BAUDUIN-BRAS-DE-FER
BAUDUIN-LE- CHAUVE
et à mesure que les tristes successeurs de Charlemagne se disputaient entre eux, en le morcelant, l'héritage du grand monarque.
Dans un des actes nombreux de partage qui eurent lieu à cette époque, se trouvent désignés pour la première fois, depuis les anciennes circonscriptions épiscopales établies par Honorius, les noms des cantons dont se composait la partie septentrionale de la seconde Belgique des Romains. Il y en avait treize : la Hasbaie, le Brabant, la Flandre, le pays des Ménapiens, le Mélantois, le Hainaut, l'Oslrevant, l'Artois, le pays de Térouane, le Boulonais, Quentovic, le Cambrésis, le Vermandois.
Ces provinces étaient annexées au royaume attribué par Louis-le-Débonnaire à son fils Louis dit le Germani(|ue.
Il serait fort ditïicile d'établir exactement les délimitations géographiques de tous ces cantons : elles ont souvent varié selon la bonne ou mauvaise fortune des occupants, et selon d'autres causes qu'il n'est plus possible de bien apprécier aujourd'hui.
Quant à la Flandre, dont le nom, connu seulement depuis le sixième siècle , est resté pour désigner d'une manière générique la majeure partie de ces provinces, elle ne comprenait primitivement que la ville de Bruges et ses environs jusqu'à la mer. Ce petit territoire devint bientôt le point central d'une principauté plus considérable qui s'agrandit bientôt et àlaquelle il donna son nom, comme l'Ile-de-France laissa le sien au vaste royaume des descendants de Hugues-Capet.
Le forestier Ingelram était mort et son fils Bauduin-Bras-de-Fer se trouvait investi de lacharge paternelle. Il avait, paraît-il, été élevé dès son jeune âge à la cour du roi des Francs et s'était lié d'amitié avec Louis, fils de Charles-le-Chauve, qui plus tard devint roi lui-même sous le nom de Louis-le-Begue. Non loin des marches flamandes, existaient les villas royales de Compiègne, Senlis et Verberie au milieu d'immenses forêts où, à certaines époques de l'année, les rois Francs se livraient avec leurs leudes à ces grandes chasses presque guerrières qui formaient leur plaisir favori. Le forestier flamand y assistait souvent. Il y vit une jeune fille
du roi, nommée Judith, et résolut de l'épouser. Mais leur mutuelle affection, que Charles-le-Chauve ignorait d'ailleurs, devait être bientôt sacrifiée à des raisons politiques. Le roi des Anglo-Saxons de Wetsex, ^thelwulf, passant parles Gaules au retour d'un voyage qu'il avait fait à Rome, remarqua Judith à la cour de son père, la demanda pour épouse et l'obtint quoiqu'elle fût très-jeune encore. La cérémonie nuptiale se fit au palais même de Verberie et le mariage fut béni par Hincmar, archevêque de Reims.
La fille de Charles-le-Chauve était, pour son siècle, une femme remarquable.
« Peu de mariages de nos souverains, dit un historien des Anglo-Saxons, ont eu des conséquences plus importantes pour la gloire et le bonheur de l'Angleterre que celui d'^thelwulf et de Judith. Alfred, fils d'une première femme du roi, avait douze ans, lorsqu'un jour se trouvant assise au milieu de sa famille, un manuscrit de poésie saxonne à la main, Judith l'offrit en don à celui qui se rendrait le plus promptement capable de pouvoir le lire. Les plus âgés des princes jugèrent la récompense inférieure au travail et gardèrent le silence. Alfred seul prit le livre. C'est à cette circonstance que l'on dut les travaux littéraires d'Alfred' et tous les progrès qui en résultèrent pour son pays ' . »
Veuf et âgé, le roi ^thelwulf ne vécut pas longtemps. A sa mort, son fils ^delbald prit en même temps possession du royaume de son père et de la veuve qu'il laissait. Bien que pareille union se fût vue quelquefois dans ces siècles barbares, le mariage d'^delbald avec sa belle-mère causa, parmi les populations anglo-saxonnes, un tel scandale que le roi, sur les remontrances de l'évêque de "Winchester , dut consentir à une séparation^. Judith, libre et dégagée de tous liens, quitta la Grande-Bretagne et revint près de son père qui lui assigna la maison royale de Senlis pour résidence.
Bauduin la revit; elle était jeune et helle encore et des projets que la volonté royale
(1) Sharon Tivrner, i, 293 et 20S.
(2) Asser, 13.