ARNOUL-LE-JEUNE
BAUDUIN-BELF.E -BARBE.
d'Italio ; et de cette alliance naquit bientôt un fils, qui, plus tard, devint à son tour marquis des Flamands.
En France se préparaient alors des événements graves. Nous avons signalé l'affaiblissement graduel de la monarchie carlovingienne. Sur ses débris s'éleva bientôt un pouvoir "nouveau aux mains d'une dynastie nouvelle et plus vivace.
L'imagination populaire s'est plu à attribuer une cause surnaturelle et mystérieuse à cette révolution. Les corps de saint Riquier et de saint Valéry, dit un très-ancien légendaire', avaient été transportés en Flandre à l'époque des Normands et déposés dans l'église de Saint-Bertin. Les moines des abbayes dont ces deux saints étaient les patrons réclamèrent leurs reliques; mais les religieux de Saint-Bertin refusèrent pendant longtemps de les leur rendre. Le comte des Flamands, Arnoul, protégeait cette usurpation.
Une nuit saint Valéry apparut en songe à Hugues Capet, alors comte de Paris, et lui dit : « Envoie vers le comte de Flandre Arnoul, afin qu'il rende nos corps à nos églises^. » Hugues répondit: « Seigneur, qui es-tu, et quel est ton compagnon? — Je m'appelle Valéry, et celui qui se tient à mes côtés est Riquier de Ponthieu. Hàte-toi d'exécuter sans feinte ce que Dieu t'ordonne par ma bouche^. » Hugues, émerveillé de cette vision, dépêcha vers Arnoul des députés chargés" de réclamer les corps des deux saints. Le marquis refusa de satisfaire à cette demande. Alors Hugues envoya de nouveaux messagers avec ordre de sommer Arnoul d'amener les corps en grande révérence, sous peine de s'y voir contraint par la force, le comte de Paris étant résolu d'aller luimême reprendre les saints et de faire payer cher aux détenteurs leur criminelle audace. Arnoul, qui connaissait combien Hugues était puissant et déterminé, craignit de résister davantage, quoiqu'il lui en coûtât beaucoup de perdre des reliques si précieuses. n fit orner d'or et d'argent deux boites et y déposa les corps des bienheureux.
(1) Ex Gestis sanclorum Richarii et Walerlci, ap. J. deGuise, IX, 412. [t) Ibid. (Z) lua.
Au jour indiqué pour la remise, Hugues, accompagné d'une multitude de chevaliers et d'hommes d'armes, vint au château de Montreuil. De son côté, Arnoul, suivi d'un nombreux cortège, mais humble et désarmé, s'avança, apportant les corps dans les belles châsses qu'il avait fait préparer. Après qu'il les eut données au comte de Paris, celui-ci les réintégra dans leurs églises respectives. La nuit suivante, saint Valéry apparut de nouveau à Hugues et lui dit : « Puisque tu as accompli mes ordres avec zèle, toi et tes descendants vous régnerez de génération en génération à perpétuité sur le royaume des Francs'*. »>
Louis V, fils et successeur de Lothaire, ne survécut à son père que d'un an et mourut sans postérité. Le royaume devait appartenir de droit à Charles, duc de Basse-Lorraine et fils de Louis d'Outremer. Mais il fut vivement contesté par les adversaires implacables de la race carlovingienne, les comtes de Paris, dans la maison desquels le sceptre avait déjà été tenu par deux princes, Eudes et Robert, qui ne purent le transmettre à leurs descendants. Charles appuyé des seigneurs du midi, du comte de Vermandois et surtout de son parent, le comte Arnoul, fit à Hugues Capet une guerre vigoureuse, au début de laquelle il s'empara du bourg royal de Laon. Hugues vint à son tour l'assiéger dans cette ville. Après deux mois d'assauts sans résultats, Hugues désespérait de pouvoir continuer le siège, lorsque Charles, faisant une sortie à l'improviste, brûla le camp du comte de Paris, qui perdit en cette occasion beaucoup de monde , et fut contraint à se retirer d'une façon peu glorieuse^.
L'année suivante, Charles prit Montaigu. Puis, ravageant tout sur sa route, il s'avança jusqu'à Soissons, d'où il marcha sur Reims • Il en leva bientôt le siège pour revenir à Laon chargé de butin. Quelque temps après, il se porte de nouveau vers Reims, qu'il attaque alors plus vigoureusement que la première fois, et ne tarde pas à s'en rendre maître. Il saisit dans la ville l'archevêque institué par Hugues, ainsi que plusieurs des
[i] Ibicl. 414.
(5) Andréas Marcianensis, lib. ii.