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CHAPITRE III

ARNOUL-LE-JEUKE. — liAUDUIN-BELLE-BARBE.

Invasion de Lothaire. — Prétentions de Guillaume de Ponthieu. — Révolution dynastique en France. — ■ Usurpation de Hugues Capet. — Causes surnaturelles attribuées à son avènement. — sa lutte avec Charles, duc de Lorraine. — Hugues Capet envahit la Flandre. — Mort d'Arnoul-le-Jeune. — Troubles pendant la minorité de Bauduin-Belle-Barbe. — Origine et attributions des châtelains. — Révolte d'Eilbodon, châtelain de Courtrai. — Guerre de Bauduin avec.Godefroi, duc de Lorraine, et par suite avec l'empire. — Paix avec l'empereur. — Flandre impériale. — Peste. — Inondation. — Comète. — Rébellion de Bauduin-le-Jeune, fils de Bauduin-Belle-Barbe. — Avènement de Henri au trône de France. — Mort de Bauduin-Belle-Barbe.

Aussitôt qu'Arnoul-le-Vieux eut fermé les yeux, le roi Lothaire, oubliant les services rendus depuis cent ans à la dynastie carlovingienne par les marquis flamands, fondit sur les domaines du jeune Arnoul.

Après s'être emparé des puissantes abbayes de Saint-Amand, de Saint- Vaast-d'Arras et du château de cette dernière ville, Lothaire enleva Douai et envahit toute la contrée jusqu'à la Lys^ Mais rappelé en France par quelques embarras politiques, il partit bientôt après laissant le jeune Arnoul maître d'un pays dévasté et jouissant d'une paix qui ne devait pas être durable.

Guillaume P"^, comte de Ponthieu, fils de cet Erluin de Montreuil dont nous avons retracé les démêlés à l'encontre d'Arnoulle-Vieux, avait proflté de l'invasion de Lothaire pour se faire adjuger par ce prince le Boulonnais et le pays de Térouane qui longeaient les possessions d' Arnoul, et dont Lothaire s'était, à ce qu'il semble, emparé complètement. Ce démembrement et cette concession enlevaient au marquis deux provinces maritimes importantes.

Trop faible pour se les faire restituer sans un secours étranger, Arnoul s'adressa soit aux Normands qui s'étaient établis en Neustrie, soit à ceux qui, à cette époque même, couraient encore les aventures depuis les

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régions les plus septentrionales de l'Europe jusqu'aux côtes de la Grande-Bretagne. De nouveaux guerriers danois débarquèrent donc sur cette plage tant de fois désolée par leurs ancêtres; et Guillaume de Ponthieu fut alors contraint d'abandonner une partie de ses prétentions ; c'est-à-dire que, tout en conservant la possession des deux comtés, il reconnut ne les tenir qu'à titre de bénéfice féodal et comme vassal du comte Arnoul. Ainsi le grand marquisat jadis concédé à Bauduin-Bras-de-Per allait se morcelant en arrière-fiefs qui bientôt en produiraient d'autres à leur tour, pour constituer en Flandre, comme dans tous les pays voisins, ce système politique si multiple et si compliqué qui prit le nom de féodalité.

L'esprit aventureux et guerrier des hommes du Nord, qui tantôt venaient en amis et en auxiliaires soldés, tantôt aussi débarquaient à l'improviste pour faire du butin, donnait toujours des inquiétudes aux seigneurs des terres baignées par l'Océan ou arrosées par des fleuves navigables. Sous ce rapport aucune région ne se trouvait plus exposée que les provinces flamandes dont le littoral offrait tant de points abordables , depuis les embouchures de l'Escaut jusqu'à celle de la Somme.

Ce vaste pays commençait à se couvrir de villes et de riches abbayes ; les ruines laissées par les barbares se relevaient peu à peu : il était urgent de protéger un tel état de choses en empêchant des pirateries nouvelles. A cet efi'et Arnoul s'empara de Pétresse, aujourd'hui Calais, malgré les protestations des moines de Saint-Bertin, qui prétendaient en être propriétaires; et de même qu'il avait concédé en bénéfice les comtés de Boulogne et de Thérouane au fils d'Erluin pour leur assurer sans doute une protection plus efiicace contre les agressions des pirates, de même il institua comte de Guines Adolphe, fils du Normand Syfrid, dont il a été question plus haut.

Lorsqu'Arnoul fut devenu majeur, sa mère Mathilde, qui avait géré la tutelle durant la minorité du jeune marquis, épousa en secondes noces Godefroi, duc d'Ardenne, dont elle eut trois enfants. De son côté, Arnoul épousa Suzanne, fille de Béranger, roi

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