‹ Histoire des comtes de Flandre (volume 2)Chapitre 4 sur 12 · II · texte numérisé non relu

II

Cflt (1), et qui le inème jour était arrivé do Douai amenant deux cents chevaux, rallièrent beaucoup de Flamands, surtout d'Ypi es, deCourtraietdeGand; mais ils étaient accablés de chaleur, de soif, de lassitude, déchirés de blessures. Impuissants à porter leurs armes et démoralisés, ils coururent vers Lille à la débandade, du côté oii la campagne était dégarnie, et les princes s'enfuirent avec eux.

La lutte n'était pas finie. Philippe, Guillaume et Robert, à la tête des Brugeois et du corps d'armée qui avait le moins souffert, la continuaient avec un acharnement déespéré contre la chevalerie française , au milieu de laquelle le roi, monté sur un haut destrier et une masse de fer à la main, combattait valeureusement (2). Une troupe compacte de Flamands arriva jusqu'au monarque par une charge terrible, blessa son cheval et le précipita lui-même à terre (8). Ses valets lui avaient par précaution enlevé son hoqueton semé de fleurs de lis : on ne le reconnut point; sans quoi il eût été massacré sur le coup. Les deux frères Gentiens de Paris, ses écuyers, mirent aussitôt pied à terre et, malgré le poids de son corps tt de son armure, le rejevèrent pour le monter sur un de leurs chevaux. Philippe se remettait en selle; et les deux braves écuyers tenaient encore le fiein du destrier royal, lorsqu'unesecondecolonne, fondant avec rage,

(1) Non enini erat coipore forils, sed gracilis raraeque complesionis. — IhiJ., 417.

(2) Le noble et vaillant roy cslnit moule- sur un liaiih ileslrier, et tcnoit niie mace île fej à nue main. — Cliion. de Fl., j° CXLIIII.

(3) Queui unu.s niagnus ctineus Flundrensis crutleliler invaclens. . . suprà psuin vii'iliter et noljililer se tcueulcni, iil siii et etiuii Flandrenses liosîes sui

lestantnr et resistentcm... confosso sub i[)so dcxlraiio sue, ad Icrrani prostravit. — Mon. Gandav., 417.

les écrase à l'instant (1). Quant aa roi, étourdi de sa chute et du fracas dont il était entouré, il ne pouvait manier sa nouvelle monture, qui, vigoureuse et fringante, se cabrait dans la mêlée. Il allait infailliblement périr ; mais, par un hasard providentiel, un soudoyer flamand blesse le roi et son cheval avec une longue pique. L'animal sentant l'aiguillon se dresse, puis d'un grand bond fend la presse, et entraîne son cavalier malgré lui à la suite d'autres chevaux. Au même moment l'oriflamme était mise en lambeaux par les Flamands, et le sire Anselme de Chevreuse, qui la portait, tombait mort à terre serrant encore un morceau de la hampe du fameux étendard entre ses bras (2). " Je pense que ce jour-là, dit un historien flamand, Dieu dans sa miséricorde eut non-seulement pitié du roi, mais aussi df, notre Flandre ; à qui de bien plus grandes calamités étaient réservées, si le roi de France avait succombé (3). »

Le soleil était couché et le crépuscule étendait ses ombres sur la plaine , théâtre du plus incroyable désordre qu'on eût jamais vu. Aucune des deux armées ne restait maîtresse du champ de bataille : désorganisées l'une et l'autre, mises en déroute sur plusieurs points, elh s continuaient cependant à lutter çà et là, mais il régnait une telle confusion que l'on ne savait plus ce qu'on faisait. La chevalerie française se trouvait éparse et tellement éperdue qu'une troupe flamande pénétrant dans le camp des Français et

(1) lucontiaent les Flamcns eurent occis deux jeunes bourgois de Paris appelés les Genliens qui k son frain estoienl. — Chron. de Fl., f^ CXLllll.

(2) Bajulus cujiisdam \exilli quod Frauci \ocain oliflamma, de quopluri; mùai solebanl contidere et de eo nuiiia fnbidosa cnarrare , ipsumque l\ Flandrcnsibus est in frusla concissiiai vel diruplum, — Mon. Gatulau., 418.

(3) J. Meycv ad mm. M CCCUI.

