‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 139 sur 236 · C. DE FL · texte numérisé non relu

C. DE FL

mis en mon nom'. » Sa magnificence et sa piété se révèlent dans son testament du mois de novembre 1273. Trois cents maisons religieuses ou établissements charitables y sont par elle dotés de sommes plus ou moins fortes. Parmi les personnes qui eurent part à ses libéraliiés, on remarque les écoliers de Flandre et de Hainaut entretenus à l'université de Paris-.

Arrivée à l'âge de près de quatre-vingts ans, la comtesse de Flandre et de Hainaut, dont l'existence publique et privée avait été si orageuse, voulut enfin n'avoir plus à songer aux choses d'ici-bas. Elle se démit du pouvoir en présence des plus nobles barons des deux comtés. Jean d'Avesnes, son petitfils, auquelelleavait depuis longtemps rendu toute sa faveur, fut solennellement reconnu comte de Plainaut, et la cérémonie de son couronnement se fit le 12 mai 1279 en l'église de Sainte- Waud ru à Mons. Gui de Dampierre fut proclamé comte de Flandre le 11 septembre de la même année, et conduit par sa mère dans les principales villes de Flandre pour y recevoir la consécration populaire. Cinq mois après, Marguerite de Constantinople, qu'une fièvre continue avait graduellement affaiblie^, s'éteignit au milieu de ses enfants et de ses petits-enfants. Ils accompagnèrent sa dépouille mortelle à l'abbaye de Fiines qu'elle avait fondée et désignée comme lieu de sa sépulture ; et Jean d'Avesnes, revenu en Hainaut, ordonna que pendant trois jours et trois nuits toutes les tours de ce comté fussent éclairées par deux fanaux, dont l'un portait les armes d'Avesnes et l'autre celles de Flandre.

Une autre cérémonie suivit de près cellelà et peut servir à en expliquer le sens. Jean d'Avesnes se rendit à la collégiale de Leuze, où son père gisait depuis vingt-deux ans. Il le fit exhumer, et déposer, revêtu de tous les insignes de la souveraineté, dans une châsse magnifique. Emportant avec lui cette noble dépouille, Jean la présenta à toutes les villes du Hainaut et voulut qu'on lui rendit le

(1) Arch. de FI. Acte du mois de novembre 1258. Origr. parch. scellé. (2) Ibid. 1^'' cartul. de F l. pièce H.

(3) Chron. de FI. msc. de la Bibl. Imp. n» 8380, fol, iin"Xii.

CHAriTRE xviir.

même hommage et les mêmes honneurs qu'on était habitué de rendre aux comtes et seigneurs du pays. A Mons, capitale de la province, cette inauguration posthume fut des plus solennelles. Le prévôt, les échevins et les bourgeois, un cierge d'une main et une épée nue de l'autre, allèrent au-devant du prince mort et du prince vivant, remplissant l'air de mille cris de joie, proclamant le pore et le fils comtes de Hainaut, sires légitimes de la terre. Le cortège se rendit à l'église de Sainte-Waudru, où l'on fit à Jean P"" de splendides obsèques, comme s'il ne fût trépassé que de la veille. Puis le jeune comte conduisit son père à Valenciennes pour le faire inhumer dans l'église des Dominicains ^ .

La tache dont on avait si longtemps prétendu souiller les fils de Bouchard d'Avesnes et que les bulles des pontifes et les décisions des rois s'étaient efforcés de laver, disparaissait enfin tout à fait derrière cette touchante manifestation de la piété filiale.

GUI DE DAMPIERRE. 1280-1299

Difficultés du comte avec les principales villes flaman- (]es. — Emeutes à Gand, à Bruges et à Ypres. — Nouvelle discorde au sujet de la Flandre impériale. — Le comte de Hainaut est investi de ce fief par le roi de Germanie, qui met Gui de Dampierre hors la paix. — Les Trente-neuf de Gand essaient de se soustraire à la juridiction du comte de Flandre et s'adressent à la cour du roi de France. — Philippe-le- Hardi s'immisce dans les affaiies intérieures du comté.

