‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 41 sur 236 · ROBERT -LE -F RI S ON · texte numérisé non relu

ROBERT -LE -F RI S ON

ils recommandèrent leur cause au roi du ciel. Que vous dirai-je de plus? les armées engagèrent le combat, et fut fait tel massacre de celle du roi que la terre fut tout arrosée de sang et les champs couverts de la multitude des morts '. »

En effet, la déroute de l'armée du roi et de celle de Richilde fut complète. Le jeune monarque s'en tira sain et sauf, et parvint à gagner Montreuil avec quelques débris de troupes. Quant à Richilde, combattant avec fureur en tête de ses chevaliers, elle tomba au pouvoir des Flamands, et fut faite prisonnière. Son récent époux, l'Anglais Guillaume Osbern, et le sire de Coucy, son conseiller intime, étaient morts à ses côtés. Mais la perte la plus regrettable de cette journée fut celle du jeune Arnoul, qui, victime des projets ambitieux de sa mère, et entraîné au milieu d'un conflit dont le résultat, quel qu'il fut, ne devait pas lui être profitable, périt, dit-on, assassiné sur le champ de bataille par les mains d'un de ses propres hommes-liges, nommé Gerbald , probablement d'origine flamande^.

Arnoul, troisième du nom, n'avait pas plus de dix-sept ans lorsqu'il mourut. Son cadavre, enlevé du milieu de ceux dont le champ de bataille était couvert, fut transporté à l'abbaye de Saint-Bertin, où il reçut, par les soins du vainqueur, une honorable sépulture^.

La victoire remportée par le parti tudesque sur le parti wallon ou français, toute favorable qu'elle fût à la nationalité flamande, eût été plus décisive encore, si Robert, entraîné à la poursuite de ses ennemis, ne se fût imprudemment laissé prendre et enfermer à Saint-Omer. Les deux partis se trouvant privés de leurs chefs, on traita d'un échange. Walfrade, châtelain de Saint- Omer, qui détenait Robert, courroucé de ce qu'on voulait rendre corps pour corps, sans rançon, prétendait garder le comte. Les bourgeois de la ville, par des motifs qu'il n'est pas très-facile d'apprécier aujourd'hui, contraignirent le châtelain à mettre

(1) Li eslore des C. de Fl. fol. 54.

(2) Gilberti Montensis Chron., ap, J. de G., xi, 89. (S) Corpus Chrome. Fland. i. 61.

Robert en liberté. Le roi fut vivement contrarié de cette permutation qui s'était faite à son insu. Peut-être avait-il quelque arrière-pensée sur le marquisat flamand, et espérait-il que, les deux concurrents retenus captifs, il pourrait plus aisément réaliser ses projets. Toujours est-il que, dans un premier moment de fureur, après la délivrance de Robert, il ré.^olut de saccager la ville de Saint-Omer. Elle était très-forte et ses habitants déterminés à se bien défendre. Mais le châtelain, qui ne pouvait leur pardonner de lui avoir arraché sa proie, ouvrit les portes de la ville dans la nuit du 6 au 7 mars; et le roi, y entrant avec ses hommes, mit tout à feu et à sang. On poursuivait les bourgeois de rue en rue, de place en place; les églises étaient pillées comme les maisons : on n'épargnait pas plus les prêtres que les femmes et les jeunes filles livrées tremblantes à la brutalité des soldats-*.

Richilde fut rendue à la liberté en même temps que son victorieux compétiteur. Sa défaite de Cassel, la mort de son fils, celle de son mari et d'un grand nombre de ses amis fidèles ne la découragèrent point, et bientôt elle se mit en mesure de reprendre l'offensive.

On sait que Bauduin de Mons avait ordonné en mourant que celui de ses deux fils qui survivrait à l'autre aurait la possession simultanée de la Flandre et du Hainaul. Richilde s'empressa de présenter son second fils Bauduin au roi Philippe, en réclamant de nouveau sa protection. Le roi, irrité contre Robert, qui venait de le battre, la lui promit, ceignit le baudrier à Bauduin, et le salua marquis des Flamands : cérémonies illusoires qui, loin d'assurer les droits du jeune prince et de les faire prévaloir, ne tendaient qu'à lui enlever l'affection de ses propres sujets, et à augmenter la puissance morale de Robert. En effet la popularité de celui-ci, s'il est permis de nous servir de cette expression toute moderne, croissait au fur et à mesure des griefs que le parti dont il était le représentant avait à reprocher au parti contraire.

(4) Li eslore des C. de Fl., fol. 54.

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