308 FIISTOIRE

jusqu'à la tonte du roi, s'empara de quelques bagages et du souper encore tout dressé sur la table (1). On était au lendemain de la pleine lune. Quand cet astre se leva, on put enfin se reconnaître de part et d'autre. Du côté des Français quelques bataillons se reformèrent à l'écart. Les Flamands ne jugèrent pas à propos de s'exposer à une nouvelle lutte. Ils étaient harassés de fatigue, rassasiés de carnage , avides de repos et de nourriture; ils rétrogradèrent lentement vers Mons-en-Pevèle, où ils eurent le courage de sonner des fanfares comme s'ils avaient gagné la victoire. Leurs tentes, leurs approvisionnements avaient été pillés; ils ne trouvèrent plus de quoi se loger et se nourrir et prirent le chemin de Lille , par lequel une partie de leurs compatriotes s'étaient déjà sauvés. Tandis que cette retraite s'effectuait, les Français armés de torches, de flambeaux, et ne songeant plus à se battre, parcouraient les champs pour reconnaître et enlever leurs morts.

Telle fut cette bataille de Mons-en-Pevèle, qui, en définitive, ne fut gagnée pour personne. Désastreuse pour les deux partis, elle n'eut pas de résultat décisif et n'empêcha point les Flamands de reparaître bientôt en armes plus nombreux peut-être qu'ils ne l'avaient jamais été, comme on le verra tout à l'heure. Le roi eut à regretter la mort de plusieurs personnages marquants, tels que Guillaume de Châlons, comte d'Auxerre et de Tonnerre, neveu du duc de Bourgoane; Hugues de Bouville, son chambellan et conseil- 1er intime ; le sire de Chevreuse; les deux Gentiens, dont le dévouement lui sauva la vie. Dix-huit barons et près de trois cents chevaliers d'un ordre inférieur périrent aussi

(1) Commcatmiiquc ac c iiiam rc^iani lelicuiin rjjiiieruni. — lùid.

dans cette journée avec une multitude de gens d'armes tués, écrasés ou étouffés par la chaleur. Mais la perte des Flamands fut plus considérable encore : ils eurent environ quatre mille hommes tués; et près de la moitié de leur armée avait reçu des blessures plus ou moins graves (1). Ce qu'ils déplorèrent le plus dans celte journée, fat la disparition de Guillaume de Juliers. On ne sut jamais bien de quelle manière ni en quel endroit il était mort. Vers le soir il était encore sain et sauf; et il est probable qu'il périt étouffé ou par quelque autre accident, car son grand cœur, dit un contemporain , battait dans un faible corps |2). Néanmoins, comme on ne retrouva aucun vestige de ses armes ou de son cadavre, le vulgaire pensa qu'il avait été enlevé par magie, science dans laquelle il passait pour être fort habile, et qu'il reviendrait secourir sa patrie dans un temps où il lui serait plus utile encore (3). On alla jusqu'à désigner le nécromant qui lui avait enseigné l'art de se rendre invisible dans les plus grands dangers. Cet homme, saisi à Bruxelles par ordre du duc de Brabant, fut mis à la question; puis on lui brisa les bras et les jambes et on l'attacha sur une roue élevée, où il resta long-temps pour le peuple un objet de dégoût et d'effroi (4). Parmi les bruits contradictoires et plus ou moins merveilleux qu'on fit courir sur le trépas de Guillaume, un chroniqueur donne comme certain (]ue ce jeune prince et ses compagnons d'armes, après s'être vaillamment

(1) Ferè mcdi.i pars Flamingonim i<"iin coriim qui ciini Johanne recesserunt quàin eonim qui regem fugarunt, vulnerati sunt vel graviicr lœsi. — Mon. Gandav., 420.

(2) Erat enim tennis complnxionis , licct esset aniinosus, — Ibid., 419-

(3) Ipsum afKniiahatit ablatum et in posierum, tempore suo corapetcnti, quand6 ipsi in majori essenl l>eUi periculo, reditiirum. — Ibid.

(4) Ibid., 420.

310 IJISTOlllI':

battus durant tout le jour, harassés de chaleur, exténués de lassitude , se déchaussèrent nu-pieds , se mirent dans la bouche les pommeaux de leurs épées pour étancher leur soif, et attendirent ainsi la mort(l).

