CHAPITRE IV
aux armes, il forma une ligue puissante entête de laquelle se mit Bauduin V. Outre les liens de parenté qui l'unissaient à Godefroi, Bauduin n'était pas fâché de trouver une occasion de s'affranchir du joug impérial, comme son père avait jadis tenté de le faire. Thierri, comte de Hollande, que le marquis des Flamands venait de combattre, entra également dans cette alliance ; car il était en ce moment-là menacé de la colère impériale à cause de certains empiétements sur l'évêché d'Utrecht. Enfin Herman de Saxe, qui avait épousé l'unique héritière du Hainaut, Richilde, fille de RainierV, embrassa le même parti.
A la nouvelle d'une confédération aussi menaçante, Henri III réunit de grandes forces et entra dans la Basse-Lorraine. Richilde, femme altière et absolue, dont nous aurons bientôt à parler, ne fut point d'avis que son mari s'associât à une ligue dont les résultats lui paraissaient douteux. Herman ne tint pas compte des volontés de sa femme ; et celle-ci, froissée dans son amour-propre, projeta, dit-on, de livrer à l'empereur un époux pour lequel elle n'avait pas plus d'estime que d'aff"ection. Richilde s'adressa même à révêque de Liège afin qu'il favorisât l'exécution de son dessein ; mais l'éveque ne voulut pas prêter les mains à une intrigue de cette nature. Il engagea, au contraire, la comtesse de Mons à changer de tactique, et à tenter de vaincre l'obstination d'Herman par la douceur et la persuasion. Elle y réussit, car à une grande énergie, elle savait joindre, au besoin, beaucoup d'adresse et d'astuce ^ ; et en même temps que Henri III passait le Rhin, Herman faisait rentrer ses troupes dans le Hainaut.
Bauduin plus qu'aucun des autres coalisés fut indigné d'une telle défection et se chargea seul d'en tirer vengeance. Tandis que l'empereur était arrêté avec sa flotte dans lespassages difficiles de la Meuse queThierri de Hollande lui disputait, le marquis flamand traversa l'Escaut, se jeta sur le comté d'Eeham, héritage de Richil'C, enleva le
(I) Gislcb, chron. ap. Bouquet, xili, 543. — L'istore des comtes de Flandre, msc. de la Bibl. Imp. no 455. fol. 53, 2e col.
château de ce nom, et, après l'avoir pillé, y mit le feu. Il s'empara ensuite de tout le comté et bâtit près d'Audenarde une forteresse destinée à protéger sa conquête. Herman, trop faible pour résister au Flamand, sollicita une transaction au moyen de laquelle il reçut, en dédommagement de ce que Bauduin lui avait pris, l'ancien canton nommé l'Ostrevant, dont la capitale était Bouchain, et en outre quelques parties que Bauduin occupait encore dans le comté de Valenciennes. Ces divers éléments ont contribué depuis à la formation du Hainaut moderne.
Lorsqu'il eut ainsi châtié le comte Herman, Bauduin rejoignit Godefroi de Lorraine et Thierri de Hollande; et tous les trois se mirent à la poursuite de l'empereur, qui, n'ayant pas été heureux dans cette guerre, rejoignait ses Etats avec ce qui lui restait de troupes. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à Nimègue, dont ils incendièrent le magnifique palais bâti par Charlemagne^; puis, ils se séparèrent. Godefroid entra par les Ardennes dans le comté de Verdun, flef impérial au pouvoir de sa famille depuis un certain temps déjà, et que l'empereur venait de reprendre pour le donner à l'éveque même de Verdun, nommé Richard^. Verdun fut alors saccagé, et la belle église de Notre- Dame réduite en cendres''.
Quant à Bauduin, revenu en Flandre, il songea à reprendre le château de Gand, qui, après la mort de Bauduin-Belle-Barbe, était retourné à l'empereur; car il parait que primitivement cette forteresse et le territoire auquel elle commandait n'étaient concédés qu'en bénéfice viager, ainsi, du reste, que la plupart des fiefs impériaux à cette époque. Bauduin entreprit donc le siège du château de Gand, qui opposa une énergique résistance à ses attaques, mais dont il finit par s'emparer.
En Lorraine et sur les bords du Rhin, do la Moselle et de la Meuse, les progrès de Godefroi devenaient de plus en plus importants. Thierri, comte de Hollande, agissait de concert aveclui. Mais cet allié lui mau-
(2) Lamb. Schafn. (3) Moscou, i, 325.
(4) Sigeb. Gembl, ann, 1047, ap. Bouquet, xi, 1G4.