‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 138 sur 236 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

vinrent également pour les d'Avesnes ; et l'on vit alors l'étrange et imposant spectacle de vassaux pacifiant leurs maîtres désunis, et jurant de se lever contre eux et de briser tout lien d'obéissance s'ils recommençaient une guerre sacrilège ^

Les deux plus jeunes fils de Marguerite furent délivrés de captivité après une détention de trois ans. Tandis que la fortune leur redevenait favorable, Jean d'Avesnes, sur l'esprit duquel la mort de l'empereur avait fait une vive impression, languissait en déclinant vers le tombeau. Il avait toujours gémi d'être déshérité du comté de Flandre ; la haine et les mauvais traitemeuts de sa mère contribuaient encore à ébranler sa santé. Il ne pouvait supporter la pensée d'être répudié par elle, et, pour faire voir <iu'il se regardait bien comme le fils aîné et le légitime héritier de Marguerite, il avait quitté les trois chevrons de sable du Hainaut, et portait sans cesse sur son écu et sur ses vêtements le lion de Flandre. Lorsque furent conclus les derniers arrangements qui le devaient replacer lui et sa famille dans la position qu'ils occupaient naguère, il était déjà très-iîialade ; il mourut peu de temps après, la veille de Noël 1257, laissant veuve sa femme, Adélaïde, et cinq fils, dont l'aîné, appelé Jean, comme lui, devint son successeur au comté de Hainaut.

La guerre était donc finie ; mais la comtesse de Flandre et de Hainaut n'était pas débarrassée de toute inquiétude. A la mort de Guillaume de Hollande, roi des Romains, les princes de l'empire s'étaient partagés sur le choix d'un nouveau maître : les uns ayant à leur tète l'archevêque de Trêves, élurent dans la même ville Alphonse-le-Sage, roi de Cat^tille; les autres, à l'instigation de l'archevêque de Cologne, avaient choisi et proclamé empereur, à Francfort, Richard de Cornouailles , fils de Jean-sans-Terre et frère de Henri III, roi d'Angleterre. Vassale de l'empire pour les fiefs qui en mouvaient, Marguerite n'osait prendre parti ni pour l'un ni pour l'autre de ces puissants compétiteurs. Afin de s'assurer à tout événement la possession de la Flandre impé-

(1) Arch. de FI. passim.

riale, elle eut recours à une diplomatie plus habile qu'honorable. Tandis que son fils, Gui de Dampierre, qui se trouvait à Ségovie, traitait, avec le roi de Castille, une alliance secrète, par laquelle il le reconnaissait en qualité d'empereur et lui promettait son concours, la comtesse obtenait de Richard la promesse de l'investiture pour les fiefs d'empire ; de sorte que, dans tous les cas, la mère ou le fils étaient sûrs de tenir ce qu'ils désiraient. Deux ans plus tard Richard de Cornouailles, resté seul sur le trône impérial, donnait l'investiture à Marguerite, et s'engageait à l'octroyer également à Gui de Dampierre après la mort de la princesse.

L'heureuse conclusion de toutes ces aff'aires, en ramenant la prospérité au sein de la Flandre, consolidait la maison de Dampierre. Une autre négociation vint encore ajouter à sa puissance. Constantinople avait été reprise par les Grecs en 1261. L'empereur Bauduin II, se voyant réduit à la dernière extrémité, vendit le comté de Namur à Gui de Dampierre, moyennant 20,000 livres; mais Henri II, comte de Luxembourg, s'était emparé de ce comté enprêtant secours aux habitants insurgés contre Marie de Brienne , femme de l'empereur, laquelle y séjournait depuis quelque temps, et avait irrité ses sujets en les voulant surcharger d'impôts. Pour faire valoir ses droits légitimement acquis, Marguerite et Gui allaient envoyer des troupes flamandes dans le Namurois. Gui invoquait le droit d'achat, Henri de Luxembourg le droit de conquête. Le droit du plus fort devait, en définitive, terminer le diff'érend. On le trancha cependant d'une autre manière : Gui venait de perdre sa première femme, Mathilde, fille de Robert , seigneur de Béthune ; il fut décidé qu'il épouserait Isabelle , deuxième fille du comte Henri, moyennant quoi furent terminées toutes les contestations.

Non contente d'avoir depuis longtemps désigné Gui comme son successeur au comté de Flandre, Marguerite l'avait associé au gouvernement, ainsi que le prouvent quantité de chartes et de diplômes. Son pouvoir égalait donc celui de sa mère, et il lui arrivait même quelquefois de rendre des ordonnances en son propre et privé nom. Cepen-

MARGUERITE DE CONSTANTINOPLr:.

dant on appréhcndail de voir arriver le moment où il devrait régner seul et agir d'après ses inspirations personnelles, car il était loin de posséder la sagesse et la prudence nécessaires pour bien diriger les peuples et se maintenir en bonne harmonie avec les princes voisins. Du reste, Marguel'ite avait encore plusieurs années à vivre. Elle les consacra au soin de l'adininistration d'un pays où les éléments de force et de richesse se développaient de plus en plus, sous l'influence des diverses causes dont nous avons déjà parlé.

Comme sa sœur Jeanne, Marguerite favorisa le commerce et l'industrie; et l'on vit sous son règne la liberté personnelle et les institutions communales faire de notables jirogrôs. Elle confirma, compléta ou modifia plusieurs de ces lois organiques rendues sous les règnes précédents. Ainsi le renouvellement annuel des échevins fut introduit *dans les principales villes du comté, qui furent presque toutes affranchies de prestations serviles. Elle organisa un système monétaire uniforme; fonda de nombreux hospices pour les pauvres et les malades, ci dota la plupart des églises et des abbayes du comté de Flandre.

Marguerite apporta en outre un soin tout particulier au règlement des affaires de sa fiiinille; et une multitude d'actes reposarit dans nos archives montrent la sollicitude qu'elle riiettait à prévenir les dissensions qui pourraient s'élever par la suite entre le? (infants de ses deux maris au sujet de leurs héritages respectifs. Elle savait mieux que personne combien la discorde est funeste entre les princes; et l'on doit reconnaître à sa louange qu'elle employa tous les moyens possibles pour empêcher le retour des scandaleux débats dont elle avait jadis elle-même donné l'affligeant spectacle aux peuples. Un sentiment de repentir et de justice semble avoir présidé à toutes ses œuvres pendant les dernières années de sa vie. " Je veux et ordonne, disait-elle dans un de ses codicilles, qu'une somme de 1,100 livres soit annuellement prélevée sur les revenus de mes forêts de Mormal et de Vicoigne en Hainaut pour la réparation des torts et injustices que j'aurais pu commettre ou que l'on aurait com-

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