Toute l'armée Flamande s'était ralliée à Lille. Le lendemain de la bataille, les milices de la Flandre tudesque retournèrent chez elles sous la conduite de Jean de Namur et de Robert de Nevers. Philippe de Chiéti resta dans la ville, avec une forte garnison et de nombreux approvisionnements; car il s'attendait à voir Lille assiégée par le roi de France. Et en effet l'armée royale ne tarda pas à s'approcher. Quant à Philippe-le-Bel, il était allé prendre quelques jours de repos à Arras pour y panser sa blessure et expédier l'ordre de lever en France de nouvelles troupes. Le 14 septembre Lille était complètement investie. Alors les chefs de l'année y firent répandre une proclamation par laquelle tous chevaliers, écuyers, dames, damoiselles, francs hommes, leurs enfants et tous autres manants de la ville et châtellenie de Lille qui voudraient rester chez eux après la prise de la ville ou y revenir dans la quinzaine , auraient la permission d'y demeurer paisiblement et conserveraient leurs lois, usages, coutumes, franchises, privilèges, corps, membres, biens et héritages généralement quelconques (2).

Le roi guéri de sa blessure vint devant Lille, qui jusquelà résistait aux efforts des assiégeants. Cependant il y avait dans la ville un parti nombreux de léliaerts qui pratiquait

(1) A dont le comte Guillaume de Jnlliers se deschaiissa tout nnds pies, et tous ses gens aussi, et boutèrent les pommeaulx de leurs espe'es en leur bouche pour leur soif estanchiei-, et ainsi attendireut la mort. — Citron, de FL. f' CXUIII, v'\

(2) Archives de Flandre, cahier en papier.

secrètement les bourgeois. Philippe de Chiéti le savait et, quoique solidement établi dans le château , il ne se flattait pas de tenir long-temps la place attaquée au dehors par une puissante armée et travaillée à l'intérieur par les partisans de la domination française. Des plaintes et des murmures sur la longueur du siège et le manque prochain de vivres se firent bientôt entendre. Informé de cet état de choses, le roi proposa une capitulation. Philippe en accepta les clauses et promit de se rendre, si avant le l^'' octobre il ne recevait pas de secours (l). Les attaques furent alors suspendues, mais Philippe-le-Bel n'abandonna pas le siège. De nouvelles troupes venaient tous les jours renforcer son armée; il serra Lille plus vivement que jamais, comptant bien s'en rendre maître sans coup férir et ne pouvant croire que les Flamands se relevassent sitôt du l'ude échec (ju'ils avaient essuyé à Mons-en-Pevèle.

Mais ceux-ci, loin d'être abattus, se montraient au contraire animés d'une nouvelle ardeur. « Nous n'avons point été vaincus à Mons-en-Pevèle, disaient-ils, mais tout au plus mystifiés et surpris : la chose est notoire (2). » Un grand mouvement s'opérait dans la Flandre tudesque et tout le monde y reprenait les armes à la voix de Jean de Namuret de Robert. Les piinces avaient planté leur étendard sous les murs de Courtrai et dans la plaine glorieuse de Groningue. Les Flamands y accoururent en foule, car cette fois encore il s'agissait de l'indépendance de la patrie. « Le cours de la justice est suspendu , dit un historien , les tavernes se ferment, les ateliers chôment à l'exception de ceux oii l'on

(I) .Irch. de la ville de Lille, registre aux titres A BC,f" lli. (■2) a Non se victos piigiiâ fubiilubatit, vcl si victos, non viriute, sed per dolutn et liidificatione , m omnibus erai noltini. » — Meyer ad ann, M CCCIIII.

forge des armes, tous travaux sont interrompus, les études cessent, les arts se taisent, on désire, on veut des armes, on s'en empare et l'on court à Tennemi! Une armée plus nombreuse que toutes les précédentes s'assemble et se compte devant Courtrai ; chacun s'était enrôlé volontairement et avait fait le serment solennel de ne rentrer dans ses foyers qu'avecla paix ou la victoire (1). •>

