‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 228 sur 236 · CHAPITRE xxvr · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxvr

et de plusieurs autres villes du rojaume n'étaient que le contre-coup de la révolution flamande qui menaçait d'ébranler partout les bases du pouvoir féodal, il y avait donc aussi péril commun, et en s'adressant cette fois au duc de Bourgogne, dont les intérêts personnels étaient d'ailUeurs sérieusement engagés, puisque le riche héritage du comté de Flandre était sur le point de lui échapper, Louis de Maie avait la certitude d'obtenir un concours sur lequel il n'avait pu jusqu'alors compter. Il se rendit à Bapaume oîi se trouvait alors le duc son gendre, et lorsqu'il lui eut exposé ses doléances : « Monseigneur, lui dit le duc, par la foi que je vous dois ainsi qu'au roi, vous serez vengé ou nous perdrons tout le demeurant, car c'est une indignité que toute cette ribaudaille gouverne un pays comme la Flandre. Toute chevalerie et gentillesse en pourroit être détruite et honnie et par conséquent sainte chrétienté ^ »

Cette parole réconforta le comte et lui amollit tellement le cœur qu'à Gon retour et passant à Arras où étaient détenus deux cents otages qui s'attendaient à être d'un jour à l'autre décapités, il les fit mettre sur-le-champ en liberté et leur donna même l'argent nécessaire pour regagner leurs foyers.

A peine Louis de Maie était-il rentré dans son comté d'Artois, que le duc de Bourgogne se rendait à Senlis où se tenait alors le roi Charles VI avec ses oncles les ducs de Berry et de Bourbon. Il était accompagné de Gui de la Trémouille et de Jean de Vienne, amiral de France. Il s'entretint d'abord des affaires de Flandre avec le duc de Berry ; les deux princes convinrent qu'elles entraînaient uie telle ï-esponsabilité à cause des conséquences qu elles pouvaient avoir, qu'il y avait urgence de convoquer les prélats et les nobles du royaume afin que les mesures à prendre eussent l'assentiment général et le concours unanime de tous les grands vassaux. Leur conférence durait encore lorsque le jeune roi entra tout à coup, l'épervier sur le poing, dans la salle où ils se trouvaient « De quoi parlez-vous donc,

(i; Chron. de J. Frohaart, il, ;1Ç,

beaux oncles, demanda-t-il. Dites-le-moi, si toutefois je le puis savoir. '> Alors le duc de Berry lui fit le récit des étranges et malheureux événements dont la Flandre était le théâtre. Puis quand il lui eut retracé l'état de cette province que la rébellion avait presque tout entière envahie et qui eût été déjà presque complètement perdue sans l'héroïsme des défenseurs d'Audenarde. « Qu'en dites-vous, sire? ajouta-t-il. Voulez-vous aider votre cousin de Flandre à reconquérir son héritage que des vilains orgueilleux, méchants et cruels veulent lui ravir? » « Par ma foi, beaux oncles, reprit le monarque enfant, j'en ai le plus grand désir. Allons en Flandre. Pour Dieu il me tarde de prendre les armes. Car si je veux régner en puissancfe et en honneur, il faut bien que je m'apprenne à les porter^. »

Le duc de Bourbon arriva bientôt après. On lui dit le bon vouloir du roi. La guerre de Flandre fut dès lors décidée. Il ne manquait plus que l'adhésion des grands du royaume. Un parlement fut assigné à Compiègne pour la réclamer et combiner les moyens de donner à cotte grande entreprise toutes les chances possibles de succès.

Van Artevelde pressentait le prochain orage qui s'amoncelait sur la Flandre, et dans son impuissance à réduire Audenarde ne se dissimulait pas les périls de sa situation. Il résolut pour les conjurer de s'adresser d'abord au roi de France lui-même, en le priant d'intervenir pour opérer une réconciliation. L'arrestation du héraut qu'il avait envoyé à Senlis sans sauf-conduit préalable fut la seule réponse qu'on lui fit. Puis un peu plus tard, il se tourna vers le roi d'Angleterre auquel il se hâta d'envoyer une ambassade composée des quatre plus notables citoyens de Gand, Bruges et Ypres. François Ackerraai les accompagnait. Moins habile que ne l'avait été le sage boiirgeois de Gand son père, dans ses négociations, il réclamait du roi Richard II non-seulement une intervention armée, mais la restitution de deux cent mille écus vieux prêtés quarante ans auparavant par .Jacques van Artevelde et les Flamands au roi d'Angleterre.