Avènement de Philippe-le-Bel et prétentions de ce

prince sur la Flandre. — Il mine le pouvoir du comte et cherche à capter la bienveillance des Flamands. — Guerre au sujet de la succession du duché de Luxembourg — Bataille de Wœringen. — Troubles en Fl.ndre. — Les Valenciennois se déclarent indépendants du comté de Hainaut et se mettent sous la protection du comte Gui. — Hostilités entre la France et l'Angleterre. — Le roi Edouard recherche l'alliance Je Gui. — Il lui envoie une ambassade pour lui demander la main de sa fille Philippine en faveur du prince de Galles. — Traité de mariage. — Colère du roi de France en l'apprenant. — 11 fait venir par ruse le comte de Flandre et sa fille à Paris et les retient prisonniers. — Réclamations des seigneurs flamands et des fils du comte. — La cour des pairs absout Gui de

;i) Son mausolée s'y voyait encore il y a cinquante ans.

Dampierre du chef de haute trahison. — Il est mis en liberté, mais sa fille reste prisonnière au Louvre. — Le comte exaspéré des violences de Philippe-le-Bel prond la resolution de se venger et fait alliance avec le roi d'Angleterre. — Ligue de Grammont. — Le roi de France somme Gui de Dampierre à comparaître devant lui. — Réponse digne et fière de ce dernier. — Prépar..tifs pour la guerre. — Elnvahissement de la Flandre par le roi. — Siège de Lille. — Bataille de Furnes et de Bulschamp. — Les séductions de Philippe-le-Bel lui suscitent dans la Flandre des partisans connus sous le nom de LéUaerts, ou gans du Lys. — Trahisons de ces derniers. - — Soumission des villes de la Flandre maritime. — Reprise du siège de Lille; incidents divers.

— Le roi d'Angleterre débarque en Flandre. — Il |rrète sa vaisselle et ses joyaux au comte Gui. — ■ Le comte Robert de Flandre défend Lille courageusement. — Il est forcé par la famine et les trahisons de capituler. — Philippe-le-Bel s'avance au sein de la Flandre tudesque. — Les bourgeois lui portent les clefs de leurs villes. — Charles de Valois, frère du roi, s'empare de Dam. — Les Flamands et les Anglais reprennent la ville. — Ypres reste fidèle au comte de Flandre. — Détresse de celui-ci. — On conclut une trêve de deux ans. — Philippe-le-Bel quitte la Flandre après avoir établi de bonnes garnisons dans les villes conquises.

— Les différends des princes sont soumis à la sentence du pape Boniface VIII. — Robert de Béthune et Jean de Namur, fils de Gui, vont à Rome pour soutenir la cause de leur père. — Exactions et violences des Français durant la trêve. — Le comte Gui écrit à ses enfants la triste situation dans laquelle il se trouve. — Sentence du pape favorable au comte. — Le roi la repousse et le comte d'Artois jette au feu les lettres pontificales. — Gui de Dampierre est abandonné par le roi d'Angleterre et l'empereur ses alliés. — Tentatives infructueu.ses pour obtenir la paix du roi de France. — Mort de la comtesse de Flandre Isabelle.

— Expiration de la trêve.

Dès le commencement de son règne. Gui de Dampierre se vit aux prises avec de graves difficultés. Il ne s'agissait plus de querelles ou de guerres entre princes, mais de débats non moins sérieux peut-être dans leurs causes et dans leurs résultats. En effet, les pi'incipales villes de Flandre, arrivées graduellement à un haut degré de puissance et de prospérité, se trouvaient agitées depuis plusieurs années déjà d'un sourd mécontentement, précurseur des révolutions sanglantes dont elles devaient être si souvent le théâtre. Il eut fallu pour conjurer l'orage une grande prudence jointe à beaucoup d'énergie : le nouveau comte ne possédait malheureusement ni l'une ni l'autre de ces qualités.

Du vivant de sa mère. Gui n'avait pu voir sans un secret dépit l'espèce d'omnipotence

