‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 222 sur 236 · CHAPITRE XXVr · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVr

et des mieux armes, résolus à aller sur-lechamp chercher le comte à Bruges et le combattre. Si en ce combat suprême, Dieu, qui par la main de Judith écrasa Holopherne et les Assyriens, a pitié de nous et nous donne la victoire, nous serons le plus honoré peuple qui ait régné depuis les Romains. Voilà les trois partis qu'il nous reste à prendre. Choisissez ! »

Alors ceux qui étaient le plus rapprochés de lui, s'écrièrent : « Ah ! cher sire, nous avons toute conflance en vous. Dites ce que nous devons faire. » « Par ma foi, dit le rewaert, je suis d'avis d'aller tous à main armée trouver le comte à Bruges. Lorsqu'il saura notre venue, il sortira pour nous combattre. Si Dieu veut que nous l'emportions, nous serons sauvés et honorés; si nous sommes vaincus, nous mourrons du moins honorablement. Dieu nous fera miséricorde, et peut-être aussi le comte la ferat-il à ceux de nos frères qui resteront à Gand. « « Nous le voulons, ni autrement ne finirons! » s'écria la foule. « Alors, bonnes gens, retournez en vos maisons, dit le rewaert, et préparez vos armes. Demain nous quittons Gand pour aller à Bruges. Dans cinq jours votre sort sera fixé! J'enverrai les connétables des paroisses de maison en maison, pour choisir les plus valides et les mieux armées. A demain ! »

Toutes les portes de la ville furent aussitôt fermées, afin que rien ne transpirât au dehors de cette résolution désespérée. Ceci se passait un mercredi. Le lendemain jeudi à une heure après midi les portes se rouvraient, pour laisser passer cinq mille hommes déterminés, armés jusqu'aux dents, emmenant avec eux deux cents chariots portant l'artillerie , les munitions et tous les vivres consistant en cinq charretées de pain et deux tonneaux de vins. C'était tout ce qui restait en la ville.

Rien de navrant comme le départ de cette phalange, vouée à une extermination presque certaine. « Bonnes gens, leur cria-t-on en les accompagnant, vous voyez ce que vous laissez derrière vous. N'ayez nulle espérance de revenir, si ce n'est à votre honneur, vous ne retrouveriez rien. Si nous apprenons que vous êtes morts ou vaincus, nous bouterons

le fou en la ville et nous nous entreluerons tous M n

LOUIS DE MALE. 1382-13S3

Combat da Beverhoutsveld. — Déroute complète des Brugeois et du comte de Flandre. — Les Gantois entrent triomphalement à Bruges. — Le comte pour leur échapper est obligé de chercher la nuit un refuge dans une pau\re maison. — Dévouement de Régnier Campion et de la veuve Bruynaert. — Affreux massacres dans Bruges. — Louis de Mule reste caché sous un grabat jusqu'au lendemain soir. — Il parvient à fuir dans la cam pagne. — Rencontre qu'il fait du sire de Maerschaclk, un de ses chevaliers qui le cherchait depuis la veille.

— Il trouve dans un village une jument sur laquell: il gagne Roulers. — L'hôtelier du Cornet, en cette* ville, lui donne un cheval avec lequel il gagne Lille.

— Pillages à Bruges. — ■ L'hôtel du comte est saccagé de fond en comble. — Philippe van Artevelde, s'intitulant désormais Rewaert de Flandre, déploie un faste princier. — Le comte ne possède plus en Flandre que les villes d'Audenarde et de Tenremonde. — Daniel d'Halluin et ses compagnons, défenseurs d'Audenarde.

— Leur héroïque résistance. — Cent mille hommes de toutes les parties de la Flandre assiègent Audenarde.

— Le camp des Fl:-,mands devant cette ville présente l'aspect d'une grande cité. — Des halles, des comptoirs, des marchés, des tavernes y sont établis et tout abonde parmi les Flamands, — Assauts sans résultats malgré les machines extraordinaires qu'on y emploie.

— La grande bombarde d'Audenarde conservée d Gand. — Expéditions partielles que van Artevelde fait faire, durant le siège, à ses troupes dans la Flandre wallonne et dans-le Tournaisis. — Louis de Maie invoque le secours du roi de France et de son gendre le duc de Bourgogne. — Une grande armée se rassemble en Artois. — Vaines tentatives des Flamands pour renouer l'alliance anglaise et recevoir des secours du roi Richard II. — Artevelde écrit au roi de France et n'en reçoit pas de réponse. — Il repousse toute offre de médiation si toutes les villes fortes qui entourent Gand ne lui sont remises et démantelées et le siège d'Audenarde levé. — L'armée française passa la Lys à Comines, grâce à l'héroïsme de quelques chevaliers, et malgré la présence de van den Bossche et de neuf mille Gantois. — Van Artevelde laisse le commandement du siège d'Audenarde au sire d'Herzeela et s'avance en tête de soixante mille hommes au devant des Français. — Reddition d'Ypres et de Courtrai au roi de France. — On apprend que le peuple de Paris projette un nouveau soulèvement. — Les villes de Cassel, Berghes, Bourbourg, Gravelines, Furnes, Dunkerque, Poperinghe, Thourout et Messines, s'emparent des capitaines que le rewaert de Gand leur avait imposés, et pour trouver grâce devant le roi de France lui envoient ces capitaines qui sont aussitôt décapités. — Au milieu de tous ces évô-

(1) Chron. de J. Frolssart, ii, 203.

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oPl

nements le comte de Flandre est dédaigné et laissé â l'écart. — Pour l'humilier davantage encore, ses hommes d'armes sont placés sous l'autoiité des seigneurs français et il leur est défendu sous peine de mort de parler flamand. — Van den Bossche et Pierre de "Wintère soutiennent le courage des Brugcois et les exhortent à. ne point se rendre aux Français. — • Van Artevelde prend position aux environs de Roosebeke.

