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CHAPITRE XXV

un temps la réconciliation du comte avec les villes flamandes et rétablit la tranquilliio dans le pays. C'est en vain que les tisserands essayèrent encore de se soulever à Gand, lorsque Louis de Maie s'y présenta. Les autres métiers se jeiôrent sur eux et ils furent en grande partie exterminés avec leurs chefs Gérard Denis et Jean van de Velde K

Enfin le comte avait ouvert les yeux sur les fautes de son père. La neutralité qu'il voulait désormais garder était le signal d'un changement politique complet. Il adhérait au système dont van Artevelde avait été 1 ■ promoteur, mais que ce tribun n'avait pas su maintenir dans de justes limites. A i;v mort de Philippe de Valois, en 1351, Louis de Maie- refusa de rendre hommage au roi Jean, son successeur, si les villes de Lille, Douai et Orchies devaient rester en la possession de la France. Cette démonstration plut aux Flamands; car elle leur prouvait que leur seigneur embrassait la cause nationale dans toute son étendue et qu'il préférait l'amour de ses sujets à l'affection stérile du monarque français. Mais la guerre allait être la conséquence infaillible d'un refus de serment. Louis le prêta afin d'éviter de plus grands maux, ; les bonnes villes ne s'y étaient point opposées. Néanmoins on lui sut gré de.ses intentions, et son autorité se fortifiait de plus en plus. A Gand, le parti des tisserands tenta de se rebeller encore ; il fut comprimé et les auteurs de l'insurrection reçurent un châtiment exemplaire.

Sur ces entrefaites la guerre continuait entre la France et l'Angleterre. Les Flamands, qui, après la journée de Crécy, avaient .secondé les entreprises du roi Edouard en Artois et lui avaient même envoyé des renforts au siège de Calais, observaient la neutralité à laquelle le comte s'était soumis.

Pendant cet intervalle de paix, Louis de Maie s'occupa du mariage de sa fille Marguerite, alors âgée de quatre ans. C'était le seul enfant que sa femme, Marguerite do Brabant, lui eût donné depuis leur union et le comte n'espérait plus en avoir d'autres. Il voulait lui ménager un puissant parti, et la chose lui était d'autant plus facile que

(1) Meyei-, ad ann. mcccxlvui.

la jeune princesse avait la perspective d'êtr.^ un jour l'unique héritière du comté dt Flandre. Il jeta les yeux sur Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne.

Philippe était né en 1317, au chàtenu do Rouvre près de Dijon, de Philippe de Bourgogne tué au siège d'Aiguillon, où il combattait dans l'armée franQaise,»et de Jeanne de Boulogne. En 1349, il avait succédé a Othon IV, son aïeul, et sa mère lui avait apporté les comtés de Boulogne et d'Auvergne. Il tenait en outre de Jeanne di France, sa grand'mère, les comtés de Bourgogne et d'Artois. Ses principautés étaient donc immenses, et il n'existait pas à cette époque une plus riche alliance.

Le roi de France favorisait cette union par raison politique d'abord, car elle était de nature à resserrer les liens féodaux qui unissaient la Flandre à la France; en outre il avait épousé en secondes noces Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et la reine voyait de fort bon œil que son fils obtint pour femme l'héritière de Flandre. Marguerite de France, veuve de Louis de Ncvers, inclinait aussi beaucoup vers un pacte de famille. Bref, le contrat fut passé et l'on stipula que, si Philippe mourait avant sa femme, celle-ci retiendrait pour douaire quatorze mille livres tournois de rente annuelle dont quatre mille seraient levées sur le duché de Bourgogne, quatre mille sur le comté de Bourgogne, quatre mille sur le comté d'Artois et deux mille sur le Boulonnais'*. Le 14 mai 1357, le mariage s'accomplit solennellement à Arras, où Marguerite avait été conduite par sa mère et sa grand'mère. Les magistrats présentèrent à la princesse, en l'abbaye de Saint- Vaast, un hanap d'argent, un trempoir doré et un magnifique drageoir orné de pierreries. Le duc de Bourgogne et sa femme, tous les deux enfants , furent portés à l'autel , tant était grande l'affiuence de seigneurs, de bourgeois et de gens du commun peuple qui remplissaient l'église. Ce fut l'évèque de Tournai qui donna la bénédiction nuptiale^.

Un événement d'une autre nature, mais

(2) Arch. de FI. Acte du. 6 août 1354. Orig. p. scellé.

(3) Mémoriaux de l'Hôtel-de-Ville d" Arras, ann. 1357.