GUI DE DAMPIERRE

que donnaient aux magistrats municipaux les francliises anciennement octroyées. Prétextant des prévarications de la part de plusieurs échevins de Gand, il abolit, en 1275, la fameuse institution des Trente-neuf. La ville de Gand avait appelé de cette décision auprès du roi de France Philippe-le-Hardi, qui rétablit les magistrats dans tous leurs droits et prérogatives. Le comte, en laissant intervenir le monarque français dans les différends intérieurs de son pays, commettait déjà une grande faute politique : il aurait dû prévoir que celte intervention ne serait pas toujours désintéressée, et ne point oublier qu'il est dangereux de laisser un voisin puissant et jaloux exercer son influence sur des affaires qu'un prince doit régler lui-mênriC amiablement avec ses sujets. Gui ne s'en tint pas là et agit de manière à s'aliéner bientôt tout à fait la bourgeoisie flamande. Il voulut prendre part lui-même à l'administration financière des villes, et se fit donner par le roi un mandement en vertu duquel les échevins et jurés étaient obligés de rendre, par-devant lui ou son délégué, un compte annuel de leur gestion. Quant il voulut faire exécuter l'ordonnance, le mécontentement éclata dans toute sa force. Gand ne se souleva pas d'abord, car, ayant eu recours au roi dans une circonstance récente, cette ville ne voulait pas méconnaître si promptemcnt une autorité qui venait de rétablir sa magistrature désorganisée; mais Bruges entra en pleine révolte. Un incendie venait de consumer le beffroi qui renfermait les privilèges de la cité, lorsque les commissaires du comte s'y présentèrent. Le peuple crut que c'en était fait de ses vieilles libertés : on courut aux armes, et il y eut beaucoup de sang répandu. Cette émeute eut lieu vers la Saint- Remi de l'année 1280. Le comte était alors auprès du roi de France, et son fils aîné, Robert de Béthune, avait le gouvernement temporaire du pays. Robert courut à Bruges avec de nombreux hommes d'armes et mit les bourgeois à la raison. Plusieurs furent jetés en prison; plusieurs aussi punis du dernier supplice. Lorsque Gui de Dampierre fut de retour en Flandre, il frappa les échevins et la communauté de Bruges

d'une amende de 100,000 livres, monnaie d'Artois, à payer en cinq ans, et en exigea 26,000 autres en réparation de différents dommages ^ Une quinzaine de personnes seulement, chevaliers et bourgeois, furent exemptées de l'amende pour n'avoir point participé à l'insurrection. Quant aux principaux agitateurs, savoir : Jean Kpopman, Lambert Lam, Bauduin Priem, Jean et Lambert Danwelt, ils eurent la tète coupée hors de la porte Bouverye. Le comte permit à leurs familles de les enterrer à l'abbaye de Saint-André ; ce qui fut considéré comme une belle œuvre de miséricorde de sapart^. Bruges ainsi pacifiée, il s'agissait de prévenir le retour de nouveaux désordres. Le comte Gui imposa aux Brugeois des lois plus complètes et surtout plus sévères pour la répression des crimes et des délits que celles qui avaient été récemment brûlées avec le beffroi. — Celui qui blessera quelqu'un, disait, entre autres choses, cette nouvelle keure, sera tenu en prison jusqu'à ce que les échevins et médecins puissent juger si le blessé mourra ou non, et alors on fera loi: mort pour mort, membre pour membre, et 60 livres pour toutes autres plaies. — Celui qui sera convaincu par enquête d'echevins d'avoir assailli une maison, payera 60 livres. Il sera en la volonté du comte., s'il ne se présente pas à la justice quand il aura été semonce. Ceux qui l'auront aidé payeront la même amende. — Les vols, assassinats, rapts de femme, commis la nuit, seront jugés par le comte, qui se réserve aussi la connaissance de tous crimes envers l'Eglise et les personnes qui y appartiennent. — Aucun habitant de Bruges, aucun étranger ne pourra circuler dans la ville avec épée, arc, arbalète, armes émoulues, masses de fer ou autres armures, sous peine de 60 sols d'amende payable au comte. — Personne ne pourra susciter de guerre ou querelle dans la ville de Bruges. Si quelque dispute s'élève entre les habitants, les échevins prendront otage de part et d'autre et travailleront à rétablir la paix en dedans quarante jours ^.

(1) Archiv. de FI. 4e cari, de Flandre, pièce 184.

(2) Chron. S. André, 84.

(3) Archives de FI. i^^cart. de Flandre, pièce 551.

CIIAPITRI^ XVIIL

Vers la même époque, leséchevinsd'Ypres avant rendu plusieurs ordonnances concernant les drapiers et tondeurs de laine, ceuxci crurent leurs privilège^ lésés et se soulevèrent. Tous les gens de métier et le commun peuple prirent fait et cause pour eux, et la ville fut bientôt en pleine révolution. Les insurgés se livrèrent aux excès les plus atroces durant plusieurs jours. Ils allaient par l-es rues poursuivant et tuant les échevins, les nobles, pillant et brûlant les maisons, ne respectant même pas les églises et les monastères. Ils se ralliaient entre eux au cri de KokeruUe! et à ce leri'iblj appel le sang coulait et l'incendie planait sur les somptueuses demeures des proscrits. La vraie signification du mot hokerulle est perdue, mais l'histoire flamande a conservé ce terme pour distinguer l'insurrection dont il avait donné le signal. Au milieu de tant de troubles et d'agitations, il fallait, pour s'y reconnaître, donner des sobriquets aux émeutes.