— Faute qu'il commet en quittant le siège d'Audenarde, ou, après l'avoir quitté, de ne pas se tenir à Courtrai sur le flanc de l'année française. — Celle-ci arrive entre Roulers et Courtrai à peu de distance des flamands. — Dispositions prises dans les deux armées pour livrer la bataille. — Nouvelle faute commise pur le rewaert de quitter une heure avant l'action la position avantageuse qu'il avait primitivement choisie. — Il donne enfin à ses troupes le conseil désastreux de rester pelotonnées et enlacées comme au combat de

' Beverhoutsveld. — Le premier choc des Flamands ébranle le corps d'armée où se trouve le roi. — Bientôt les Flamands pris en flanc par une manœuvre habile du connétable Olivier de Clisson, sont étouffés dans cette étreinte. — Les neuf dixièmes périssent asphyxiés,

— Boucherie afiTreuse qui s'en suit. — Le roi, après la bataille, fait rechercher le corps de Philippe van Arte velde, qui était mort étoufl'é comme les autres. — • Il le considère un moment, puis le fait peaidre à un arbre.

— Efl'et produit en Flandre par le desastre de Roosebeke. — Bruges implore sa grâce du roi. — Conditions faites à cette ville. — Faute capitale du roi de France de ne pas se porter immédiatement sur Gand. — Il se borne à, mettre Courtrai à feu et à sang après en avoir enlevé les trophées de la bataille de Groninghe. — Le roi se rend ensuite à Tournai pour y passer les fêtes de Noél et licencie son armée. — Van den Bossche, Ackerman et de Wintère relèvent à Gand la bannière de l'insurrection et convoquent de nouvelles forces dans les provinces voisines. — Louis de Maie, retiré à Lille, ordonne de rombreux supplices et des confiscations plus nombreuses encore. — Profitant de la domination française qui pesait sur la Flandre, il annule les franchises et libertés de toutes les villes qui s'étaient soumises à cette domination. — Nouveaux sujets de discorde suscités par la querelle des Urbanistes et des Clèmentins. — Les Flamands et le comte lui-même, partis ns du pape de Rome, Urbain VI ; tandis que les Français soutiennent le pape d'Avignon, Clément VIL — Croisade prêchée en Angleterre par l'évêque de Norwich, Henri Spencer, contre les Clèmentins. — Il dirige une expédition contre la Flandre, sous prétexte qu'elle est au pouvoir des Clèmentins.

— Ackerman et les Gantois lui viennent en aide. — Ils attaquent vainement la ville d'Ypres. — Une nouvelle armée française se dirige vers la Flandre. — La

- croisade se dissout, tandis que les Gantois prolongent la résistance et s'emparent d'Audenarde par ruse. — Projets de paix entre la France et l'Angleteri-e, fatiguées de luttes stériles. — Ils n'aboutissent qu'à une trêve. — Louis de Maie insiste vivement pour que les Flamands révoltés n'y soient pas compris. — Dures et injurieuses remontrances que lui adresse à ce sujet le duc de Berry. — Les Flamands sont définitivement compris dans la trêve. — Profonde douleur du comte en voyant tout son espoir et ses projets de vengeance

anéantis. — Abattu et dévorant son affront, il se retir? à Saint-Omer frappé à mort. — Son testament. — Il expire le lendemain. — Obsèques magnifiques que son gendre le duc de Bourgogne lui fait faire, dans l'églisede Saint-Pierro de Lille. — Conclusion.

Los cinq raille Gantois qui se sacrifiaient ainsi au salut commun ne se précipitèrent point cette fois témérairement au devant du danger, ainsi qu'ils avaient Thalùtude de le faire dans leurs précédentes expéditions, mais s'acheminèrent vers Bruges lentement et sans bruit avec une sorte d'austère et froide résolution, comme des gens pénétrés de l'inébranlable volonté de vaincre ou de mourir. Le soir de leur départ, ils allèrent camper à une lieue et demie seulement de Gand, près de Somergheni, sans toucher à leurs faibles provisions. Le vendredi, lout le jour, ils s'avancèrent encore, vivant des seules ressources qu'ils trouvaient sur la route, et vers le soir, ils prirent position à une lieue de Bruges dans les bruyères de Beverhoutsveld derrière un vaste étang, se fortifiant du côté de la terre ferme avec leurs deux cents chariots.

Le samedi 3 mai, fête de sainte Hélène, le soleil s'était dès l'aube montré radieux, et tout annonçait que la procession du Saint Sang de Notre-Seigneur qui, ce jour-là, devait avoir lieu à Bruges, attirerait un grand concours de peuple. En effet, dès le matin, l'afiiuence était considérable, mais une nouvelle étrange circulait par la ville. On disait que de nombreux Gantois venaient à la procession ; bientôt, on sut qu'il ne s'agissait pas d'une troupe de pèlerins amenés par des motifs pieux, mais d'un corps armé considérable et d'un inquiétant aspect. Une vive agitation se produisit alors. On parlait d'aller sur-le-champ attaquer les Gantois. Le comte de Flandre qui se tenait en son hôtel fut aussitôt informé de ce qui se passait. « Voilà des gens bien outrageux et bien fous, dit-il ; leur mal chance les pousse. Pas une n'échappera et nous aurons ainsi la fin de la guerre. « Il entendit sa messe à l'issue de laquelle tous les chevaliers de Flandre, d'Artoisie et de Hainaut qui le servaient vinrent en foule prendre ses ordres. « Allons combattre ces méchantes gens, leur dit-il. Encore sont-ils vaillants puisqu'ils aiment

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