On vint annoncer ces immenses apprêts de guerre à Pliilippe-le-Bel. Pour éviter une surprise, il fit sans délai couvrir son camp par des retranchements profonds du côté où les Flamands devaient arriver. Le 27 septembre , trois jours avant l'expiration du délai fixé pour la capitulation, ceux-ci vinrent camper sur les bords de la Deule, à deux lieues environ de l'armée royale. Jean de Namur dépêcha sur-le-champ un héraut d'armes au roi de France pour le défier à la bataille, ce qui lui fit grand honneur. Le roi ne répondit pas et donna l'ordre de transporter le camp de la ported'Ypres, oùil était, àcelle de Tournai, située à l'autre extrémité delà ville. Philippe-le-Bel monta à cheval et, accompagné de quelques seigneurs, s'en alla, sur une colline, reconnaître la position de l'ennemi. Alors il aperçut au loin une multitude détentes couvertes en drap rouge, blanc ou noir; d'innombrables huttes formées de branchages, de feuilles et de chaume s'étendaient sur les rives de la Deule et dans la campagne. L'œil ne pouvait embrasser la ligne de chariots etde fourgons qui , suivantla coutume, se déployaiten forme de rempart sur toute la lisière du camp. Le monarque se retourna stupéfait vers son escorte : » En vérité, beaux sires, je crois qu'il ple.it des Flamands! » s'écria-t-il (2).

(I) Me^jcradann. MCCCIIII.

('2) «Oh! viilcUir niilii, qiiod Huit li'ic cl pliiii Flamingos. » — Chroiiicon (■nmiluin Floiiflriic ap. Curfius chion. FI., cd. de Siiiet, I, 17"2.

Alors il mit en caiïifagnc ses espions les plus habiles, afin de connaître les dispositions de l'ennemi. Ils lui rapportèrent que les Flamands étaieat résolus de combattre la nuit prochaine , pendant l'obscurité , afin d'être moins facilement enveloppés par la cavale?ie; qu'ils avaient juré entre eux de vaincre ou de mourir, voulant mettre fin à une guerre qui durait depuis huit ans; qu'ils étaient décidés à ne plus temporiser corn me à Mons- en-Pevèl e , mais à fondre impétueusement sur les Français après s'être recommandés à Dieu. Le roi réunit ses conseillers et leur fit part des résolutions du peuple flamand. Divers plans de bataille furent proposés; mais des gens sensés firent observer qu'il valait mieux chercher à négocier et à amuser les Flamands. " Ce serait mettre le roi et le royaume dans un grand péril que d'exposer l'armée à un combat nocturne , disaient-ils : nous avons vu ce qui s'est passé à Courtrai ; les Flamands exaspérés sont comme des bêtes féroces. Toute victoire est chanceuse, et, en supposant que nous battions cette canaille, ce ne sera jamais qu'au prix du sang de quelques chefs illustres. » Cet avis, qui était aussi celui du roi, prévalut ; et sans retard Robert comte d'Évreux, Robert duc de Bourgogne et chambrier de France, Amédée comte de Savoie et Jean comte de Dreux furent chargés de donner et de prendre trêve avec les Flamands (1). Ceux-ci répondirent qu'ils désiraient entrer en pourparlers , qu'ils n'avaient jamais demandé autre chose qu'une paix honorable et que, si on la leur proposait, ils retourneraient bien volontiers chez eux; autrement ils avaient fait le serment de mourir jusqu'au dernier pour sauver la Flandre. L'intention du roi était d'éviter la bataille à tout

(l) Arcltivcs de Flandre, S' cartul. de FI,, picce 172.

su HisToini-:

prix et d'amener le licenciement de l'armée flamande. Des propositions de paix, auxquelles pressait de la part de Philippe une pensée perfide, furent aussitôt mises par écrit. — Les Flamands, disaitce projet, conserveront leurs franchises ; leurs vies, corps, privilèges et forteresses leur sont également garantis. — Le comte de Flandre recouvrera son comté en entier. — Les prisonniers de part et d'autre seront délivrés sans rançon. — Le peupte payera au roi, pour toute amende, une somme qui ne pourra dépasserSO, 000 livres. — Pour garantie et jusqu'à parfait payement, les villes de Lille et Douai resteront comme gage en la main du roi. — Huit arbitres, quatre du côté du roi , quatre du côté des Flamands, seront chargés des détails d'exécution. -

