‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 218 sur 236 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

la paix tant que la cliose soit si grandement amendée que bien devra suffire ^ » Il fit racheter le corps du sire d'Enghien que les Gantois vendirent pour mille francs, et lui fit faire de belles obsèques en l'église des Chartreux, près de Bruges^.

Le comte était si découragé, qu'il fit encore une fois lever le siège de Gand et se retira à Bruges après avoir envoyé ses troupes en garnison au château de Gavre, à Audenarde, à Tenremonde, à Courtrai, sur toutes les frontières enfin des Gantois. Il manda aux gens de Liège de ne plus faire passer de vivres et de munitions à ces derniers ; mais ils répondirent orgueilleusement qu'ils en délibéreraient avec leurs amis de Saint-Trond, de Uuy et de Dinant. Il n'en put rien tirer de plus^. Alors il envoya vers ses cousins, le duc de Brabant et le duc Albert bailli du Hainaut, Hollande et Zélande, une députation composée de ses plus sages conseillers pour leur exposer combien les secours que la ville de Gand tirait de leurs pays l'aidaient dans sa. rébellion, au grand préjudice de son autorité. Ces princes accueillirent ses doléances, et pour leur donner satisfaction firent un mandement général pour tous les pays de leur domination, portant défense, sous les peines les plus sévères, de faire passer des approvisionnements aux Gantois. Cette mesure les eût complètement affamés, si les Hollandais, nonobstant toute prohibition, n'avaient continué à faire passer en fraude des vivres à Gand. Ils étaient cependant dans une grande détresse, car tout commerce et toute industrie chômaient depuis longtemps, et le blocus dans lequel ils étaient tenus par les garnisons des villes environnantes, rendait extrêmement difficile toute communication avec le reste de la Flandre et les contrées voisines.

Ce fut dans ces circonstances et par l'entremise des conseils du Hainaut, du Brabant et du pays de Liège qu'un nouveau parlement fut assigné à Harlebecke, près Courtrai, Douze des plus notables citoyens de Gand s'y rendirent, et l'on s'y occupa des moyens

(1) Chron. de J. Froissart, ii, 17^.

(2) Arch. de FI. à Lille. Compte de la recette gén. des finances, ann. 1380. (3) Chr. de J. Froissart, ii, 172.

d'arriver au rétablissement de la paix.

Lorsque ces pacifiques négociateurs furent de retour à Gand, tous ceux qui depuis si longtemps souffraient de la désastreuse situation des affaires, cherchèrent à savoir d'eux ce qui avait été convenu. Gilbert de Grutère et Simon Bette, les plus notables et les plus riches de la députation étaient surtout interrogés. « Bonnes gens, répondirent-ils, nous aurons une belle paix, s'il plaît à Dieu. Que ceux qui ne veulent que le bien demeurent en paix. Quant aux plus mauvais de la ville de Gand, on les corrigera'*. .. Cette, imprudente parole devint leur arrêt de mort.

En effet, Pierre van don Bossche l'ayant apprise se dit non sans raison : " Si quelqu'un doit être corrigé, js le serai tout le premier. Mais il n'en sera pas ainsi que nos seigneurs qui ont été au parlement le pensent. Je ne veux pas encore mourir. La guerre n'a pas encore tant duré qu'elle ne puisse durer encore, et mon bon maitre Jean Yoens n'est pas suffisamment vengé. La chose est déjà bien entouillee, mais je la veux mieux entouiiler encore^. »

Le lendemain devait être fait en la Halle du conseille rapport des notables qui avaient été au parlement d'Harlebeoke. Le soir venu, van den Bossche se rendit à l'hôtel de Philippe van Artevelde qu'il trouva pensif et accoudé sur l'appui d'une fenêtre. « Philippe, savez-vous des nouvelles? » « Non, répondit le rewaert, sinon que nos gens sont revenus d'Harlebecke et que nous devons savoir demain matin en la Halle ce qu'ils nous en rapportent. « « Eh bien, ce qu'ils nous en rapportent, fit van den Bossche, je le sais, moi. Tous les traités faits ou à faire ne se peuvent conclure qu'aux dépens de nos têtes. Aucune paix n'est possible entre monseigneur et la ville sans que vous, moi et nos capitaines ne soyons tout d'abord sacrifiés. Les autres notables et riches hommes s'en iront quittes ; mais pour se sauver, ils nous veulent bouter en ce parti. C'était l'opinion de mon maître Jean Yoens et c'est aussi la mienne. Notre sire le comte a toujours autour de lui ses marmousets, Gilbert

(4) ma.

(5) lUd.

LOUIS DE MALE

Mallieu et ses frères, le prévôt d'Harlebeeke qui est du lignage, et le doyen des menus raétiers qui s'est enfui avec eux. Il nous faut bien aviser sur tout cela. " " Et que faut-il faire? dit Philippe. » <• Le voici, répondit Pierre : prévenir dès cette nuit les capitaines de se tenir demain matin tout armés et appareillés au Marché des Vendredis à nos ordres ; quant à nous deux, nous entrerons en la Halle avec cent des nôtres pour occir ces traîtres. Pour le surplus, laissez-moi faire ; mais n'oubliez pas que si vous voulez demeurer en vi-e et en puissance, il me faut suivre. Celui qui ne se fait craindre en cette ville de Gand, est un homme perdu' »

Dès le lendemain matin à neuf heures, le bourgmestre, les échevins et les notables bourgeois se rendirent en la Halle du Marché où se trouvaient les députés qui avaient été au parlement d'Harlebeeke. Bientôt après, arrivèrent van den Bossche et van Artevelde avec leurs aiBdés des Chaperons blancs.

Quand tout ce monde fut rassemblé, Gilbert de Grutère, l'un des députés, prit la parole : « Seigneurs de Gand, dit-il, nous avons été au parlement d'Harlebeeke oià nous avons eu moult grand'peine et travail, et aussi ont eu les bonnes gens de Brabant, du pays de Liège et du Hainaut de nous accorder avec monseigneur. Finalement, à la prière de monseigneur et de madame de Brabant qui là envoyèrent leur conseil, et de monseigneur le duc Albert qui aussi envoya le sien, la bonne ville de Gand est venue à paix et à accord envers notre seigneur le comte, par le moyen que deux cents hommes desquels il nous enverra les noms par écrit dedans quinze jours, iront en sa prison dedans le Chastel de Lille et se mettront en sa pure volonté. Il est bien si franc et si noble, que de eux aura-t-il pitié et merci^. »

A ces paroles, van den Bossche se leva : « Gilbert, s'écria-t-il, comment êtes-vous si osé- que d'avoir consenti à ce que deux cents de nos concitoyens aillent se mettre en la volonté de notre ennemi? Ceseroit une honte éternelle pour la bonne ville de Gand d'avoir tant guerroyé pour arriver à telle fin et conclusion, et il vaudroit mieux qu'elle fût

(1) Chron. de J. Froissart, ii, 174.

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