‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 105 sur 236 · BAUDUIN DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

BAUDUIN DE CONSTANTINOPLE

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nouvelle renversa du trône le malheureux Isaac et son fils, auxquels les Grecs attribuaient leur position désespérée. Un couriisan également nommé Alexis, et surnommé [lar le peuple Murzulphe, homme ambitieux et perfide, qui avait soufflé dans la multitude la haine des Latins et conseillé à Isaac de rompre avec eux, usurpa violemment la pourpre impériale. Alexis saisi par Murzulphe et ses partisans, un soir qu'il dormait dans sa chambre, fut jeté en prison, où on l'étrangla secrètement. Le vieil Isaac son père mourut aussi de mort tragique ; et Murzulphe, après ces sanglants triomphes, alla se faire couronner dans la basilique de Sainte-Sophie'. Ce double forfait parvint bientôt à la connaissance des croisés, et excita chez eux une indignation profonde. « Quand il n'y aurait que ce méfait pour vous armer contre les Grecs, leur dirent les évéques et les prélats, il serait suffisant ; car ils méritent de perdre l'empire : et nous, de' par l'apôtre de Rome, nous octroyons pardon de leurs péchés à tous ceux lui, s'étant confessés, mourront pour venger ce cri me ^. "

A l'approche du printemps, le siège de Constantinople fut résolu ; tous les préparatifs avaient été faits durant l'hiver, il ne s'agissait plus que de passer à l'exécution. Mais, avant de tenter cette grande entreprise, on tint conseil, suivant l'usage, pour délibérer sur le sort de la conquête et sur la part que chacun y devait avoir. Il fut convenu que, si Dieu donnait la victoire aux croisés, tout le butin serait mis en commun, et partagé suivant le rang et l'état de chacun; que les Vénitiens nommeraient six personnes et les Francs six autres, lesquelles éliraient pour empereur celui qui en serait le plus digne à leur gré. Le nouvel empereur d'Orient devait avoir le quart des terres conquises, avec le palais de Blaquerne et celui de Buccoléon, résidences des princes byzantins ; le reste serait divisé par moitié entre les Francs et les Vénitiens. Vingt-quatre prud'hommes élus par les deux armées devaient en outre distribuer les fiefs

(1) Villeharduin, De la conquête de Constantinople, >'A. P, Paris, 71. (2) 76/Vf.

et les dignités de l'empire, et régler les prérogatives du souvei'ain^.

Ces conventions ainsi jurées, sous peine d'excommunication et pour le terme d'un an, après lequel chacun pourrait retourner en son pays, on se disposa à livrer un assaut général par mer. Toute l'armée passa sur la flotte et l'on vit de nouveau l'étendard flamand flotter sous les murs de Constantinople. Les vaisseaux abordèrent jusqu'au pied des remparts; leur ligne se développait sur un espace d'une demi-lieue française. Alors commença l'attaque. Des ponts fixés au haut des mâts portaient les hommes d'armes jusqu'au sommet des tours, où l'on combattit a coup de haches et d'épées en plus de cent endroits à la fois. Les pierriers et les mangonneaux ne cessaient de jouer et de lancer des projectiles sur les assiégés. Le comte de Flandre avec ses chevaliers fit des prodiges de valeur, les autres princes et leurs vassaux ne se comportaient pas moins vaillamment; mais tant d'efforts restèrent ce jour-là sans résultats. C'était le jeudi 8 avril. Le lendemain l'on tint un parlement; et le 10, après avoir réparé les vaisseaux et les machines, on porta l'assaut sur un autre endroit des murailles jugé plus accessible. On accoupla deux à deux les navires sur lesquels so dressaient, les échelles, afin que des assaillants plus nombreux pussent y monter à la fois. L'armée se mit en branle, « et alors, dit Villeharduin, les clameurs et le bruit étaient si grands qu'il semblait que terre et mer allassent se fondre ensemble''. » L'assaut durait longtemps déjà énergique et meurtrier^; quand il s'éleva tout à coup un vent du nord qui poussa contre les murs deux vaisseaux liés ensemble : c'étaient le Pèlerin et le Paradis montés par les évoques de Troyes et de Soissons. Ils s'approchèrent si près que leurs ponts fixés à la mâture touchaient à l'extrémité des tours. Un des vassaux du comte de Flandre, André, sire de Jurbiso en Hainaut, se précipite le premier sur les remparts, et y plante le. lion de Flandre. Une foule de guerriers entraînés par son exemple le suivent; d'autres montent à l'escalade, emportent les tours, brisent les por-

(3) Ibid 75,

(1) Ihid. 7S.

(5) Ibtl.

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