Le comte de Flandre se rendit à Ypres avec bon nombre de piquiers allemands qu'il avait alors à sa solde et châtia rudement les mutins, qui fléchirent enfin le genou et rentrèrent dans le devoir. Il fit procéder à une enquête sur les causes du tumulte, puii rendit une ordonnance qui, en premier lieu, donnait tort à tout le monde, aux magistrats (:'t aux nobles comme aux artisans et aux pauvres, aux révoltés comme à leurs victimes. Après ce préambule, le comte déclare : — Que les conspirations et les alliances sont mises au néant; que l'un des deux partis ne peut en demander raison ni justice à l'autre. Il veut qu'une paix forme et durable règne entre ces partis et que ceux qui l'enfreindront perdent leurs vies et leurs biens. Les drapiers, les tisserands, tonàeurs et foulons sont condamnés à une amende de 500 livres ; les échevins et leurs adhérents au payement de pareille somme'.

Tandis que le comte Gui s'occupait ainsi à pacifier le peuple d'Ypres, celui de Bruges, que la rigueur avec laquelle il avait été traité ne pouvait maintenir dans l'obéissance, se remuait de nouveau et mettait à mort un

(!) Arch. 'le la ville d'Ypi-es, »ry. aux prit:, fo S2 v».

des oflîciers du prince, nommé TliierriVrankesone. Cette nouvelle révolte s'appela Morlemay, sans doute aussi à cause du cri de guerre des mutins. Elle ne paraît pas du reste avoir été très-sérieuse et fut bientôt réprimée. Bruges se vit de nouveau contrainte à payer 20,000 livres d'amende au comte satisfait de regagner en argent ce qu'il perdait en affection. La richesse était, en efi'et, l'objet de ses seules prédilections, non pas qu'il fût avare ou grand dépensier ; mais, il avait une très-nombreuse femille, et son unique désir était de doter d'une manière convenable chacun de ses enfants. Il se livrait avec ardeur aux spéculations privées, achetant, vendant, échangeant des domaines, négociant des mariages, stipulant des dots, ne négligeant aucun moyen d'emplir ses coff'res. Cette manie des aff'aires est constatée par une infinité d'actes qui reposent encore aujourd'hui dans nos archives. Malheureusement la politique venait souvent troubler Gui deDampierre dans ces paisibles préoccupations. A peine les agitations inlé. rieures des villes flamandes étaient-elles calmées que d'autres embarras lui furent suscités par Jean d'Avesnes. Ce prince, aussitôt après la mort de son aïeule, Marguerite de Constantinople, avait fixit revivre ses prétentions au sujet de la Flandre impériale, confisquée jadis sur les Darapierre au profit de sa famille. Les souverains flamands mettaient toujours quelque répugnance à prêter hommage à l'empereur pour les fiefs qu'ils tenaient de lui. On en a vu déjà plusieurs négliger de remplir, à leur avéniiment, un acte de vassalité dont ils espéraient s'aff'ranchir tôt ou tard.

Depuis d'eux ans que Gui de Dampierre avait succédé à sa mère, il n'était point encore entré en relation avec le roi de Germanie, ni personnellement, ni même par procureur. Rodolphe de Hapsbourg, qui tenait alors le sceptre impérial, l'avait cependant sommé de comparaître devant lui.