Ce traité était trop avantageux pour n'être point accepté avec empressement. On n'avait pas prévu le piège, et les Flamands avaient une telle conliance en eux-mêmes qu'ils firent de sérieuses difficultés au sujet des villes laissées en gage. Ils passèrent outre cependant, enchantés d'avoir enfin conquis cette paix tant désirée et rouvert aux nobles captifs les portes de la patrie. Dans leur joie ds oublièrent de prendre des siiretés comme le roi en avait pris et d'opérer la conclusion définitive du traité ; faute immense et qu'on eut bientôt à déplorer amèrement. Les princes flamands auraient dii se rappeler combien de fois ils avaient été dupes de l'astuce du roi , et montrer plus de circonspection; mais il semble qu'en ce moment ils furent éblouis, aveuglés par le bonheur inattendu que la fortune jetait devant eux.

Après le coucher du soleil, les hérauts proclamèrent la paix dans les deux camps. Le lendemain matin Philippe de Chiéti consommait l'imprudente évacuation de Lille, dont

le roi se mettait en possession, et les troupes flamandes reprenaient le chemin de leurs foyers en remplissant l'air de cris d'allégresse. La Flandre n'avait plus d'armée! Le roi de France venait de gagner la bataille sans tirer l'épée. De retour à Paris, il éleva une belle statue à la Vierge en souvenance du péril de mort auquel il avait si miraculeusement échappé à Mons-en-Pevèle.

Bien qu'une trêve existât et qu'on n'eût plus à craindre d'hostilités, il fallait s'occuper de la réalisation du projet de paix. D'ailleurs on désirait ardemment voir finir la captivité des princes. Huit commissaires furent nommés, ainsi qu'il était convenu, pour formuler les conditions du traité sur les bases fixées par le roi , quatre par ledit roi et quatre par les seigneurs , les bonnes villes et les gens de Flandre. Les négociateurs français étaient les personnages qui précédemment avaient conclu la trêve ; ceux de Flandre , Gérard sire de Sotteghem , Jean de Kuyck, Jean de Gavre et Gérard de Moor. Des conférences eurent lieu ; mais du côté de la France on paraissait prendre plaisir à les prolonger et à différer une solution. Les demandes du roi variaient de nature et n'étaient déjà plus les mêmes que les premières. Ce ne fut que le 16 janvier suivant que les arbitres s'entendirent enfin sur les clauses du traité. — L'on devait donner au roi 20,000 livres de rente assignées sur le comté de Rhetel ou ailleurs et 400,000 qui seraient payées en argent pendant quatre ans ou 1,200,000 payables en douze ans à son choix. — Six cents hommes d'armes lui seront fournis pour le servir pendant un an aux dépens de la Flandre partout où il le jugera convenable. — Il pourra punir par voyages ou pèlerinages deux mille personnes de la ville et du terroir de Bruges qui lui paraîtront les plus coupables , sa-

voir mille au delà des mers et mille en deçà. — Moyennant ce, les villes et habitants de la Flandre recouvreront leurs seigneurs : savoir le comte de Flandre et messeigneurs Robert, Guillaume et Gui; ils seront dans l'hommage du roi comme avant la guerre, et les villes et habitants conserveront leurs franchises. — Les villes et les gentilshommes du pays promettront de ne jamais rien faire contre le roi et de ne pas manquer à l'obéissance qu'ils doivent à lui et à ses successeurs. — Tous les habitants reprendront les héritages qu'ils possédaient avant la guerre; toutes prisons seront vidées et tous méfaits pardonnes (1).

Telle était la substance du traité. Soit que le roi de France en ait encore retardé l'exécution , soit que les Flamands eussent refusé de souscrire à des clauses si différentes de celles qu'on avait d'abord promises, toujours est-il que les choses restèrent dans le même état. En conséquence la trêve fut, le 11 février, prolongée jusqu'au 24 juin, jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste (2). Dans cet intervalle le comte Gui, âgé de quatre-vingts ans, expira au château de Pontoise, où on l'avait récemment transféré.

(1) ^rcli. de Fl. Rouleau de 22 bandes de parchemin, pièce 2.

(2) Ibid., pièces 10 et 11.

vin

Page 1