‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 203 sur 236 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

nérale furent passés, Philippa de Valois l'arma chevalier et le proclama comte de Flandre, comme unique héritier et successeur de Louis de Nevers, qui venait de mourir victime de son dévouement à la France. Le cadavre de l'infortuné prince, trouvé le lendemain de la bataille au milieu d'un monceau d'hommes et de chevaux tués et mutilés, fut, par les soins du roi Edouard, transporté avec d'autres morts illustres à l'abbaje de Saint-Riquier , où on lui fît d'honorables obsèques. Plus tard, Louis de Maie envoya chercher les restes de son père, et leur éleva un mausolée dans la nef de Saint-Donat à Bruges.

LOUIS DE MALE. 1346-1381

Avènement de Louis de Maie. — Il épouse Marguerite de Brabaut. — Colère du roi d'Angleterre et des Flamands — Louis de Maie se rejette dans l'alli aice française. — Armements du roi de France pour débloquer Calais assiégée par les Anglais. — Le roi Jean cherche à détacher les Flamands de l'alliance Anglaise. — Démonstrations contre la Flandre. — Le roi de France laisse les Anglais s'emparer de Calais.

— Les Anglais refusent le secours demandé par les Flamands. — Tentatives de Louis de Maie pour se réconcilier avec ses sujets. — Il cherche à garder la neutralité. — Il marie sa fille Marguerite à Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne. — Guerre au sujet de la succession du Brabant. — Le comte de Flandre conquiert cette province. — Philippe de Rouvre meurt et Philippe-le-Hardi, fils du roi Jean et héritier duduché de Bourgogne, épouse sa veuve. — Puissance du comte Louis de Maie et prospérité de la Flandre. — Prodigalités du comte, son inconduite et ses besoins d'argent. — Il demander un subside nouveau à la ville de Gand. — Il lui est refusé et il se venge de ce refus en accordant aux Brugeois la faculté de détourner la Lys au préjudice de la ville de Gand. — Insurrection à ce sujet. — Yoens se met à la tête des insurgés et organise la faction des Chaperons blancs. — Incidents divers. — Les Gantois réclament auprès du comte. — Il accède à leur requête mais réclame la dissolution des Chaperons Wanos. — Refus des Gantois. — Ils massacrent Roger d'Hauterive, bailli du comte. — Désordres et pillages à Gand. — Le magnifique château de Wondelghem appartenant au comte est brûlé.

— Les magistrats et échevins de Gand eflfrayés des excès d; la multitude essaient de nouveau une intercession auprès du comte. — Il les repousse durement. — Il se rend à Lille et convoque sa chevalerie et ses hommes d'armes pour réduire les Gantois. — Ceux-ci conduits par Yoens se portent sur Bruges et

soulèvent la populace. — Yoens s'empare ensuite du port de Dam. — Il y meurt empoisonné, dit-on, à la suite d'un banquet. — Jean Pruneel, Rasse d'Herzeele, Jean Bolle et Pierre van den Bossche sont élus capitaines ou chefs de l'insurrection. — Deynze, Courtrai, Thourout et Ypres soulevés par les Gantois font cause commune avec eux. — Plusieurs des chevaKers qui défendaient Ypres sont égorgés. — Le comte fait fortifier Audenarde et ordonne un nouvel et grand armement. — Soixante mille Gantois assiègent Audenarde. — Nombreux et sanglants combats sous les murs de cette ville. — Nouvelles tentatives de réconciliation. — Conférences au pont de Ronne par l'entremise du duc de Bourgogne. — Levée du siège d'Audenarde. — Paix à deux visages. — Les Gantois envoient de nouveau auprès du comte. — Il se décide à se rendre à Gand, et y harangue le peuple. — Attitude hostile et menaçante des Chaperons blancs quand il requiert de nouveau leur abolition. — Il repart le cœur navré et jurant de se venger. — Olivier d'Hauterive , parent du bailli massacré, mutile en représailles les bateliers Gantois, qu'il arrête sur la Lys. — Emotion à Gand. — Pruneel s'empara d'Audenarde dégarnie de troupes. — Intervention nouvelle des notables bourgeois de Gand. — Les Chaperons blancs évacuent Audenarde. — Tous les fauteurs de troubles sont bannis d'un commun accord. — Pruneel exilé à Ath, en Hainaut, est saisi et renvoyé au comte qui met, cette fois, tous les torts de son cùté en le faisant dè capiter. — Terribles représailles de c -tte violation du droit des gens ; guerre plus acharnée que jamais. — Dissensions intestines à Bruges et à Ypres.

— Massacre des tisserands. — Louis de Maie rentre

à Bruges. — Cruelles exécutions qu'il y ordonne.

Les Yprois et les Gantois se portent au devant des troupes du comte. — Jean Bolle et Arnoul de Clerck leurs chefs ne s'entendent pas sur la direction à prendre et tombent dans une embuscade où ils sont défaits.

— Jean Boole accusé de trahison est mis à mort par les Yprois. — Le comte met le siège devant Ypres qui capitule. — Il y fait trancher la tête à sept cents insurgés. — Il s'empare ensuite de Courtrai où il prend trois cents otages. — Après avoir réduit Bruges, Ypres et Courtrai, le comte fait un nouvel appel à toute la chevalerie des provinces voisines pour assiéger Gand, foyer de l'insurrection flamande. — Siège de cette grande cité.

