CHAPITRE III
alla s'emparer de ce château impérial de Gand bâti sous Arnoul-le- Vieux ^et qui se dressait menaçant contre la ville de Gand, la plus considérable des cités flamandes dès cette époque' . De là il se porta sur le Cambrésis, terre relevant de l'empire, comme on sait, et il y fit un grand dégât, sans oser cependant attaquer la ville, qui, depuis le siège des Hongrois, avait relevé ses murs et fortifié son bourg de manière à le rendre presque inabordable.
Irrité de ces actes d'audace, l'empereur Henri somma à plusieurs reprises Bauduin decomparaître devant lui, afin de se justifier dans l'assemblée des grands vassaux. Le marquis ne fit nul cas de ces sommations et répondit qu'il ne se reconnaissait pas vassal de l'empereur, mais du roi de France seulement. En effet, à cette époque aucun lien féodal n'unissait encore les princes flamands aux empereurs et à l'empire d'Allemagne.
Lorsque le roi de Germanie connut l'obstination de Bauduin, il entra rapidement en Hainaut et vint investir le Flamand dans Valenciennes. D'autre part, Robert, roi des Francs, et Richard de Normandie lui arrivèrent comme auxiliaires ; mais les eff'orts combinés de ces trois puissants personnages ne purent rien contre la valeur opiniâtre de Bauduin^. Il se défendit avec tant de courage que, de guerre lasse, les princes alliés finirent par lever le siège et s'en allèrent. Bauduin avait soupçonné l'évêque de Cambrai, Herluin, d'avoir été l'instigateur de ce siège en excitant le courroux du roi de Germanie : il se montra trôs-irrité contre ce prélat et menaça de lui faire sentir les effets de sa vengeance, à lui et à toute la contrée qu'il administrait^. L'évêque effrayé confia le gouvernement de Cambrai à ses archidiacres et aux principaux de ses chevaliers, et pour échapper aux violences qu'il redoutait de la part du marquis, il se retira près de son souverain le roi de Germanie.
Vers l'été de l'an 1007, ce dernier, à l'instigation de l'évêque Herluin, résolut de châtier Bauduin et se remit en campagne. A son armée se joignit Notger, évêque de
(1) Charte de l'an 1030. Mirœus i, 349.
(2) Bald. Chron. Camer. et Atr. 189;
(3) ma.
Liège, et sans doute aussi quelques autres feudataires lorrains. Henri fit de grands ravages en Flandre, ne perdant pas son temps autour des villes et des châteaux, mais brûlant les villages et les ^ moissons, enlevant les paysans, qu'il envoyait au fond.de l'Allemagne ; faisant prisonniers tous les gens de condition noble, afin d'en tirer rançon ; prenant les denrées et le bétail, ruinant enfin la contrée de fond en comble.
Un auteur contemporain compare cette marche de l'empereur à l'invasion des sauterelles en Egypte ''. Le même écrivain rapporte que quatre soldats impériaux, ayant voulu dans ces circonstances et nonobstant la résistance d'un prêtre du lieu, nommé Adalbert, dépouiller la chapelle de Saint- Liévin à Holthem en Brabant^, devinrent subitement aveugles et se mirent à demander à grands cris qu'on les emmenât hors de l'église. Le roi Henri, que sa piété éleva plus tard au rang des bienheureux, fut trèstouché de ce prodige. Revêtu d'un humble cilice et couvert de cendre, il se prosterna devant l'autel où s'était commis le sacrilège, fit amende honorable, pria pour le succès de son expédition et accorda de grandes largesses à la chapelle de Saint-Liévin®.
Henri se trouvait tellement en force, que les hommes d'armes disséminés çà et là dans les bourgs et les châteaux n'osaient pas sortir pour s'opposer à la marche calamiteuse du prince germain. Bauduin lui-même n'essaya point de l'arrêter. Il se tenait, avec le plus de gens armés qu'il avait pu rassembler, dans la ville de Gand et dans le château impérial dont il s'était emparé l'année précédente; car il prévoyait bien que le roi Henri tenterait de ressaisir cette importante position. En effet, au mois d'août, ce dernier arriva à Gand, qu'il investit ainsi que le château. Ses attaques les plus vives portèrent sur cette forteresse. Mais il ne put s'en rendre maître; et Bauduin, eut, comme à Valenciennes, la satisfaction de voir s'éloigner une armée nombreuse, commandée par le plus puissant prince qu'il y eût peut-être alors dans la chrétienté.
(4) Acta translationis. S. Livini, op. Acta SS. Belgii, m, 131. (5) Aujourd'hui Sinte-LievensHoulthem.
(6) Acta transi. S. Livini, loco citato.