‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 213 sur 236 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lait aussi les Clauwaerts et qui avait pris trois griffes de lion pour signe de ralliement. Plusieurs personnages influents qui jusquelà avaient gardé une neutralité trop prudente peut-être, désireux de conjurer enfin l'orage qui s'amoncelait, résolurent d'interposer leur médiation entre le comte et la commune de Gand. C'étaient Jean de la Faucille, Gilbert de Gruutere et Jean van der Zickele. Grâce à leur sage et courageuse intervention, la lutte fut un moment suspendue. Les Chaperons blancs évacuèrent le 12 mars Audenarde dont le comte fit aussitôt relever les fortifications; et d'un autre côté, afin de frapper d'une égale punition tous les violateurs de la paix publique, il fut décidé que d'une part, Jean Pruneel chef des Chaperons blancs, et de l'autre messire Olivier d'Hauterive et les chevaliers de sa famille ou de ses amis qui avaient participé à l'attentat contre les bateliers gantois, seraient à toujours bannis de Flandre; ce qui fut fait. Jean Pruneel se réfugia à Ath en Hainaut; mais bientôt après saisi par les hommes d'armes du duc de Bavière régent du comté, il fut envoyé à Lille au comte de Flandre qui, après lui avoir fait trancher la tête, le fit comme traître exposer sur une roue. C'était-là non-seulement un attentat insigne contre le droit des gens alors si peu respecté d'ailleurs, mais encore une grande faute politique ; car, en mettant cette fois tous les torts de son côté, le comte rendait la réconciliation plus que jamais impossible. « Certes, si le comte peut, il nous détruira tous, disaient les Gantois. Il nous aime bien, il n'en veut qu'à nos vies ' . >. « Si l'on m'en croit, ajouta van den Bossche, il ne restera pas une maison de gentilhomme au pays de Gand. » Quelques jours après, il partait avec Jean BooUe, Rasse d'Herzeele et Jean de Lannoy à la tête de quinze cents Gantois et allait démolir, piller et brûler tous les logis des nobles. Quand ils rentrèrent à Gand, ils ne trouvèrent plus personne alors qui leur dit : « Vous avez mal fait^. »

De terribles représailles suivirent cette expédition, car le comte avait donné licence

(1) Chron. de J. Froissart, u, S9.

(2) Ibid. 90.

à tous ses chevaliers de se venger par tous les moyens possibles. Il fit plus ; il rappela tous les bannis de Flandre et livra le pays à leurs déprédations. A la tête de tous ces guerroyeurs, était le Hase de Flandre. Il y avait en campagne, non-seulement des chevaliers fiamands, mais aussi des gentilshommes du Brabant, du Hainaut et des contrées voisines venus pour participer à cette lutte d'extermination contre les Gantois. De Courtrai, d'Audenarde, de Grauimont, d'Alost, deTenremonde, ils couraient le pays, faisant main basse sur tout ce qui appartenait aux Gantois, de manière à ruiner leur commerce et leur industrie, allant piller et rançonner aux portes mêmes de Gand, brûlant enfin jusqu'aux moulins à vent qui entouraient cette ville ^. Les Gantois répondaient à ces violences par des violences non moins acliarnées et sanglantes. « Ainsi, dit F'roissart, se enfelonna et multiplia cette guerre entre le comte de Flandre et ceux de Gand, qui coûta depuis deux fois cent mille vies : ni à grand'peine y put-on trouver fin ni paix, car les capitaines de Gand se sentoient si méfaits envers leur seigneur le comte et le duc de Bourgogne que ils n'espéroient mie que, pour scellé ni traité que on leur jurât ni fit, ils pussent jamais venir à paix qu'ils n'y missent les vies. Celle doute leur faisoit tenir leur opinion et guerroyer hardiment et outrage usemenf*. »

Cependant les villes de Bruges et d'Ypres n'étaient point aussi unanimes que Gand dans leur rébellion; et tandis que dans cette dernière, il ne se manifestait plus de dissensions intestines, il existait dans les deux premières une grande discorde, à Bruges surtout, où il y avait guerre ouverte entre les gros et les menus métiers. Uije quantité de foulons et de tisserands furent égorgés dans ces émeutes quotidiennes. Les gros métiers, ayant eu le dessus, envoyèrent à Lille prier le comte de revenir à Bruges. Louis de Maie encouragé par les bonnes dispositions des Brugeois partit accompagné de Guillaume de Namur, et suivi d'une troupe nombreuse de chevaliers et écuyers flamands. Il fut reçu dans la ville avec de grandes démons-

(3) Ibid. 91.

