‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 100 sur 236 · BAUDUIN DE CONST ANTINOPLE · texte numérisé non relu

BAUDUIN DE CONST ANTINOPLE

VcMiise, on y apprit qu'Isaac, empereur de Constantinople, gémissait dans une dure captivité après avoir été détrôné par son frère Alexis. Le fils d'Isaac , également nommé Alexis, partageait la prison de son père. Il parvint à tromper la vigilance de ses gardiens et s'enfuit à Rome, où le pape le consola mais sans lui promettre de concours. De Rome Alexis vint en Allemagne, où régnait Philippe de Souabe, l'époux de sa sœur. L'empereur Philippe fut vivement touché dos malheurs d'Alexis; toutefois il ne put prendre immédiatement sa défense, occupé qu'il était à d'autres affaires importantes. Il lui donna le conseil d'implorer le secours des princes réunis à Venise. Les messagers de l'empereur et du jeune Alexis arrivèrent dans cette ville au moment où l'on se préparait à l'expédition de Zara. « Nous entendons bien ce que vous voulez, leur répondit le marquis de Montferrat. Dites i\ votre maître que s'il veut nous aider à conquérir la terre que nous avons perdue, nous l'aiderons à recouvrer la sienne'. »

Quand Zara fut prise, et qu'on dut songer à s'embarquer pour la Sjrie, les mêmes envoyés, de retour d'Allemagne, se présentècent au camp des croisés. « Seigneurs, dirent-ils, le roi Philippe nous envoie vers vous, porteurs de ce message : Seigneurs, je vous enverrai le frère de ma femme ; ei je le mets en la main de Dieu et en la vôtre, parce que vous êtes mus pour droit et pour justice. Ainsi vous devez à ceux qui sont déshérités à tort rendre leurs héritages, si vous le pouvez ; et celui-ci vous fera la plus haute convenance et la plus haute offre qui jamais fut faite à personne, et vous donnera la plus riche assistance pour conquérir la terre d'outre-mer. Tout premier, si Dieu permet que vous le puissiez remettre en son héritage, il réduira tout l'empire de Constantinople à l'obéissance de Rome, dont il est séparé depuis longtemps. Après, il sait bien que vous êtes au voyage pour Dieu et que vous êtes pauvres. Il vous donnera deux cent mille marcs d'argent, et il mande à tous ceux de l'armée, grands et petits, qu'il

(1) Villeharrluin, De la Conquête de Constanlinople. etl. P. Paris, 23.

ira de son corps même, avec eux, en la terre d'outre-mer, ou y enverra, si on le préfère, dix mille hommes à ses frais. Et ce service vous fera-t-il pour un an, et pendant toute sa vie il entretiendra cinq cents chevaliers outre-mer pour garder le pays'^. »

Ces .offres brillantes séduisirent la majorité des princes croisés; cependant il y eut opposition delapartde quelques-uns. L'abbé de Vaux-de-Cernay fit observer qu'on ne s'était pas armé pour combattre des chrétiens , mais pour délivrer le tombeau du Sauveur. A quoi l'abbé de Loos, homme sage et prudent^, qui avait accompagné son seigneur le comte de Flandre, répondit que le plus sur moyen de recouvrer la Terre- Sainte était de s'assurer d'abord le chemin par la Grèce et l'Egypte. La discorde se mit dans l'armée; " et il ne faut pas s'étonner, dit le maréchal de Champagne, historien de la conquête, si les laïques n'étaient pas d'accord, puisque les blancs moines de Citeaux eux-mêmes ne s'entendaient guère entre eux^. "

Enfin le comte Bauduin de Flandre, le marquis de Montferrat, le comte Louis de Blois et celui de Saint-Pol, s'étant prononcés pour l'empereur en disant qu'ils seraient honnis de tout le monde s'ils refusaient de soutenir la cause de l'opprimé^, on résolu^; de se porter vers Constantinople.

Au moment de mettre à la voile, le comte de Flandre reçut des nouvelles de sa flotte mouillée dans le port de Marseille. Les chefs lui demandaient de leur faire connaître sa volonté. Il répondit, par le conseil du doge de Venise et des autres barons, qu'ils eussent à partir à la fin de mars et qu'ils vinssent le rejoindre au port de Modon en Morée. Mais les chefs flamands ne tinrent aucun compte de l'ordre de leur souverain ; et, au lieu de venir renforcer l'armée, ils cinglèrent droit vers la Syrie, où ils ne firent rien de bon^.

Le lundi de Pâques les croisés partirent de Zara et se dirigèrent vers Corfou, rendezvous général de la flotte. Ils tendirent leurs pavillons devant la ville; et c'est là que le

(2) Thid. 2S, (5) IlHd.

(3) Tbid. 30.

(6) IbUI. 32.

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