‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 178 sur 236 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

— Tentatives de Zegher Janssone sur Ostende. — Supplice de ce tribun. — Le comte Louis se rapprociie de la comtesse Marguerite, sa femme , dont il vivait séraré depuis longtemps. — La comtesse vient en Flandre pour la première fois. — Naissance de son fils appelé plus tard Louis-deMàle. — Incidents divers. — Discussions et procès du comte avec la dame de Cassel. — Conflit au sujet de la juridiction de l'Escaut entre le Brabant et la Flandre. — Prise de possession par le jet de la hache. — Le comte achète la seigneurie de Malines. — Guerre avec le duc de Brabant. — Trêve et paix. — Emeute à Gand causée par Guillaume van Artevelde.

La mort de Robert de Béthune devait amener de sérieux débats pour la succession au comté de Flandre. On sait que Louis, petit-fils du comte défunt et fils de Louis P'', comte de Nevers et de Rhetel, avait, aux termes de son contrat de mariage avec Marguerite de France , été déclaré habile à recueillir l'héritage de son aïeul, dans le cas où son père mourrait avant ce dernier.

Cependant Robert de Cassel, son oncle, quoiqu'il eût consenti à cette clause , et Mathilde, sa tante, femme de Matthieu de Lorraine, lui contestèrent, chacun de son côté, cette succession, prétextant que la représentation n'avait pas lieu en Flandre et fondant leurs droits sur la proximité du degré ; Robert , en efi'et , était fils et Mathilde fille du dernier possesseur. Mathilde prétendait exclure Robert aussi bien que Louis, attendu que le premier avait renoncé à son droit en ratifiant jadis la substitution stipulée en faveur du second. Charles-le-Bel, qui venait de succéder au roi Philippe-le- Long, évoqua l'affaire à sa cour et défendit aux prétendants de se porter pour comtes de Flandre, jusqu'à ce que les pairs de France eussent statué. Mais les villes du comté, toujours jalouses de montrer leur indépendance en faisant acte d'autorité, se déclarèrent pour le jeune Louis et menacèrent de repousser tout autre souverain qu'on leur voudrait imposer. Fort de cet assentiment, Louis se rendit au sein de la Flandre et, sans attendre l'agrément du roi, reçut les hommages de la noblesse et du peuple.

Le roi s'irrita vivement de cette démarche audacieuse et manda Louis à Paris. Le prince, à son arrivée, fut appréhendé au

corps et enfermé à la tour du Louvre. Cette détention ne dura pas longtemps ; car le 29 janvier, le parlement rendit un arrêt qui adjugeait le comté de Flandre à Louis; et celui-ci fut admis à faire hommage entre les mains du roi pour les trois seigneuries de Flandre, de Nevers et de Rhetel, à la seule condition de constituer à sa mère un douaire sur le Rhetelois. S'il faut en croire quelques historiens, il ne serait sorti de prison qu'en promettant de ne jamais réclamer les villes de Lille, Douai et Orchies.

Quant à Robert, oncle du comte, il se contenta des domaines de Cassel , Bourbourg, Bergues, Gravelines, Warneton, et autres, qui lui furent adjugés à perpétuité. Le comte cependant enjoignit auxdites villes de no rendre hommage, féauté, obéissance ni redevance à son oncle, tant que ce dernier n'aurait pas fait sa soumission pleine et entière au souverain'. Cet acte fut accompli solennellement, le 11 juin 1327, devant le comte de Hainaut, Jean de Namur ; Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont; Gauthier de Châtillon et autres grands personnages assemblés à Ypres par invitation du comte de Flandre. On s'efforça dès lors de donner à Robert de Cassel toutes les satisfactions qu'il désirait, de peur qu'il ne suscitât des troubles en Flandre ou ne fit alliance avec le roi d'Angleterre ; ce que Charles-le-Bel craignait beaucoup. « C'est ainsi , dit Meyer , que suivant le vieux proverbe, on caresse toujours celui que Von redoute^. »

Les commencements du règne de Louis de Nevers furent encore troublés par de nouvelles dissensions entre lui et le comte de Hainaut. Il ne fallut rien moins que l'il^tervenlion royale pour y mettre fin. Le comte de Flandre céda les iles de Zélande et fit la remise des arrérages qui pouvaient lui être dus à ce sujet. De son côté, Guillaume d'Avesnes se désista de ses prétentions sur les terres impériales d'Alost, de Waes, des Quatre-Métiers et de Grammont ; il fit en outre le sacrifice de ce fameux droit

(1) Archives de Flandre, Actes du, 2 avril 1323, originaux en parchemin scellés.

(2) Ad ann. mcccxxii.

