‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 227 sur 236 · I.OTJIS DE MA1,E · texte numérisé non relu

I.OTJIS DE MA1,E

du Hainaut, du Bradant, de Lioge et d'Allemagne circulaient sans cesse au milieu de ces milices urbaines, donnant une animation nouvelle aux transactions et aux affaires d'intérêt que les Flamands, toujours industrieux et spéculateurs, ne manquaient sans doute pas de traiter nonobstant leurs belliqueuses préoccupations et chaque fois qu'ils en trouvaient l'occasion.

Dans l'intérieur d'Audenarde, messire Daniel d'Halluin ne négligeait pas non plus les moyens propres à assurer la plus opiniâtre résistance. Il fit d'abord distribuer exactement à chacun, avec une parfaite égalité, la part de provisions de bouche dont on pouvait disposer. Tous les chevaux furent renvoyés. On tua tous les chiens. Une partie des femmes et des enfants dut sortir de la ville ; l'autre fut confinée dans les monastères et dans les églises ; toutes les maisons près des remparis furent abattues ou couvertes de terre pour éviter les incendies que le feu de l'artillerie ne manquerait pas d'allumer.

Bien qu'ils eussent tout intérêt à ménager leurs forces devant un ennemi vingt fois supérieur en nombre, les valeureux défenseurs d'Audenarde, dans leur chevaleresque ardeur, ne pouvaient s'empêcher de faire de fréquentes sorties et d'escarmoucher avec les avant-postes, toujours avec succès, tuant beaucoup de monde aux assiégeants et ramenant de nombreux prisonniers. Artevelde aurait voulu pouvoir enlever la ville de force; mais la science de l'artillerie alors dans son enfance ne fournissait point encore les moyens de battre les murailles en brèche et les assauts devenaient presque impraticables, car il y fallait sacrifier beaucoup de monde, et le plus souvent en pure perte. Le rewaert savait d'ailleurs que la garnison d'Audenarde manquerait bientôt de vivres, et il espérait en temporisant la prendre par la famine. La majeure partie de l'été se passa ainsi, et pôtir donner à tout son monde de l'occupation, Artevelde fit faire des expéditions partielles dans la Flandre wallonne et dans le Tournaisis. Aucune demeure de gentilhomme ne resta debout dans ces contrées, à commencer par le château de Maie dont les routiers achevèrent la destruction

et le pillage. Ils en abattirent jusqu'à la chapelle dont ils emportèrent la cloche. Ils poussèrent ensuite vers Lille où ils jetèrent bas nombre de moulins à vent qui dès lors comme aujourd'hui entouraient la ville.

Durant ce temps les Gantois cherchaient tous les expédients possibles pour en finir avec Audenarde dont la résistance héroïque les exaspérait. Ils imaginèrent de construire un engin de vingt pieds de haut et autant de large, sur quarante de longueur et qu'on appelait alors un inouton, destiné à lancer de gros blocs de pierre dans la ville. Ils firent aussi une bombarde « merveilleusement grande, dit Froissart, laquelle avoit cinquante-trois pouces de bec et jetoit carreaux merveilleusement grans et gros et pesants; et quand cette bombarde descliquoit on l'oyoit par jour bien de cinq lieues loin, et par nuit de dix, et menoit si grand'noise au descliquer que il sembloit que tous les diables de l'enfer fussent au chemin. .• C'est ce monstrueux canon qui se voit encore de nos jours à Gand prés de la place du Vendredi. Enfin une autre machine lançait dans Audenarde de la fonte brûlante ou en fusion'. Tous ces moyens destructeurs n'ébranlèrent pas l'attitude de Daniel d'Halluin et de ses compagnons d'armes quoiqu'ils fussent réduits aux plus dures privations, il

Tandis qu'Artevelde voyait ainsi se briser toute sa puissance contre les murs d'Audenai^de, le comte de Flandre, qui de Lille s'était retiré à Hesdin dans son comté d'Artois, ne restait pas inactif et opposait aux coups de la fortune qui l'avait si cruellement frappé, toutes les ressources que sa situation [louvait lui suggérer. On a vu que jusque-là le roi de France et son gendre, le duc de Bourgogne, l'avaient laissé seul aux prises avec son peuple en insurrection, soit que n'éprouvant point beaucoup de sympathie pour un prince qui n'en méritait guère ils ne jugeassent pas à propos de lui venir en aide, soit plutôt que les difficultés intérieures ne permissent pas d'aller porter la guerre en Flandre. Ces difficultés, cependant, provenaient d'une cause commune, car les soulèvements populaires de Paris, de Rouen

(1) Chron. de J. Froissart. ii, 2H.

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