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BAUDUIN-BRAS-DE-FER

BAUDUIN-LE- CHAUVE

reçurent une abondante nourriture. La mer s'enfla du sang des morts !

» Nous avons frappé de nos épées quand nous nous élançâmes au loin dans les combats. Le fer gémissait sur les cuirasses; la hache brisait les boucliers !

» Nous avons frappé de nos épées devant l'île de Bornholm et nous couvrîmes le rivage de cadavres. Les nuages de la grêle déchiraient les armures ; l'arc lançait le fer!

.. Nous avons frappé de nos épées dans le royaume des Flamands; mais nous ne triomphâmes qu'après avoir vu tomber le roi Frejr. L'aiguillon sanglant de sa blessure perça t'armure brillante de Hœgne. Les vierges pleurèrent sur le combat du matin et les loups furent amplement rassasiés* ! "

Les invasions normandes sont le principal événement du siècle, le seul pour ainsi dire, dont les détails aient été jugés dignes d'être transmis à la postérité par nos plus vieux historiens qui se taisent sur les autres faits; c'est en réalité le seul qui nous initie à la vie sociale de ce neuvième siècle si barbare et si peu connu.

Quahd les hommes du Nord laissaient un moment le pays en repos, Bauduin bâtissait des châteaux et fortifiait les villes, les monastères et les églises , y réinstallait les reliques des saints, et tâchait de réparer ou de prévenir le mal ; il ne paraît pas toutefois qu'il ait opposé autre chose qu'une résistance passive à l'invasion des barbares'. Vers la fin du siècle, le fléau semble avoir disparu; mais des événements d'une autre nature vont signaler le règne de Bauduin.

Le comte de Paris, Eudes, se maintenait depuis quelques années sur le trône des Francs, nonobstant les réclamations de l'héritier direct et légitime , Charles , dit le Simple, fils de Charles-le-Chauve. Mais les succès temporaires d'Eudes ne purent empêcher un puissant parti de seigneurs de se former contre lui. Tandis qu'il était occupé dans l'Aquitaine à apaiser les querelles de quelques puissants barons, Foulques, arche-

(1) Lodhrorjs-qnida-Mallet. hist. du Danemark, ii, 297.

(2) Ex anonymo scribenti ante sœculi XI nicdium, apud Acta SS. Belyii, vi, 403.

vèque de Reims, travaillait dans le nord du royaume à porter Charles au trône paternel. Il y était engagé par les sollicitations réitérées du jeune prince, qui savait tout l'ascendant que le prélat avait sur les diocèses dépendant de la métropole.

Déjà les principaux d'entre les Belges étaient acquis à l'archevêque, et il avait reçu leurs serments. L'absence prolongée d'Eudes favorisait les projets des partisans de Charles. Ils ne furent point inquiétés. Les métropolitains de Cologne, de Trêves et de Mayence, avec leurs évoques diocésains; le métropolitain de Reiras avec ses suff'ragants de Laon, de Châlons et de Térouane, s'assemblèrent, le dimanche 28 janvier 893, dans la basilique de Saint-Remi, et sacrèrent roi le jeune Charles. Le prince se montra dans la ville couvert du manteau de pourpre en signe d'autorité royale, et, selon la coutume, souscrivit des diplômes^.

En cette circonstance Bauduin-le-Chauve et son frère Raoul, comte de Cambrai, embrassèrent ouvertement le parti de Charles, dans lequel était déjà entré le comte Herbert de Vermandois. Mais ce dernier ne tarda pas à manquer à la foi jurée en faisant secrètement alliance avec Eudes, qui, appuyé de nombreux partisans à l'ouest et au midi de la France, ne laissait pas d'être encore fort redoutable. Bientôt même Herbert se déclara ouvertement pour Eudes ; et celui-ci, en récompense, fit épouser sa nièce, fille de Robert II, au fils du comte.

Cette trahison devint la source d'une haine implacable et héréditaire que la famille des comtes de Flandre voua au comte Herbert et à ses descendants. En eff'et, Raoul de Cambrai , aussit(')t qu'il eut appris la défection d'Herbert, s'empara des villes de Péronne et de Saint-Quentin (897). Le roi Eudes ne tarda pas à venir au secours de son allié. Il fit en- personne le siège de ces deux villes, et en chassa les hommes d'armes de Raoul. De leur côté les Angevins, c'est-à-dire les parents et alliés du comte d'Anjou , qui jadis avaient été secourus et protégés par Herbert, lui vinrent également en aide.

Raoul de Cambrai, que sa valeur avait fait

(3) Richcrli hist. ap. Pertz. v, 573.

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