LOUIS DE NEVERS OU DE CRECI

de gavenne qui se percevait dans le Cambrésis et qui était si productif, et enfin il consentit à ce que Jean de Flandre obtînt tes seigneuries de Crèvecœur et d'Arleux avec la châtellenie de Cambrai. Les biens séquestrés des exilés de Hollande et de Zélande qui avaient jadis embrassé le parti flamand furent cédés au comte de Hainaut, moyennant une somme de 30,000 livres à titre d'indemnité. Les villes de Flandre, celles de Hainaut et de Hollande ratifièrent réciproquement le traité, qui fut conclu à Paris à la mi-carême de l'an 1322'.

Ainsi la paix extérieure était encore une fois assurée. Mais une nouvelle cause de trouble intérieur se manifesta bientôt. Jean de Naraur, grand-oncle du comte de Flandre, qui possédait le port de l'Ecluse, par où se faisaient les arrivages à la Ville de Bruges, s'avisa d'y établir un marché que les Brugeois regardèrent comme désastreux pour leur commerce et contraire à leurs privilèges et immunités. Il faut remarquer que cet envahissement de la part de Jean de Namur était favorisé par une concession arrachée à l'inexpérience du jeune comte de Flandre, lequel avait donné à son oncle la ville de l'Ecluse avec la grande-maîtrise des eaux jusque-là réservée au magistrat de Dam. Les Brugvoiâ demandèrent avec énergie que ce privilège fût retiré au comte de Namur et que l'institution du marché de l'Ecluse fût regardée comme non avenue.

Leurs plaintes ne furent pas écoutées; car ils avaient affaire à un adversaire habile et qui était disposé à défendre ses droits au prix même de son sang ^. Ils prirent les armes et se portèrent en masse sur l'Ecluse, qui n'est séparée de leur ville que par un espace de trois lieues environ. Le comte Louis, qui se trouvait à Courtrai, se rend à Bruges en toute hâte pour essayer d'étouffer ce mouvement séditieux. On ne l'écoute pas : on jure d'exterminer tous les habitants de l'Ecluse, si le comte ne révoque en bonne et due forme les privilèges dont se targue Jean de Namur; et, pour donner à leur

(1) Archives de Flandre, passim.

(2) Chronicon corail, un Flandrcnsiiim, ap. Corpus chron. FI. i, 183.

insurrection un caractère plus sérieux, les Brugeois entraînent avec eux le comte luimême sous les murs de l'Ecluse. Jean de Namur n'avait rien négligé pour faire une vigoureuse résistance; mais il fut trôsétonné, quand il aperçut le comte son neveu en tête des assiégeants. N'importe, il reçoit intrépidement le choc de l'ennemi, lui tue bon nombre d'hommes dans une sortie, et le force d'abord à rétrograder.

Néanmoins les Brugeois ne tardent pas à reprendre l'offensive. Jean de Namur, accablé, par le nombre, est mis en déroute ; on parvient même à se saisir de sa personne. On l'amena prisonnier à Bruges et on l'enferma à la maison nommée la Pierre-du- Comte. Plusieurs grands personnages périrent dans ce combat. On cite entre autres parmi les morts Florent de Borseele, Simon de Brugdam et Jean de Bernaige. Quant à la garnison, elle disparut presque tout entière soit par la fuite, soit par le fer, soit dans les flots. La populace brugeoise voulait écharperle malheureux Jean de Namur, et il ne dut son salut qu'aux supplications du comte. Le fort de l'Ecluse fut pillé , brûlé, démoli de fond en comble. Un grand nombre de seigneurs vinrent solliciter la délivrance de Jean de Namur ; mais les Brugeois déclarèrent constamment qu'il ne serait relâché qu'aux trois conditions suivantes : 1^ Abolition complète du privilège de la maîtrise des eaux qui lui avait été concédé ; 2" rémission pleine et entière pour le meurtre des barons et seigneurs nommés plus haut; 3° pardon absolu pour le sac et l'incendie du port de l'Ecluse. La noblesse ne se montrant pas disposée à faire des concessions aussi étendues, les Brugeois s'allièrent avec ceux du Franc, leurs voisins, et se portèrent à de nouveaux excès. Ils se répandirent dans les campagnes, brûlant les villages et les châteaux des nobles ; sans se soucier le mcins du monde de s'en rapporter à la justice, comme Jean de Natnur lo demandait.

Enfin, sur les instances de la femme de Jean de Namur, fille de Philippe d'Artois, tué à la bataille de Furnes, on convint de se réunir à Saint-Omer pour y traiter de la paix. Ce congrès était à peine rassemblé

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