‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 135 sur 236 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

guérite, avec ordre de sommer l'empereur d'avoir à délivrer les prisonniers sur-lecliamp ou bien de so tenir prêt dans la plaine d'Assche, entre Bruxelles et Alost, à jour lixc, pour coml.)alt.re à outrance. La son)niaiion a'outaii fjU(.', si raïaiiée impéi'iale ne se r>!nc'onirait pas au jour et au lieu iiiili()ués, les piincos iraient conq\icrir la IIoilaiideM Guillaume P'^'pondit à ces menaçâmes injoneiioiis : que ses adversaires devaient eux-mêmes jirendre garde de paraître dans la plaine d'Assclic; que, jiour lui, il s'y trouverait le premier, et comme gage de sa parole, il donna aux hérauts la chaîne d'or que Gui de Flandre portait au cou le jour de la défaite des Flamands à West- KappeP.

La première chose que Charles d'Anjou avait à faire, c'était de se mettre en possession du Hainaut par la force des armes; car il ne pouvait espérer d'occuper cette province d'une autre manière. Il y entra donc avec ses troupes, après avoir enlevé la ville de Crèvecœur, incendié la ville d'PIaussy et pris le château du même lieu, brûlé une partie de Saulzoir et huit maisons de la ville d'Haspre sur les confins du Hainaut et du Cambrésis. Il ne voulut pas assiéger Bouchain, où la femme de Jean d'Avesnes était alors malade.

Cette invasion rappelait celle que, soixante ans auparavant, Philippe d'Alsace et ses alliés avaient faite en Hainaut. Mais ici les malheureux habitants du pays, loin d'être soutenus et protégés par leur souveraine, la voyaient, au contraire, s'avancer contre eux le fer et la flamme en main. Les paysans, efl'rayés de l'approche de l'ennemi et cherchant à se mettre en sûreté dans les châteaux et les villes fortifiées, se trouvaient repoussés par les chefs flamands que Marguerite y avait installés. Ils trouvaient bien un refuge pour leurs personnes dans les bois dont le pays est couvert, mais leurs bestiaux et leurs meubles restaient â la merci des soldats étrangers. Quand les bourgeois de Valenciennes virent les pauvres gens de la campagne accourir de toutes parts dans leurs murs en racontant les premiers désas-

tres de l'invasion, ils se hâtèrent de mettra la ville en état de défense ; car ils étaient bien résolus à repousser le nouveau seigneur qu'on voulait leur im[iosL!r. Chacun se mit aussiiôt à l'iieuvre. On releva les rempai'ts, on construisit dos tours, on détruisit les bâtiments forliiîés en dehors de l'enceinte, pour q\ie l'ennemi ne pût s'y établir; enfin on fit dj grandes provisions de vivres dans tout le pays d'alentour. Ces préparatifs étaient à peine terminés qu'un héraut d'armes de la comtesse Marguerite arriva devant Valenciennes, porteur d'une lettre adressée par la princesse aux magistrats. Marguerite les engageait à reconnaître Charles d'Anjou comme leur seigneur légitime et à lui ouvrir les portes de la ville, les prévenant que, dans tous les cas,- elle entrerait do gré ou de force^. Les magistrats ne se laissèrent pas intimider par cette menace; et, après avoir tenu conseil, ils répondirent que, si la comtesse de Flandre et de Hainaut s'était présentée comme il convenait à la souveraine du pays, elle eût été accueillie avec respect et empressement; mais que, puisqu'elle marchait à main armée contre des sujets soumis et ravageait un pays qu'elle aurait dii protéger, ils la considéraient comme traîtresse à "la patrie, comme tyranne et pilleresse. En conséquence, ils étaient résolus à lui fe'rmer leurs portes et à repousser de leur mieux sa méchante agression "'.

Cette courageuse déclaration irrita vivement Marguerite et Charles d'Anjou. Ils décidèrent de se porter immédiatement sur Valenciennes avec toutes leurs forces. La ville fut bientôt cernée de toutes parts, et le siège commença. Cinq assauts furent livrés en douze jours; les bourgeois se défendirent chaque fois avec tant de courage que les assiégeants, loin de voir leurs tentatives réussir, voyaient, au contraire, leur nombre diminuer et leurs forces s'atfaiblir de plus en plus. En eff'et, les machines élevées sur les remparts faisaient pleuvoir la mort parmi eux ; tandis qu'au contraire les assiégés, plus fiers et plus audacieux de jour en jour, apparaissaient en troupes innombrables aux plates-formes des murailles. La comtesse et

(1) J. de Guise, xv, 166.

(2) Ibld.

(3) Ibid. 170.

