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CHAPITRE XXV

L'exemple de Bruges était craillcur.s précieux pour l'appel qu'il se proposait de faire à une rébellion générale des communes flamandes. On convint que les deux communes vivraient désormais en bonne intelligence pour s'entr'aider au besoin comme bons voisins et amis. Toutefois, Yoens, peu rassuré sur la solidité de cette alliance, avait eu soin de prendre des otages qui furent envoyés à Gand. Quant à lui et à sa troupe, ils se dirigèrent vers Dam, au nord-est de Bruges. On lui ouvrit sans diflîcultés les portes de cette petite ville maritime. Nous avons dit que sa famille en était originaire. Il y avait encore des parents et des amis ; il y fut grandement festoyé. Une nuit qu'il avait soupe en compagnie de quelques damoiselles de la ville, il devint tout enflé. On le mitsur une litière pour le rapporter à Gand, mais il expira en route à Ardembourg et son cadavre seul rentra dans la ville, où Icb Chaperons blancs le reçurent en grande solennité et lui firent de superbes funérailles en l'église de Saint-Nicolas'.

L'opinion commune fut qu'Yoens mourut empoisonné, victime d'une vengeance privée Foitde la famille des Mahieu, soit des parents de l'homme qu'il avait naguère assassiné pour complaire au comte, soit enfin à l'instigation secrète de ce dernier. Telle fut la triste fin de ce tribun d'un jour qui n'eut d'autre mérite que de savoir perfidement exploiter les passions populaires, pour l'unique satisfaction de sa haine personnelle; d'autre titre au souvenir de la postérité que d'avoir allumé un incendie qui ne devait plus s'éteindre que dans le sang de ses compatriotes.

La commune de Gand ne pouvait espérer merci de la part du comte après les violents excès auxquels les Chaperons blancs s'étaient livrés et les menaces terribles qui en avaient été la conséquence. Elle n'avait plus d'autre parti à prendre que de suivre à outrance la voie dans laquelle Yoens l'avait poussée. Aussitôt la mort de ce dernier, au lieu de lui donner un successeur on lui en donna quatre, soit pour satisfaire aux exigences des divers métiers, soit qu'on ne voulût plus se fier à un dictateur unique.

(1) citron, de J. Frolssarl, n, 77.

Ces capitaines choisis parmi les plus « oulrageux, hardis et entreprenants^ » étaient Jean Pruneel , Jean BoUe , Rasse d'Herzeele , Pierre Van den Bossche. Lorsque leur autorité eut été reconnue par le peuple, on résolut de poursuivre l'œuvre commencée du soulèvement des diverses villes flamandes. Van den Bossche en fut spécialement chargé. Le 11 septembre il sortit de Gand à la tête de douze mille hommes pour se rendre à Deynze, à Courtrai et à Tliourout, oîi il entra sans diflîcultés. Il se dirigea ensuite sur Ypres qu'il était d'autant plus important d'entraîner dans la confédération que cette ville très-industrieuse et très-peuplée dès cette époque, était, après Gand et Bruges, la plus considérable du comté. A l'approche des milices insurrectionnelles de Gand, le menu peuple d'Ypres se souleva et cinq mille hommes armés aljèrent se ranger sur la place du Marché. Les hommes notables et les riches bourgeois de la ville s'étaient enfermés chez eux^. Les chevaliers qui tenaient garnison pour le comte allèrent se poster avec leurs hommes d'armes à la porte de Thourout où les Gantois étaient arrêtés par toutes les fermetures closes. Il leur aurait fallu donner l'assaut pour pénétrer, mais la foule armée était venue du Marché vers les troupes du comte : « Ouvrez, ouvrez ;ï nos bons amis et voisins de Gand ; nous voulons qu'ils entrent en notre ville''. » Les chevaliers, fidèles à leur devoir, répondent que, chargés par le comte de garder la ville, ils la garderont jusqu'à la mort et que les (iantois n'entreront que par trahison. » A la mort ! à la mort ! s'écria la foule. Vous n'êtes |ias les maîtres de notre ville. » Cernés de toutes parts, les chevaliers et les hommes d'armes résistent héroïquement. Ils finissent par succomber sous le nombre de leurs uàsaillants. Cinq chevaliers furent massacrés, entr'autres les deux sires de la Hovarderie et les portes furent ouvertes aux Gantois qui séjournèrent deux jours à Ypres où ils procédèrent comme à Bruges, faisant jurer alliance au menu peuple et prenant des otages parmi les notables qui étaient, pour la plupart restés étrangers à l'émeute, mais

(2) Ihid. 7S.