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LOUIS DE MALE

On n'accorda naturellement ni hommes ni argent, comme on le veiTii ci-après.

Cependant, soii qu'on craignît le renouvellement des anciennes alliances de la Flandre avec l'Angleterre, soit plutôt qu'on désirât, au moyen de négociations, gagner du temps pour achever les préparatifs de guerre, tout en tenant les Flamands dans l'indécision et les empêchant de se livrer à de nouveaux excès, ou enfin dans l'une ou l'autre de ces deux hypothèses à la fois, on^ relâcha le héraut retenu à Senlis, et l'on envoya même des commissaires à Tournai pour recevoir, le cas échéant, les nouvelles ouvertures que le rewaert voudrait faire et même pour les provoquer au besoin. Ces commissaires étaient les évêques de Beauvais, d'Auxerre et de Laon, les sires Guy de Honnecourt et Tristan-du-Bois.

Lors de leur arrivée , Artevelde avait entamé avec l'Angleterre les négociations dont nous avons parlé, et l'on ignorait encore le résultat qu'elles devaient avoir, ce qui explique pourquoi le rewaert avait déclaré qu'il ne traiterait plus désormais avec la France , sans qu'Audenarde et Tenremonde qui était aussi occupée par une garnison féodale, ne se fussent rendues. Les envoyés français avaient appris à Tournai cette prétention nouvelle et pensant, non sans raison, qu'elle émanait uniquement de van Artevelde et di»s chefs Gantois de son entourage, ils avaient jugé bon de formuler un message circulaire et collectif ainsi adressé :

« A Philippe d'Artevelde et à ses compagnons et aux bonnes gens des trois bonnes villes de Flandre et au Franc de Bruges.

» Plaise vous savoir, disaient-ils, que le roi, notre sire, nous a envoyés en ces parties pour paix et accord faire, comme souverain seigneur, entre noble prince monseigneur de Flandre, son cousin, et le pays de Flandre. Car commune renommée court que vous cherchez à faire alliance avec le roi d'Angleterre et les Anglois , laquelle chose est contre raison et au préjudice du royaume de France et de la couronne ; et ne le pourroit le roi souffrir aucunement. Pourquoi nous vous requérons, de par le

roi, que vous nous veuilliez sauf-conduit baillier et envoyer, allant et venant, pour cette paix faire et mener à conclusion bonne, si que le roi vous en sache gré. Notre sire vous veuille garder.

» Ecrit à Tournai, le seizième jour du mois d'octobre. »

On voit qu'il n'est ici question que de l'alliance avec l'AngleterKe. Artevelde qui, à n'en pas douter, comptait alors sur cette alliance, ouvrit la lettre, la lut et n'en fit que rire. « Je crois que ces gens de France se truffent demoi, » ajouta-t-il, et il ordonna que le messager fût retenu et jeté en prison. Il est évident aussi à cette attitude et à ce langage qu'il avait conçu un violent dépit de ce que la lettre ne lui eût pas été personnellement adressée , mais aussi à ses compagnons et aux bonnes gens de toutes les bonnes villes flamandes, au mépris de l'autorité souveraine qu'il prétendait s'arroger exclusivement en sa qualité de dictateur. Quand il eut appris que les messagers des envoyés du roi de France avaient été également arrêtés par les capitaines gantois qui commandaient à Bruges et à Ypres. " C'est bien fait, « dit-il.

Puis, sous l'empire d'une colère concentrée, il se mit à rédiger une réponse dans laquelle après avoir exposé que le roi de France en lui proposant aujourd'hui un accord qu'il avait naguère repoussé ne lui paraissait pas sincère, il ajoutait : « Sachez que nul traité n'est à poursuivre entre vous et le pays de Flandre, à moins que les villes et les forteresses fermées contre le pays de Flandre et nommément et expressément contre la bonne ville de Gand, dont nous sommes reioaert , seront, à la volonté de nous rewaert de Flandre et de la dite ville de Gand, décloses et ouvertes à la volonté de nous reioaert de la dite ville. Et si ce n'est premier fait, nous ne pourrions traiter à la manière que vous requérez; il ne nous convient que le roi puisse assembler grande puissance pour l'aide de son cousin notre seigneur, car nous voyons et savons que fausseté il y a, ainsi que autrefois y a eu ; dont notre intention est de être sur notre garde et défense, si comme nous sommes prêts et attendons. Et il trouvera l'armée appareillée pour nous

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