(4) Ibid,

LOUIS DE MALE

trations de joie. Dès son arrivée cinq cents des plus mutins furent jetés dans la prison appelée la Pierre du Comte d'où on les tirait peu à peu pour leur couper la tête. Dès que l'ordre et le calme eurent été rétablis par ces rigueurs, la haute bourgeoisie et les magistrats vinrent réclamer du comte, en récompense de leur dévouement, l'extension des privilèges de la ville. Ce n'est pas sans peine qu'ils l'obtinrent, mais à force de sollicitations tellement pressantes qu'ils allèrent un jour jusqu'à déclarer au comte qu'ils ne boiraient, mangeraient ni ne sortiraient de son hôtel avant qu'ils n'eussent des lettres scellées confirmant toutes leurs exigences. Louis de Maie eut la faiblesse de céder et le tort plus grave encore de le faire avec la secrète intention de ne pas tenir ce qu'il promettait'.

Les habitants du Franc de Bruges,comprenant, on le sait, tout le plat pays autour de cette ville,et qui jalousant depuis longtemps le monopole industriel des grandes villes étaient restés fidèles à la cause de leur seigneur, se mirent à sa disposition dès qu'ils le surent à Bruges. C'éiait-là un précieux renfort pour Louis de Maie assuré déjà desBrugeois et entouré d'ailleurs d'une chevalerie nombreuse et vaillante. Le comte irrité de la facilité avec laquelle les gens d'Ypres avaient ouvert leurs portes aux Gantois et du meurtre des deux frères de la Hovarderie, tués dans cette circonstance, résolut de commencer par- les châtier cruellement de cette félonie et avec toutes ses forces se porta vers Ypres par Thourout et Poperinghe. A l'annonce de cette expédition, les Yprois se hâtèrent de réclamer des secours à Gand. Jean Boole et Arnoul de Clerck partirent aussitôt et se jetèrent dans Ypres avec quatre mille hommes. En même temps une armée plus considérable se formait à Gand pour se porter au devant du comte. Ses mouvements devaient se combiner avec ceux des forces concentrées à Ypres. Rasse de Herzeele, Pierre van den Bossche, Pierre de Wintere, Jean de Lannoy et autres chefs des Chaperons blancs commandaient ce corps composé d'environ neuf mille hommes par-

(1) Archives de Flandre à Lille. 8fi cart. de Fl.

faitement équipés et armés. Ils se dirigèrent sur Courtrai ; puis de là, sur Roulers, d'où ils envoyèrent prévenir les Yprois de se porter vers eux avec tous leurs renforts, de manière à pouvoir, au moyen de cette jonction, attaquer l'armée du comte en forces à peu près égales. Huit mille hommes sortirent aussitôt d'Ypres sous la conduite de Jean Boole et Arnoul de Clerck.

Le comte avait appris par ses espions le mouvement projeté des Yprois sur Roulers. Il résolut d'empêcher la jonction et, à cet efi'et, il fit placer deux fortes embuscades sur deux points par où les milices communales devaient infailliblement passer. Elles étaient commandées par le Hase soû bâtard, et le sire Watier d'Enghien jeune et valeureux gentilhomme qui devait jouer dans cette guerre un rôle aussi important que malheureux pour lui. A une lieué d'Ypres; existait un embranchement dont l'une des voies conduisait vers Roulers et l'autre sur Thourout. Jean Boole et Arnoul de Clerck ne s'entendirent pas sur la direction à prendre. Le dernier voulait qu'on se portât directement sur Roulers, tandis que Jean Boole prétendait qu'on rencontrerait plus tôt les Gantois sur le Mont-d'Or par la voie de Thourout. Ce dernier avis prévalut et devint fatal, car, après deux heures de marche environ, au moment où l'on comptait 86 rapprocher des Gantois, la troupe arriva sur les embuscades, fut enveloppée et assaillie par la chevalerie et les hommes d'armes du comte avec une telle impétuosité qu'elle fut mise en pleine déroule. Elle perdit plus de deux raille hommes. Jean Boole et Arnoul de Clerck se sauvèrent ; et quand les fuyards survivants rentrèrent à Ypres aux cris de « nous sommes trahis ! » tout le peuple qui s'attendait à un triomphe certain fut saisi d'une de ces aveugles colères que rien ne peut calmer. Le conseil donné par Jean Boole avait été, on l'a vu, la cause involontaire de l'échec. Il n'en fallut pas davantage pour qu'on ne doutât point d'une trahison, et cependant Jean Boole en était tellement innocent, qu'il était rentré luimême sans défiance à Ypres. La multitude en fureurallale saisir au logis qu'il occupait et on l'entraîna dans la rue. Là il fut découp >

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