Schœpflin Àlsal. itt. T. 11.471.
(2) Nous- sommes entré dans de plus grands détails à ce sujet dans Utt es*ai sur l'histoire des comtes de Sogren, souvent confondue avec les comtes de Ferrette. — On peut voir aussi l'opinion de M. Troutflal sur cette matière, T. II. p 4X1.
M. C. Duveruoy de Monlbéliard dans une brochure intitulée: Les villages ruines du comté de Mou tbéiiard , 1847, page?9, dit également sans citer ses sources, que Louis comte de Ferrette, fils de Frédéric I et d'Etien nette de Vaudemonl, était à la fois cousin germain et beau-, frère de Thierry II, comte de Monlbéliard , Richeuse femme de Louis et Gertrude , unie à Thierry, ayant pour père commun Werner comte de Habsbourg et de la haute Alsace.
fut sa première femme Richilde qui lui apporta en dot la seigneurie de Mïnchenstcin près de Baie.
Ce Comte est encore nommé dans plusieurs actes et surtout durant l'année 4488. On a déjà vu que ce fut dans le courant de cette année là qu'il s'efforça de réparer les torts et les injustices qu'il avait commises au préjudice de Lucelle. On le vit dans le même temps intervenir dans une exemption du droit de péage dans l'évêché de Baie donnée au monastère de Lieu-Croissant par l'évéque Henri , comte de Horbourg. Tout nous porte à croire que ces actes réparatifs avaient été faits pour se préparer au voyage de la Terre Sainte qu'il fît l'année suivante avec ce même évéque pour accompagner l'Empereur Frédéric l. Tous trois y perdirent la vie; le prince dans les eaux d'une rivière d'Asie, l'évéque par la peste et Louis d'une manière qui ne nous est pas connue. (4 )
Jérusalem venait d'être prise par Saladin ; toute l'Europe retentissait des cris de détresse poussés par les chrétiens d'Orient ; Guillaume archevêque de Tyr avait déjà engagé les rois de France et d'Angleterre à marcher à la délivrance du Saint Sépulcre. Il se rendit à Strasbourg où l'empereur, Frédéric Barberousse traitait des affaires de l'Empire. Les discours de l'archevêque n'étaient point goûtés par la noblesse allemande et personne n'aurait pris la croix si Henri d'Asuel, évéque de Strasbourg, n'avait par son éloquence ranimé la foi et l'ardeur pour la guerre sainte. La plupart de ceux qui l'écoutèrent prirent la croix. Peu de temps après, l'empereur convoqua à Maycnce une assemblée qu'on appela diète du Christ, etGodefroy, Evéque de Wurtzbourg, fit entendre des paroles qui entraînèrent l'empereur et toute l'assemblée. Nous ne savons si ce fut à Strasbourg ou à Mayence que l'évéque de Bàle et le comte de Ferrette prirent la croix. Ces prédications eurent lieu précisément en 4488 et le départ des croisés fut fixé au mois d'avril de l'année suivante. L'armée de Frédéric prit la route de terre, passa à Constantinople et s'engagea dans l'Asie Mineure où elle eut à combattre les Sarrasins, la misère et un climat dont les croisés n'avaient point d'idée. Les maladies attaquaient ces guerriers du nord. Les plus illustres et les plus braves chevaliers étaient accablés par la fatigue et la souffrance.
(1) TrouilUtT. I. 447 et les ailleurs qu'il cite ea uote. Diverses hist manuscrites de l'Evéché de Bàle.
Des écuycrs portaient leurs seigneurs sur leurs boucliers ; des prélats et des princes étaient réduits à se trainer sur leurs mains et, pour comble de malheur, l'empereur se noya en voulant passer la rivière de Séleucie (4). Ce fut dans cette expédition désastreuse que disparut le lomte de Ferrette , sans que son nom soit resté attaché à quelques faits d'armes rapportés par les chroniqueurs et les historiens contemporains.
Ce comte laissa plusieurs enfants dont l'ainé parait avoir été Ulric, nommé pour la première lois en 4488. Sa fin fut aussi malheureuse que celle de son père. Otton, comte de Bourgogne , fils de l'empereur Frédéric I, avait acquis une grande puissance dans les contrées environnant les domaines du comte de Fcrrette et de l'évéque de Strasbourg. Quoique Dunod dise que ce prince était fort pacifique , on rapporte cependant de lui un trait qui ne lui fait pas honneur et qui aurait été plus facile à comprendre de la part de son frère, l'empereur Henri VI. En 4 497, après avoir été en guerre ouverte avec l'évéque de Strasbourg et Ulric comte de Fcrrette, il attira celui-ci dans une entrevue sous prétexte de traiter de la paix et d'une alliance avec lui, et il l'assassina, le 27 septembre, veille de la mort de l'empereur.
Cette lâche action souleva contre Otton ses propres adhérents. L'évéque de Strasbourg se réconcilia avec le comte de Dagsbourg, qui jusque-là avait été son ennemi ; il se ligua avec le duc de Zœringcn, l'évéque de Bàle et plusieurs seigneurs et ils exercèrent de grands ravages dans la partie de l'Alsace qui tenait pour le comte Otton. (2)
Selon toute apparence, c'est déjà de ce comte Ulric de Ferrette que l'empereur Henri VI fait mention dans un acte présumé de 4494, où l'on voit que les comtes de Ferrette avaient causé des dommages à l'abbaye de Murbach. (3)
On ne sait si ce comte Ulric fut marié et s'il laissa des enfants. Il se pourrait cependant qu'il eut reçu en partage le château de Sogren , soit les domaines que son père avait obtenus par son mariage avec Agnès fille d'Oudclard comte de Sogren et qu'il eut pris par fois le titre de comte de
(4) Michaud, hisl. des croisades T. I. livre VII.
(2) Trouillat. T. 111 600, d'après Bûhmer T. III. 95. annal. Argent.
(5) Scbœpflin, Alsal. dipl. T I. 297.
Sogren, qu'on voit alors porté par un Ulric et qu'un comte Rodolphe de Sogren dont nous parlerons bientôt eut été son fils.
Il y a du reste une grande lacune dans l'histoire et les documents relatifs aux comtes de Ferrette durant les dernières années du douzième siècle ; cette rareté de documents nous fait présumer qu'à cette époque Frédéric 11 comte de Ferrette, fils de Louis et frère d'Ulric, était absent du pays et peut-être engagé dans la croisade avec son père. On cite à cette époque un Louis et un Théobald de Ferrette que nous osons à peine ranger parmi les fils du comte Louis et une Helvige qui n'est peut-être que la femme de Frédéric II. On trouve seulement que Théobald comte de Ferrette eu 1402 avait une femme du nom de Catherine. (1)