(3) Il'id.

(4, Ibid.

LOUIS DE MALE

qui n'en devenaient pas moins solidaires et responsables des excès de la multilude.

Le comte de Flandre était toujours à Lille. Lorsqu'il apprit l'insurrection d'Ypres et le meurtre de ses chevaliers, il contint sa colère et dit froidement : » Si nous avons perdu Ypres cette fois, nous la recouvrerons une autre fois à leur maie méchéance, car je forai encore trancher tant de tètes là et ailleurs que les autres s'en ébahiront'. "

Il ordonna aussitôt de fortifier Audenarde qui commandait le cours de l'Escaut et y fit enfermer huit cents lances et les plus valeureux chevaliers de Flandre et de Hainaut, parmi lesquels on distinguait les sires de Ghistelles, d'Enghien, de la Hamaide, d'Anthoing, de Gommegnies, d'Halluin, de Montignj, de Lichtervelde, d'Haverkerke, d'Iseghem, d'Hondschoote et une foule d'autres. La garnison fut amplement pourvue de vivres et de munitions. En même temps le comte se rendit à Tenremonde où il avait également convoqué une nombreuse chevalerie que devait lui amener son cousin le duc Albert de Bavière. '

A la nouvelle de ces armements par lesquels Louis de Maie se disposait à défendre son pouvoir si gravement menacé, les Gantois firent appel à leurs nouveaux confédérés et une armée d'environ soixante mille hommes^ fut bientôt sous les murs d'Audenarde. Pendant qu'elle se préparait à en faire le siège, une troupe détachée, sous la ccuiduite de Rasse d'Herzeele, tenta une attaque par terre et par eau contre Tenremonde. C'était la nuit, et le comte, éveillé en sursaut, n'eut que le temps de saisir ses armes, et faisant porter sa bannière devant lui, de se jeter, à la tête de ses chevaliers, au devant des assaillants qui cherchaient à escalader les murailles avec la plus courageuse impétuosité ; mais cet élan désordonné ne pouvait tenir contre la -valeur intrépide du comte et de ses chevaliers. Rasse d'Herzeele fut contraint à battre en retraite après une lutte acharnée de plusieurs heures et ramena devant Audenarde sa troupe qui avait essuyé des pertes sensibles.

(1) Chron. de J. Froitsart. u, 10.

(2) Meyer, ann. Fl. 1 u.

Le siège d'Audenarde dura longtemps et fut signalé par de nombreux et sanglants combats. Les milices communales n'espéraient plus prendre la ville que par la famine, car elles avaient intercepté toutes les communications par terre et par eau de manière à empêcher le ravitaillement des assiégés. Le comte de Flandre n'était pas sans inquiétude sur le sort de la brave garnison qu'il y avait mise. D'un autre côté, les gens des milices voyaient l'hiver approcher et bien qu'ils fussent amplement pourvus de toutes choses trouvaient qu'il y avait longtemps qu'ils avaient laissé leurs enfants et leurs femmes au- logis, et il leur tardait de regagner leurs foyers.

La vieille comtesse de Flandre, Marguerite d'Artois, mère du comte, voyait avec douleur cette guerre civile et priait sans cesse le duc Philippe de Bourgogne d'intervenir dans les affaires d'un pays qui en définitive formait son héritage et qu'il était menacé de perdre. Le duc sentait, de son côté, combien la situation était à tous égards périlleuse et fausse. Il était venu à Tournai pour être plus à portée de la surveiller, et avait môme envoyé déjà à Audenarde le maréchal de Bourgogne, au moyen d'un sauf-conduit, afin de s'assurer du véritable état de la place et de ses défenseurs. » Sire, dites de par nous à monseigneur de Bourgogne, qu'il ne fasse pour nous nul mauvais traité, avaient répondu les chevaliers du comte, car Dieu merci, nous sommes en bon point et nous n'avons garde de nos ennemis. « Cette réponse plut au duc, mais il n'en poursuivit pas moins le projet d'un accommodement.

Au mois de novembre 1379, des conférences eurent lieu au Pont de Ronne, petite rivière située à quatre lieues de Tournai, sur la route d'Audenarde. Le duc s'y était rendu et dicta les clauses d'une paix qui paraissait devoir concilier tous les intérêts.

On garantissait l'oubli éternel de toutes les injures et ^amnistie générale pour tous délits envers le prince et les nobles. Les Gantois conservaient les franchises, coutumes et privilèges dont ils jouissaient lors de l'avènement du comte, Louis de Maie et qui leur avaient été conservés, confirmé-^

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