BAUDUIN-BELLE -BARBE
lever les populations'. Eilbodon, châtelain de Courtrai, homme de noble origine, abusant de la faiblesse du jeune Bauduin, s'empara de toute la châtellenie, dont il fit un comté à part, après avoir octroyé aux habitants certains avantages au prix desquels il sut se concilier leur appui. Il leur fit en outre promettre de résister à Bauduin, si ce dernier venait un jpur à vouloir revendiquer ses droits sur le bourg de Courtrai.
Eilbodon se maintint en cet état de révolte pendant un certain temps ; après quoi il vint à mourir. Bauduin, alors en âge de porter les armes, songea à reconquérir la portion de territoire qui lui avait été si audacieusement enlevée. Les habitants d'Harlebeke, ville peu éloignée de Courtrai, étaient toujours restés fidèles au marquis, ce qui leur avait valu de la part des Courtraisiens de fréquentes agressions.
Quand ces derniers eurent appris les intentions de Bauduin, ils imaginèrent d'envoyer, la nuit, quinze conjurés mettre le feu tout autour d'Harlebeke pour punir cette ville de son obéissance obstinée au souverain légitime. Les flammes, excitées par un vent violent, envahirent la ville, dont les maisons en bois adhérentes les unes aux autres prirent feu rapidement. L'incendie se développa avec une effrayante activité, gagna l'église de Saint-Bertulphe et la dévora sans qu'il fût possible, de rien sauver des objets qu'elle contenait à l'exception toutefois des reliques du saint patron qui furent, comme par miracle, retrouvées presque intactes^.
Cette découverte fit sensation en Flandre; elle ranima le zèle des populations, qui, indignées de la rébellion des bourgeois de Courtrai et surtout de la cruauté sacrilège avec laquelle ils avaient brûlé Harlebeke et son église, vinrent bientôt se joindre à Bauduin pour les mettre à la raison. Le châtelain Eilbodon n'était plus là pour alimenter la révolte : les bourgeois n'y avaient persisté, depuis la mort de ce dernier, que dans la crainte du châtiment qui les attendait. Quand ils se virent complètement isolés, quand il ne leur resta aucun espoir d'être secourus,
(1) Vita s. Berlulphi. ap. Acla SS. Belg. v. 483.
(2) nui.
ils se soumirent ; et de longtemps les châtelains, en Flandre, n'osèrent plus fomenter d'insurrections. Il est probable que le marquis Bauduin châtia les Courtraisiens de manière à ôter aux bourgeois en général l'envie de servir les projets ambitieux des barons.
Au temps où Bauduin réprimait ces dissensions intestines, mourut le dernier des Carlovingiens, Othon, fils du roi Charles. Ainsi que nous l'avons dit, l'empereur avait accueilli les enfants fugitifs du maliieureux prisonnier de la tour d'Orléans : il avait même donné le duché de Lorraine au jeune Othon, dont le père et le frère avaient déjà fermé les yeux : car la mort s'était fait à propos la complice de l'usurpation capétienne. Othon laissait deux sœurs, l'aînée, Ermengarde, mariée à Albert, comte de Namur, et la cadette, Gerberge, à Lambert, frère-germain de Rainier, comte de Mons ou du Hainaut. Bauduin aurait voulu que ces deux princesses ou plutôt leurs maris héritassent de la Lorraine. Mais Henri dit le Saint, roi de Germanie, qui avait succédé à Othon III, donna ce duché à Godefroi d'Einham, lequel, pendant l'exil des frères Rainier et Lambert, avait possédé le Hainaut. •
Les faveurs dont Godefroi semblait l'objet excitèrent l'enviedeplusieurs seigneurs puissants, qui refusèrent de reconnaître le nouveau duc. Le plus ardent de tous fut lejeune prince flamand.
Il franchit l'Escaut, fleuve qui formait la séparation naturelle du Hainaut d'avec la Flandre, et, suivi de nombreux chevaliers et hommes d'armes, vint mettre le siégo devant la ville de Valenciennes, où commandait alors, pour l'empereur, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un comte du nom d'Arnoul.dont la domination s'étendait également sur le Cambrésis. Il s'en empara sans beaucoup de peine ; car le nouveau duc de Lorraine, Godefroi, était alors éloigné de ces lieux et Arnoul n'avait que peu de troupes sous ses ordres 3. De Valenciennes, qu'il fortifia et où il laissa bonne garnison, il se jeta sur Eenham, sur Brachant et sur plusieurs villes du Hainaut, qu'il enleva; puis il
(3) Bald. 'Chron. Cam. et Atr., 189.