CHAPITRE I
et paternelle' avait pu seule contrarier se renouèrent alors. Ils ne tardèrent pas à se réaliser, mais à Tinsu du monarque dont on n'aurait osé espérer l'adhésion. Favorisés par le prince Louis, frère de la jeune veuve et l'ami d'enfance de Bauduin, Judith et Bras-de-Fer firent secrètement bénir leur union , puis se iéfugièrent en toute hâte sur les terres de Lorraine afin d'échapper à la colère du roi.
Cette colère fut grande en elTot, et si Charles-Ie-Chauye n'avait pas eu en ce moment à lutter contre les Normands qui ravageaient les bords de la Seine et de la Marne, il eût sans doute attaqué Bauduin à main armée; il se contenta d'invoquer contre lui les foudres de l'Eglise, alors si puissantes et si redoutées. Après avoir assemblé un concile d'évèques à Soissons, il fit Tancer l'excommunication contre le fils d'Ingelram, en vertu du précepte de Grégoire P'", qui frappait d'anathème le ravisseur d'une femme veuve et tous les complices du rapt*. Il notifia ensuite l'excommunication à Lothaire, qui avait donné asile aux époux fugitifs et se trouvait par là sous le coup des malédictions formulées parle décret pontifical et le Sj-nodo de Soissons.
Bauduin prévoyant que les appuis terrestres allaient bientôt lui manquer de toutes parts s'il restait sous le coup des foudres de l'Eglise, prit le parti de se rendre à Rome avec sa femme Judith et de se jeter aux pieds du pape Nicolas. II lui représenta qu'il n'avait pas enlevé de force la fille du roi des Francs, mais qu'elle avait spontanément consenti à le prendre pour époux, sans que son frère Louis lui-même y mit obstacle. Il conjura le pape de lui pardonner ses péchés, puis de vouloir bien apaiser la colère du monarque et ramener ainsi la paix et l'union, choses si nécessaires au moment où les païens faisaient de continuelles irruptions sur le littoral des Gaules. Le pape écrivit à Charles-le-Chauve, une Ijttre dans laquelle il lui disait :
« Bauduin, votre vassal, cherche aujourd'hui un refuge au tombeau des bienheureux
(!) Colvener. s ■ho!, ad Fîodoarduni, p. 93.
apôtres Pierre et Paul. Il confesse avoir encouru votre juste indignation en épousant malgré vous votre fille Judith, qui, du reste, le préférait à tout autre et acceptait volontiers sa main.
« Ce même Bauduin a prié et supplié notre dignité apostolique d'intervenir pour le faire rentrer en grâce auprès de Votre Grandeur. Vivement touché de ses supplications et ému de pitié pour lui, nous conjurons Votre Royale Excellence, du haut de ce siège apostolique, en présence de Rhodoalde et de Jean, nos légats bien-airaés, évèques trèssaints et très-vénérables, pour l'amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul, auxquels Bauduin a plus de confiance que dans les rois de la terre, au nom même de l'amour que vous nous portez, nous vous adjurons de rendre vos bonnes grâces audit Bauduin, afin que désormais, fort de la bénignité de Votre Altesse, il puisse vivre en sûreté au nombre de vos féaux sujets.
» Et certes, lorsque nous implorons cette faveur de Votre Sublimité, ce n'est pas seulement en vertu de la tendresse qui nous oblige de porter secours à quiconque, souillé de la contagion du péché, réclame humblement et dévotement l'assistance de ce siège apostolique. Nous avons encore un autre motif pour agir ainsi : nous craignons que Bauduin, restant sous le poids de votre colère et de votre indignation, ne fasse alliance avec les Normands, ennemis de Dieu et de la sainte Eglise ; et qu'ainsi il ne devienne une occasion de péril et de scandale pour le peuple de Dieu que vous devez régir, gouverner et tenir sain et sauf par la prudence de vos conseils et la sollicitude de votre esprit. Si cela pouvait advenir, ce qu'à Dieu ne plaise, il en résulterait un grand dommage pour les fidèles et un danger véritable pour votre salut. » (863.)
Le pape écrivit en même temps à la reine Hermentrude, femme de Charles-le-Chauve.
Il lui dit que Bauduin, qui avait enlevé sa très-chère fille au mépris des lois divines, était venu se prosterner suppliant et pleurant sur le seuil du sanctuaire des apôtres Pierre et Paul, et qu'alors lui, pontife, s'était rappelé ce que disait le Seigneur : « J'ai