(4) Ibid.

MARGUERITE DE COM STANTINO l'LE.

son auxiliaire, désespérant d'emporter une ville qui se défendait avec tant d'acharnement, se contentèrent alors de tenir la place cernée, et ordonnèrent au reste de l'armée d'aller occuper le Quesnoi et les autres places du Hainaut prardées par dos capitaines flamands. Charles d'Anjou était avec ce corps d'armée; il r«çut sans coup férir la soumission de ces différentes villes, y établit en son nom do nouveaux officiers, tels que châtelains, maires et échevins : il se fit rendre hommage comme au seigneur légitime de la terre. Il n'y eut que le sire d'Enghienquine voulut pas se reconnaître vassal de ce prince étranger. Enfermé entre les hautes murailles de son donjon, il protesta, au nom de Jean d'Avesnes, contre l'usurpation dont le Hainaut était en ce moment l'objet et se promit bien de mettre Son epée au service du bon droit aussitôt que les circonstances le permettraient.

Tandis que Valenciennes était toujours investie, Charles d'Anjou, Marguerite et leurs alliés, ayant opéré une jonction, se portèrent vers Mons. Cette cité ne fit pas résistance, elle envoya ses clefs sans difficulté ; et la comtesse les remit aux mains de Charles, qui prit possession de la ville, donna une nouvelle loi, nomma des officiers et reçut les hommages de chacun. Il prêta serment, de son côté, en la forme usitée; puis l'on visita tour à tour Soignies, Maubeuge, Binche, Beaumont, Alh, et d'autres villes secondaires où le prince français fut reconnu et proclamé comte de Hainaut. Cependant le seigneur d'Enghien persistait comme les bourgeois de Valenciennes à rester fi^dèle au parti de Jean d'Avesnes, et l'envahissement du Hainaut, sa patrie, remplissait son cœur de tristesse et de colère. Il avait garni de bonnes troupes son château, sa ville et tout son territoire, et s'était muni de machines et d'armes nécessaires à la défense et à l'attaque. Il savait que Guillaume, roi des Romains, approchait avec son armée ; de plus la faction des Ronds, après avoir fait la guerre avec tant de succès en Hollande, s'était reformée dans le Hainaut et venait d'envoyer sept cents hommes, lesquels se tenaient jour et nuit dans les bois aux environs d'Enghien pr^éts à mar-

clier au premier signal . Marguerite et Charles ne se doutaient pas de la puissance et de l'audace du sire d'Eugliien; aussi était-ce avec confiance qu'ils marchèrent contre lui," persuadés qu'ils le niettiviient facilement à la r;iison. Ils éiaient venus à Soignies où Charles avait, selon la coutume des comtes de Hainaut, juré sur les reliques de saint Vincent de maintenir les privilèges du pays.

Le lendemain, l'armée partit pleine d'assurunce pour faire le siège du château d'Enghien. Les hommes d'armes étaient à peine à une lieue de Soignies, cheminant san.«! prendre garde, comme gens qui n'ont peur de rien, quand tout à coup le sire d'Enghien, sortant d'un bois à la tète de six cents Ronds armés de piques et de lances, se précipite au milieu d'eux et en fait un grand carnage avant qu'ils aient le temps de se reconnaître. Charles d'Anjou et ses hommes rebroussèrent chemin et allèrent camper à Silly, entre Ath et Enghien, résolus de suivre une autre route afin d'éviter de nouvelles embuscades. Mais pendant la nuit, les soldats de Charles s'étant mis à courir le pays pour faire du butin, deux mille archers du sire d'Enghien qui s'étaient joints aux Ronds se jetèrent à la faveur des ténèbres sur le camp du prince, culbutant, massacrant, pillant, brûlant tout ce qui s'y trouvait. Charles d'Anjou eut le temps de se sauver ; mais les comtes de Grandpré et de Ligny, qui faisaient le guet cette nuit-là, furent égorgés : huit chevaliers de haut parage et une grande quantité d'écuj'ers et servants d'armes périrent dans la bagarre ^

Une telle déroute forçait Charles à renoncer à son entreprise sur Enghien. Il rejoignit la comtesse de Flandre; et tous les deux se déterminèrent alors à retourner au siège de Valenciennes avec les débris de leur armée. L'on recommença ce siège avec plus d'ardeur que jamais ; car il y avait une revanche à prendre et l'on espérait réduire facilement le château d'Enghien, si Valenciennes était enfin soumise. Durant trois jours la ville fut vivement assaillie par les portes de Cambrai et de Mons. Il y périt beaucoup de monde de part et d'autre, mais l'avantage resta aux

(1) J. de Guise, xv, 1",0.

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