LOUIS DE MALr:

qui devait avoir encore pour résultat en faveur du comte une augmentation de puissance, eut lieu peu de temps après. Jean III, duc de Brabanl, était mort le 5 décembre 1355, laissant trois filles : Jeanne mariée à Wenceslas, duc de Luxembourg et frère de l'empereur Charles IV; Marguerite épouse de Louis de Maie, comte de Flandre ; Mario femme de Renaud III, duc de Gueldre. Par ordre de primogéniture et en vertu du testament de Jean III, le duché de Brabant était dévolu à Jeanne et à Wenceslas. Il ne pouvait y avoir de contestation sur ce point ; mais un article du môme testament assignait à la comtesse de Flandre une pension annuelle de 10,000 florins. Wenceslas éleva des difiicultés pour le payement de, ladite pension ; et Louis de Maie, voyant la mauvaise volonté de son beau-frère, éleva des réclamations au sujet des 86,500 réaux d'or, moyennant lesquels il avait jadis cédé la ville de Malines au duc Jean, et qui ne lui avaient pas encore été payés en entier.

La querelle s'envenima : Louis de Maie prit les armes, et secondé par les milices communales de son comté, gagna sur les Brabançons, le 17 avril 1356, la bataille de Scheut, près de Bruxelles; la conquête de presque tout le Brabant fut la suite de cette victoire. Mais en peu de temps, grâce à l'héroïsme d'Evrard T'Serclaes, qui, avec une poignée d'hommes, alla au milieu de Bruxelles planter l'étendard brabançon et pousser le vieux cri de guerre : Brabant au grand-duc! Wenceslas vint à bout de réparer ses pertes. Malmes seule restait au comte de Flandre. Louis se préparait à reprendre l'offensive ; mais les horreurs sanglantes et inutiles auxquelles le pays était livré engagèrent le comte et le duc à entrer en arrangement. Le comte de Hainaut fut choisi pour arbitre ; et il rendit une sentence par laquelle, entre autres avantages, les villes de Malines et d'Anvers étaient cédées au comte de Flandre, qui pouvait en outre, sa vie durant, porter le titre de duc de Brabant.

Cependant la lutte entre les deux puissances rivales, lutte dont nous avons retracé l'origine et les débuts, avait eu dans les derniers temps pour la Franco les plus

malheureux résultats. La chevalerie française s'était vue une seconde fois anéantie aux champs de Poitiers, et la Tour de Londres gardait le roi Jean prisonnier. Los Anglais, maîtres d'une grande partie du royaume , avaient même envahi la Bourgogne. La reine Jeanne, mère du duc Philippe de Rouvre, parvint, moyennant d'énormes sacrifices, à délivrer le patrimoine de son fils de ces hôtes dangereux.

L'année suivante, ils moururent l'un et l'autre. Les domaines et la veuve du jeune duc furent alors en butte à la rivalité des prétendants. Par la mort de la reine, fille et héritière d'Othon IV, comte de Bourgogne et d'Artois, ces deux provinces revenaient à Marguerite, comtesse douairière de Flandre, veuve de Louis de Ne vers; mais le duché appartenait à Charles de Navarre en vertu du droit de représentation, car il descendait de la fille de Robert II, treizième duc de Bourgogne. Le roi Jean y prétcmùit par droit de proximité, s'en empara malgré les réclamations de Charles, et le joignit à la couronne. Néanmoins il s'aperçut bientôt qu'un pays depuis si longtemps indépendant ne pouvait demeurer sous la domination immédiate de la France. C'est alors qu'il résolut de le donner à son quatrième fils Philippe surnommé le Hardi, à cause de la belle conduite qu'il avait tenue à la bataille de Poitiers, où, bien qu'âgé de seize ans à peine, il avait combattu jusqu'à la dernière extrémité à côté de son père.

L'union de Philippe-le-Hardi avec la veuve de son prédécesseur était vivement désirée par le roi de France, ainsi que par la comtesse Marguerite de Flandre. Louis de Maie ne la voyait pas d'aussi bon oeil ; il craignait d'exciter encore l'animadversion des Flamands, dont l'antipathie pour l'alliance française n'avait rien perdu de sa vivacité. Le roi Edouard ne cessait d'entretenir des intelligences en Flandre : ses partisans y étaient nombreux, surtout dans les grandes villes. Il demanda la princesse en mariago pour son fils Edmond duc de Cambridge, et le comte se trouva dans une situation pleine de difficultés. Tout son zèle, tous ses soin.-; depuis plusieurs années s'appliquaient a conserver la neutralité. Il y avait réussi et

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