BAUDUIN-BRAS-DE-FER. — BAUDUIN-LE-CH AU VE
Il donna ce monastère à l'archevêque Foulques qui l'échangea bientôt contre l'abbaje de Saint-Médard de Soissons, appartenant à un comte nommé Altmar. Bauduin attachait beaucoup de prix au -riche couvent que le roi lui avait enlevé : il ne pardonna pas au métropolitain de Reims de l'avoir accepté. Cependant il dissimula sa haine à l'égard de ce dernier, et feignit même de conserver pour le prélat beaucoup d'amitié et de vénération * .
L'abbaye de Saint-Bertin, nonobstant les ravages que les Normands venaient de lui faire subir, était restée le plus opulent monastère du pays. De grandes concessions de biens lui avaient été faites à diverses reprises par les rois francs et plusieurs seigneurs. Tant de richesses excitèrent la convoitise du marquis.
Après la mort d'un abbé de Saint-Bertin, nommé Raoul, Bauduin demanda au roi Eudes la gestion temporelle de l'abbaye. Les moines, redoutant de tomber sous la main de ce rude seigneur, et craignant que ses efforts ne finissent par être couronnés de succès, députèrent Grimbald, un des leurs, auprès du monarque, afin de l'empêcher d'accéder à la prétention du comte. Grimbald trouva précisément à la cour du roi franc l'archevêque de Reims, qui jadis luimême avait été moine à Saint-Bertin. Grimbald lui fit part de sa mission, le conjurant d'intercéder auprès du monarque afin que la chrétienté n'eût pas la douleur de voir un lieu consacré soumis à la domination d'un laïque. D'ailleurs on savait comment ce laïque avait traité Saint-Vaast d'Arras.
Foulques avait voué une grande affection à l'abbaye de Saint-Bertin, où s'était passée sa jeunesse. Il embrassa le parti des moines contre les prétentions du marquis^, lequel venait du reste d'encourir les censures d'un synode teou à Soissons en 893, où ses méfaits avaient été énumérés. Ils étaient graves. On l'accusait d'avoir fait fouetter publiquement un ecclésiastique, d'avoir enlevé à certaines églises des prêtres spécialement ordonnés pour elles, d'en avoir installé
(1) Rich. hist. ap. Pertz. v, 574.
(2) Chartul. Silh. éd. B. Guérard. 154.
d'autres sans la participation de l'évêque diocésain, d'avoir usurpé les revenus du monastère de Saint-Vaast et des deux chapitres de Saint-Éloi etde Saint-Pierre; enfin, de s'être révolté contre le roi. Le concile avait jugé que Bauduin méritait d'être excommunié pour de tels excès ; mais sa puissance et son caractère étaient redoutables ; on n'osa pas le frapper d'anathèrae, et on se contenta de l'admonester''.
Tandis qu'il se trouvait sous le poids des censures, Bauduin reprenait violemment le château et l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras et ne craignait pas, comme on vient de le voir, d'élever d'énergiques prétentions sur Saint-Bertin. Pour y mettre fin, ce fut à l'archevêque lui-même que le roi donna l'abbaye. Il pensait sans doute que la haute dignité, les vertus et l'influence du nouvel abbé en imposeraient à Bauduin et réduiraient à néant ses projets ambitieux. Foulques fut réélu abbé à la grande satisfaction des moines, et il administra cette maison pendant sept ans, au bout desquels le roi Eudes vint à mourir. Le marquis des Flamands crut l'occasion favorable pour renouveler sa demande auprès de Charles-le-Simple. Ce prince était d'un caractère bon et facile"*. Bauduin comptait en avoir meilleur marché que de son prédécesseur: il se trompait; car Charles aimait trop l'archevêque de Reims, lui avait de trop grandes obligations pour le déposséder du bénéfice dont il jouissait. Foulques d'ailleurs défendait ses droits et ceux de l'Eglise avec une énergie qui bientôt ne laissa plus d'espoir à Bauduin. Dès lors celui-ci conçut, à l'égard du prélat, une de ces haines qui ne s'éteignaient alors que dans le sang.
L'homme que le comte avait chargé de ses négociations auprès du roi s'appelait Winemar. Ce fut à lui qu'il confia l'exécution du meurtre. Charles-le-Simple et le prélat se trouvaient ensemble au palais de Compiègne, que les princes francs habitaient de préférence pendant la belle saison. Lorsque le temps fut arrivé où Foulques devait retourner à son siège épiscopal, le vieillard
Flodoard, ap. Bouquet, viii, 161.
Richer, ap. Pertz. v, 573.'