Gui n'accédant point à cet ordre, l'empereur confisqua les fiefs d'empire, qu'il adjugea aussitôt à Jean d'Avesnes, comme ils avaient éié naguère adjugés au père de ce dernier. L'evéque de Cambrai, Enguerrand de Créqr.y, fut chargé de l'exécution de la sen-

GUI DE DAMPIERRE

tence', et Fcmpereur ordonna aux seigneurs résidant sur les terres impériales, en Flandre, d'obéir à Jean d'Avesnes comme à leur maître légitime^. Il notifia également aux ducs de Saxe et de Westphalie, à l'archevêque de Maj'enco, aux comtes de Luxembourg et de Henneberg d'adhérer à la sentence. Enfin, le comte de Hollande, Florent V, bien qu'il eût épousé une des filles du comte de Flandre, fut invité par l'empereur à prêter secours à Jean d'Avesnes. Gui de Dampierre se tint sur la défensive pour le cas où le comte de Hainaut eût voulu faire acte de propriété. On n'en vint pas ouvertement aux mains, mais il y eut quelques violences exercées de part et d'autre. Ainsi, Jean d'Audenarde, sire de Rosoj et homme du comte Jean, vint un soir à Grammont avec des hommes d'armes, provoqua de propos et de gestes Henri Onrebare, bailli du copite de Flandre, le frappa même de son épée et le blessa. Ses écujers encouragés par son exemple tuaient en même temps les gens du bailli et volaient ses chevaux^. D'un autre côté, les Flamands allaient quelquefois escarmoucher sur les marches du Hainaut. Jean d' A.vesnes n'entra point en Flandre . Le comte Gui n'aurait pas été là, en armes, pour défendre des possessions qui avaient toujours formé partie intégrante de son domaine, que les seigneurs de langue tudesque habitant sur les terres de Waes, des Quatre-Métiers, d'Alost, de Grammont, etc., n'eussent jamais adopté un maître d'origine wallone nonobstant les menaces impériales. Rodolphe de Hapsbourg s'irrita vivement de voir sa sentence foulée aux pieds par ceux qu'il considérait comme ses vassaux , le comte de Flandre à leur tête. Dans une diète tenue à Worms le 17 juin 1282, il proscrivit solennellement Gui de Dampierre et le mit hors la paix. La guerre n'en devint pas plus imminente entre le comte de Flandre et le comte de Hainaut. L'un et l'autre redoutaient également de renouveler des luttes désastreuses et sans résultats. Hs étaient d'ailleurs réduits à leurs propi'es forces. Rodolphe de Hapsbourg, en adjugeant les

(1) Arch. (le FI. le

(2) Ibid. 29.

cavl. (Il' Ifainaut, pièi'.e ?7.

(3) l'oid. Acte (Xel'a,i)iéà liSi.

terres impériales à Jean d'Avesnes, ne lui donnait pas les moyens matériels de se mettre en possession de ce fief, enclavé, comme on sait, dans les domaines du comte de Flandre. H se contentait de provoquer contre ce dernier les anathèmes de l'Eglise.

D'un autre côté, le comte de Hollande, sollicité sans doute par sa femme, avait abandonné le parti de Jean d'Avesnes pour contracter une alliance défensive avec le comte de Flandre, son beau-père. Le prince hainuyer n'avait pïus d'autre ressource que de s'adresser à la papauté, dont les décisions étaient encore d'un grand poids à cette époque. En 1286, il obtint du pape Honorius IV un bref portant excommunication du comte de Flandre s'il ne lui remettait pas les terres d'empire dans l'espace d'un mois. Une autre bulle soumettait au même châtiment les barons, prélats et habitants desdites terres pour le cas où ils ne se conformeraient pas à la sentence de l'empereur Rodolphe. Gui protesta en cour de Rome contre la décision impériale et subsidiairement contre la bulle du pape, s'opposant énergiquement à ce qu'elles reçussent exécution*. L'année suivante, sur l'enquête tenue par les évêques de Liège et de Metz, délégués à cet effet, le légat révoqua et cassa la bulle d'excommunication. Déjà il y avait eu des trêves prolongées à plusieurs reprises, on avait nommé des arbitres au jugement desquels les parties refusèrent de se soumettre ; de façon que ce débat, dont l'origine remontait à Bouchard d'Avesnes, resta longtemps encore sans solution.

Dans l'intervalle le comte de Flandre s'était brouillé de nouveau avec les magistrats de Gand, dont il voulait toujours contrôler l'administration. Les Trente-neuf ne pouvaient espérer obtenir gain de cause à la cour du comte; ils s'adressèrent de rechef à celle du roi à Paris. Elle condamna leur appel et jugea qu'ils méritaient d'être châtiés par leur souverain naturel. Encouragé par cette décision, le comte voulut les destituer et, fidèle à son système de thésaurisation, confisquer tous leurs biens. Ils formèrent opposition et la cour du roi prononça que

(■i) AivU de FI. Acte (le 1-2S7, passim.

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