— Difficultés qu'il présente. — A l'approche de l'hiver, les opérations sont suspendues. — Résistance des chefs de l'insurrection gantoise à toute espèce de pacification. — Ils veulent pour conserver leur tête pousser la guerre à outrance. — Echec des troupes du comte aux environs de Deynze. — Jean de Lannoy et Rasse d'Herzeele sont attaqués dans le bourg de Nevel. — Ils se réfugient dans l'église que le comte fait incendier. — Herzeele est massacré en défendant l'entrée. — Jean de Lanuoy gagné par les Flammes se précipite du haut du clocher. — La popularité de van de Bossche ébranlée à Gand. — Il se justifie et recommence la lutte avec un nouvel acharnement. — Le sire de Steenhuyse poursuivi par les Chaperons blancs est massacré dans l'abbaye d'Eenham. — Watier d'Enghien par représaille entoure cette abbaye, y égorge tous les Gantois qu'il y trouve, entre autres leur chef Arnoul de Clerck. — Désolation è, Bruges

LOUIS DE MALE

da la perte de presque tous les chefs de mouvement. — Van den Bossche isolé songe à Philippe van Artevelde, fils de Jacques, pour lui donner la dictature.

— Pourparlers secrets entre ces deux personnages. — Conseils que van den Bossche donne à Philippe. — Ce dernier est élu ren-aert et prend en main le pouvoir.

— Il commence par chercher à se rendre populaire.

— Mesures qu'il prend pour rétablir l'ordre. — Il sévit contre les ennemis de son père et les partisans du comte. — Reprise du siège de Gand. — Watier d'Enghien prend d'ass..ut Grammont défendu par les Gantois, y met le feu et passe les habitants aU fil de l'épèe. — Il tombe bientôt après dans ure embuscade et meurt héroïquement. — Douleur du comte à cette nouvelle. — Détresse et famine à Gand. — Le siège de cette ville est de nouveau levé. — Nouvelles tentatives d'accommodement. — Simon Bette et Gilbert de Grutère négociateurs pour les Gantois sont publiquement poignardés par van den Bossche et Artevelde. — La guerre se poursuit avec une nouvelle fureur. — Famine extrême à Gand. — François Ackerman, à la tète de douze mille Gantois désarmés, va implorer des secours à Bruxelles, puis à Liège. — Sympathies qu'ils rencontrent. — Ils ramènent six cents chariots de pain,

— Grandes commotions populaires à Paris, Rouen et autres villes de France. — Ackerman après avoir obtenu des secoure à Bruxelles et à Liège réclame l'intervention de la duchesse de Brabant eu faveur de la paix. — Le comte de Flandre feint d'adhérer aux nouvelles conférences qui s'ouvrent à Tournai. — Conditions cruelles qu'il impose. — Refus des Gantois d'y adhérer. — Ils prennent, sur la proposition du re ■waert, la résolution extiv'nie d'aller attaquer le comte dans Bruges.

Louis de Maie n'avait pas seize ans lorsqu'il hérita du comté de Flandre. C'était, au dire des historiens du temps, un jeune prince d'une aimable et belle prestance ^ Malgré les propensions démocratiques des villes et les graves sujets de mécontentement que les derniers comtes leur avaient donnés, les Flamands restaient, dans leur amour de l'indépendance, attachés encore à la vieille dynastie de leurs seigneurs. Ils trouvaient dans la forme antique de leur gouvernement une garantie d'ordre et de stabilité, un gage de protection contre l'asservissement dont la France et l'Angleterre les menaçaient tour à tour.

•L'héritier de Louis de Nevers fut donc accueilli dans ses nouveaux états, sans qu'on songeât, en raison de son jeune âge sans doute, à lui faire un grief des marques de dévouement qu'il venait de donner, les armes

(1) Corpm cluon. Fl. i, p. 221.— Chron. de Fl. msc. de la Bihl. Tmp. n» 8380.

à la main, à la cause du roi de France. Louis de Maie jura d'ailleurs de conserver religieusement les lois, privilèges et coutumes anciennement établis, institua des magistrats et officiers publics, et, selon l'usage à chaque avènement d'un souverain nouveau, publia des statuts et règlements relatifs à l'administration générale du pajs. Ces témoignages de bon vouloir et d'intérêt plurent aux populations : on était fatigué de guerres et de troubles; on désirait ardemment en voir la fin ; la jeunesse du prince elle-même faisait espérer d'ailleurs qu'il se plierait plus facilement que ne l'avait fait son père, aux volontés populaires.

Cependant la politique du roi de France à l'égard de la Flandre n'avait rien perdu de son active convoitise; d'un autre côté, le roi d'Angleterre ne cessait de rechercher avec ardeur l'alliance des grandes cités flamandes, en continuant à leur fournir, aux conditions les plus avantageuses, les laines qui formaient le principal élément de leur prospérité commerciale.

Or le futur mariage du jeune comte devait décider laquelle des deux alliances. Française ou Anglaise, allait prévaloir, et l'on conçoit de quel poids cet événement devait peser dans la balance des intérêts politiques.

Les milices communales de Flandre avaient secondé les mouvements de l'invasion anglaise en allant guerroyer en Artois ; mais lorsqu'après la journée de Crécj, Edouard III n'eut plus besoin de leur concours, il les renvoya non sans leur témoigner sa reconnaissance et sans ajouter de nouvelles promesses à celles qu'il leur avait déjà faites. Il vint même de sa personne en octobre à Ypres et à Gand, accompagné de la reine Philippine, sa femme, et eiu avec les principaux magistrats des bonnes villes de fréquents entretiens. Il ne partit qu'après avoir emporté l'assurance du maintien des anciennes alliances et de la confédération fondée sous la dictature de Jacques van Artevelde. Un peu plus tard, et tandis qu'il assiégeait Calais, le monarque anglais envoya en Flandre les comtes de Northampton et d'Arundel et le sire de Cobham chargés de négocier le mariage du comte avec sa fille Isa'.elle.

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