‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 24 sur 236 · CHAPITRE IlL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IlL

principaux personnages et les enferme rigoureusement à Laon.

De tels succès commençaient à inquiéter beaucoup le prétendant : il vit bien qu'il ne viendrait pas facilement à bout de Chai'les s'il n'employait d'autres moyens que la force. Il noua donc des intelligences avec le vieux traître Ascelin, comme l'appelle un très-ancien chroniqueur flamande Cet Ascelin, qui plus tard changea de nom et se fit appeler Adalbéron, était évêque de Laon, et de plus conseiller intime de Charles, qui jamais n'avait conçu le moindre soupçon contre cet indigne prélat. Ce fut lui qui consomma la ruine des derniers enfants de Charleraagne : aussi son nom est-il resté en exécration dans les provinces du nord de la Gaule, oîi la cause des Carlovingiens avait inspiré de vives sympathies.

La nuit du jeudi-saint, à l'heure où chacun est plongé dans le sommeil, .un des portiers de la ville, gagné par l'évêque, ouvrit, à un signal convenu, la porte qui se trouvait la plus voisine du palais épiscopal. Hugues et ses hommes d'armes pénétrèrent alors facilement dans la cité , la torche d'une main, i'épée de l'autre. Charles et sa femme, brusquement réveillés par le bruit du massacre, songeaient à fuir, quand des soldats, survenant aussitôt, les saisissent dans leur lit, les enchaînent, et, par ordre de Hugues, les conduisent au château d'Orléans où une forte tour leur devait servir de prison^.

Le duc de Basse-Lorraine avait deux fils qui furent proclamés roi par les seigneurs du parti de leur père. Poursuivis par Hugues, ils se réfugièrent d'abord en Aquitaine, puis auprès de l'empereur Othon en Germanie, où Charles alla les rejoindre lorsqu'il fut délivré de prison. H ne vécut pas longtemps dans l'exil; et il paraît que sa postérité masculine ne tarda pas non plus à s'éteindre. Quoiqu'il en soit, Hugues n'attendit point la mort de Charles ni l'anéantissement de la race de ce dernier pour se mettre la couronne sur la tête. H fit plus encore : ayant convoqué à Orléans les feudataires de France et de Bourgogne, il leur ordonna de

(1) Andréas Marcianensis, lib. ii. f^] Ibid.

reconnaître le jeune Robert, son fils, comme l'héritier du trône.

Le marquis des Flamands, vivement irrité de la spoliation dont sa famille venait d'être la victime, ne voulut d'abord reconnaître ni Hugues, ni son fils Robert. Hugues menaça d'envahir la Flandre ; et, passant bientôt de la menace à l'exécution, il vint, suivi d'une armée puissante, attaquer les parties occidentales, où il brûla partout les champs et les villages. Il prit même, dît-on, quelques châteaux et villes, entre autres le bourg d'Arras ; mais il les rendit peu de temps après, car Arnoul, jugeant la cause des Carlovingiens à jamais perdue, se décida enfin, à la persuasion du duc Richard de Normandie, à reconnaître le jeune Rol)ert. La même année, le 30 mars, Arnoul mourut prématurément dans la fleur de l'âge, laissant pour successeur un jeune fils du nom de Bauduin, issu comme nous l'avons dit, de son mariage avec Suzanne, fille de Bérenger, roi d'Italie.

Des troubles intérieurs survinrent en Flandre pendant la minorité de cet enfant, connu dans les annales flamandes sous le sobriquet de Bauduîn-à-la-Barbe, ou Bauduin-Belle- Barbe, titre qu'il prenait quelquefois luimême dans ses diplômes.

. Lesinvasions réitérées des barbares avaient nécessité la construction d'un grand nombre de bourgs ou châteaux-forts. En France on' en rencontrait beaucoup, mais ils étaient encore plus multipliés dans les marches septentrionales des Gaules. Les marquis, depuis Bauduin-Bras-de-Fer, en avaient établi plusieurs sur difierents points du territoire flamand, en leur donnant des commandants qui prirent le nom de châtelains ou vicomtes : titres qu'ils abandonnèrent plus tard. Leur autorité s'étendait sur une assez grande portion de pays autour de leur forteresse. Représentants du souverain, ils exerçaient en son lieu et place un double pouvoir, militaire et judiciaire. Des empiétements successifs les rendirent par la suite fort redoutables et obligèrent quelquefois les comtes à réprimer leurs rébellions à main armée.

Dès l'époque qui nous occupe, un de ces délégués était devenu assez puissant déjàpour chercher à se rendre indépendant et à sou-

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