‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 52 sur 236 · BAUDUIN- A-LA-HACHE · texte numérisé non relu

BAUDUIN- A-LA-HACHE

on lança les têtes d'un grand nombre dans l'intérieur de la ville. Peu de temps après, la flotte combinée des Vénitiens et des Génois aggiva chargée d'amples approvisionnements.

Mais <à ces succès inespérés succéda bientôt une calamité immense. La peste dévora cinquante mille croisés; beaucoup de Flamands périrent, et l'on eut à déplorer la mort du saint et vénérable Adhémar, évêque du Puj, légat du souverain pontife. La prise d'Antioche et la défaite des Turcs ne mettaient pas fin aux travaux de la croisade. Il restait à combattre les Egyptiens, qui, sous prétexte d'alliance avec les Latins, s'étaient emparés de Jérusalem et de plusieurs villes de Syrie d'où ils avaient chassé les Turcs. On laissa à Anlioche Bohéraond de Tarente, tandis que les autres chefs se portaient sur Jérusalem et prenaient, chemin faisant, plusieurs villes dont la plus importante était Maarah située entre Hamat et Alep, et dont le siège retint longtemps les croisés et leur coûta bien cher. Les assiégés, dans leur fureur, allaient jusqu'à lancer du haut des remparts sur les assaillants de la chaux vive et des ruches remplies d'abeilles \ La disette devint bientôt si grande, au dire des historiens de la croisade, que les chrétiens furent réduits à manger, non-seulement des chiens, mais encore les cadavres des Turcs et des Sarrasins, comme au siège d'Antioche^.

Durant la marche de l'armée vers Jérusalem, Robert de Flandre écrivit à sa femme, la comtesse Clémence, l'invitant à élever un monastère en l'honneur de saint André, qui avait révélé à Pierre de Marseille l'existence de la lance du Calvaire. Cléhaence s'étant concertée sur-le-champ avec l'évêque de Tournai, Baudri, l'archidiacre Lambert, et Régnier, puissant chevalier flamand resté au pays, fonda auprès de Bruges, dans le lieu nommé Bertferkerke , un monastère de Bénédictins consacré à l'apôtre saint André ^.

Comme ces événements se passaient, le

(1) GuiU. de Tyr, lib. vu, cap. ix.

(2) V. entre autres Albert d'Aix, lib. v, cap. xxix.

(3) V. la Chronique de l'abbaye de Saint-André, d'Arnold Goethals, édit. d'O. Delepierrè, 21.

comte de Hainaut, qui, avec les seigneurs wallons croisés au tournoi d'Anchin, avait traversé la Hongrie, la Bulgarie, la Grèce et Constantinople, subissait la destinée cruelle réservée par la Providence aux fils de Bauduin de Mons et de Ricliilde. Le jour de l'arrivée des Latins devant Antioche, Bauduin fut désigné pour défendre l'arrièregarde de l'armée. Quand les chefs eurent dressé leurs tentes autour de la ville, suivant les diverses positions qu'ils devaient occuper, le comte de Hainaut ne trouva plus de place convenable pour s'établir avec ses chevaliers. L'empereur Alexis avait envoyé au siège Tatice, son sénéchal, avec trois mille Grecs comme auxiliaires des croisés. Ce fut entre le camp de Tatice, qu'on soupçonnait de trahir les Latins, et les murailles mêmes d'Antioche que Bauduin alla intrépidement se poser. Dans cette situation périlleuse, il se trouvait en butte à deux ennemis à la fois : aussi l'armée fut-elle remplie d'admiration pour un si bel acte de courage et d'audace^. Lorsqu'Antioche fut prise, l'armée envoya une ambassade à l'empereur d'Orient pour lui offrir, suivant des conventions respectives, de le remettre en possession de la ville. Les chefs désignés de cette ambassade furent Hugues-le-Grand et le comte Bauduin. Chemin faisant, ils tombèrent dans une embuscade dressée soit par les Turcs, soit par les Grecs eux-mêmes dont la perfidie se manifesta, du reste, si souvent pendant les croisades. Hugues-le- Grand eut le bonheur d'échapper et d'arriver sain et sauf à Constantinople ; mais Bauduin ne reparut plus, et l'on présuma qu'il périt assassiné dans les montagnes aux environs de Nicée.

Dès que la nouvelle en parvint au Hainaut, la comtesse Yda, femme de Bauduin, se rendit à Rome afin d'apprendre du papj la vérité tout entière ; car le souverain pontife avait des relations fréquentes et suiviei avec les chefs de la croisade. Malheureusement le pape ne put calmer les anxiétés de la comtesse, attendu que lui-même n'avait reçu que des avis fort incertains sur le sort de l'ambassade. A son retour et en traver-

(4) GUb. Mont, chron. ap. J. de G., xi, 24-1.

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