CHAPITRE V
d'un -grand nombre de barons flamands*.
Il n'est guère resté de détails sur ce pèlerinage de Robert , pacifique prélude aux exploits par lesquels ses successeurs s'illustreront un jour dans l'Orient. On sait seulement que Robert, après un long et périlleux voyage, visita Jérusalem et tous les lieux sanctifiés par la présence du Sauveur et de ses apôtres. Le merveilleux se mêle continuellement aux récits de nos plus anciens chroniqueurs. Mais, comme nous l'avons fait remarquer, les prodiges vrais ou faux paraissent presque toujours chez eux venir en aide au système politique qu'ils cherchent à faire prévaloir. Ainsi les historiens wallons, toujours hostiles à Robert, racontent que les portes de la cité sainte se fermèrent d'elles-mêmes à l'approche du Frison, et qu'il ne put entrer à Jérusalem qu'après avoir confessé ses fautes et promis de rendre la Flandre à celui qui en était le légitime héritier ■■'.
Le marquis des Flamands passa environ deux années dans la Palestine; et l'an 1088, en retournant vers l'Europe, il eut à Constantinople une entrevue avec l'empereur Alexis Comnène, qui l'accueillit magnifiquement, espérant en obtenir des secours contre les musulmans. Robert, en effet, lui envoya bientôt devant Saint-Jean-d'Acre, 500 cavaliers flamands, et de plus 150 beaux chevaux comme présent. Les hommes d'armes du marquis furent employés à la défense de Nicomédie et du territoire environnant contre les entreprises du sultan de ISicée. On ne sait pas autre chose du sort de ces JFlamands qu'on peut considérer comme l'avant-garde des grandes armées de la première croisade.
Robert arriva dans ses domaines vers l'an 1091. Il s'y était passé, durant son absence, des événements de plus d'un genre. La mort de Richilde avait suivi de bien près le départ du marquis. Par une de ces
(1) Parmi lesquels les historiens citent Bauduin de Gand, Burchard de Comines, Gérard de Ijille, Idée de Lillers, "VValner d'Aldembourg, Walner de Courtrai, Gratien d'Ecloo , Hermar de Zomerghem , Joseran de Knesselaer.
(2) Voir entre autres : Andreœ Marcianensi&, Chron. ap. Bouquet, xiii, 419.
réactions fréquentes chez les âmes passionnées, elle avait tout à coup abandonné les agitations de la vie politique pour se séparer complètement du monde.
Ce fut à l'abbaye de Messines, fondée par son beau-père Bauduin de Lille, et par sa belle-mère Adèle de France, qu'elle alla finir, dans le recueillement et la prière, une existence jusque-là pleine d'intrigues et de projets ambitieux. Les historiens flamands, qui jamais n'avaient proféré à l'égard de Richilde que des paroles amères et flétrissantes, racontent, avec une admiration mêlée d'attendrissement, cette pénitence austère qu'elle s'était infligée au sein d'un pays où elle avait allumé la guerre civile, dans un monastère qu'elle-même avait, peu d'années auparavant, réduit en cendres.
Ce fut aussi pendant le voyage de Roberlle-Frison en Palestine, que son fils, investi, comme on l'a vu, de la souveraine autorité, nomma le prévôt de l'église de Saint-Donat de Bruges chancelier héréditaire de Flandre, en déterminant ses attributions et prérogatives.
La cour des marquis flamands égalait, dès cette époque, en faste et en magnificence celle des plus puissants monarques. Elle était pourvue d'ofîiciers grands et petits qui se transmettaient leurs charges par voie d'hérédité, base du système féodal.
L'organisation de cette cour est assez peu connue pour mériter d'être ici sommairement décrite.
— En tête des grands officiers paraît d'abord le chancelier. Il garde les sceaux du comte, les porte toujours avec lui, et suit son souverain partout où il lui plaît d'aller. Les attributions. du chancelier sont fort étenduesi et lui rapportent beaucoup. Entre autres il a la maîtrise de tous les notaires ou écrivains, des chapelains et clercs servant en la cour, de tous les receveurs de Flandre qui tiennent de lui leurs ofiîces. Il est le chef du conseil, assemble et préside, en l'absence du souverain, la chambre des comptes appelée en vieux flamand chambre des renynghes.
Quant à ses droitures ou émoluments, ils se composent par jour de vingt coupons de chandelles, une quantité de cire d'un poids déterminé, deux pots de vin du meilleur,