ROBERT DE JERUSALEM. BAUDUIN-A-L A-HACHE
prédécesseur du bienheureux Liébert, mais que le pape Urbain II avait excommunié et déposé, et que les habitants répudiaient de toutes leurs forces, désirant avoir pour pontife un prêtre de leur choix appelé Manassès.
Par suite des troubles qui survinrent à ce sujet, le peuple de Cambrai tenta d'ériger la ville en commune, c'est-à-dire de la gouverner en dehors du pouvoir épiscopal, comme ils l'avaient déjà essayé sous Liébert et Gérard dans les années 1064 et 1076. Ce n'était pas toujours de leur propre mouvement que les bourgeois cherchaient à s'affranchir. Sans doute ils en eurent souvent le désir, mais souvent aussi les insurrections communales de Cambrai furent suscitées par des influences et des ambitions étrangères. Quant à la tentative dont nous parlons, elle était encouragée en premier lieu par Manassès, qui, pour se maintenir à l'épiscopat, avait intérêt à augmenter la force du parti qui l'y portait, puis par le comte Robert, qui vint prêter aide et concours aux bourgeois pour se venger de l'empereur, et afin, s'il était possible, de soustraire Cambrai à son pouvoir.
Cependant Manassès, découragé par l'opposition qu'il rencontrait chez les chanoines, accepta en 1101 l'évèché de Soissons, qu'on lui offrait sans contestation. Gaucher , l'homme de l'empereur, n'en obtint pas plus de succès dans ses prétentions. L'archevêque de Reims refusait de le consacrer, les bourgeois continuaient à lui être hostiles, et le comte de Flandre favorisait plus que jamais lia commune, promettant de la maintenir envers et contre tous, même contre l'empereur. Dans ces conjonctures, Robert reçut des lettres du pape Pascal II, successeur d'Urbain qui venait de mourir. Le pontife, après l'avoir félicité de ses succès en Palestine, l'exhortait à combattre de toutes ses forces l'empereur Henri, ennemi de Dieu et frappé des anathèmes de l'Église. C'était là, pour le comte Robert, un puissant motif d'encouragement à persévérer dans la ligne de conduite qu'il avait adoptée.
En 1102, l'empereur vint en Flandre avec la résolution de mettre fin à un état de choses si préjudiciable à son autorité. Le jeune comte de Hainaut, Bauduin III, fils de celui
qui était mort en Palestine, se joignit à Henri, de même que plusieurs seigneurs lorrains restés fidèles à leur suzerain nonobstant l'excommunication qui le frappait, lui et ses adhérents. L'empereur prit successivement les châteaux-forts de Marcoing, Paluel, Inchy, Bouchain et l'Ecluse. Dans ce dernier, enlevé d'assaut et livré aux flammes, furent tués ou brûlés grand nombre de soldats du comte Robert'. Henri aurait voulu pénétrer alors plus avant dans les terres du marquis ; mais l'on était au fort de l'hiver : les pluies et les neiges fondues détrempaient les terres de telle façon que la chevalerie ne pouvait avancer. Les troupes impériales se replièrent sur Cambrai, où Henri fit prévaloir son autorié jusqu'au moment où il dut regagner l'Allemagne. Robert, soit qu'il craignit de voir son pays dévasté bientôt par une nouvelle invasion, et qu'il voulût gagner du temps, soit qu'il eût réellement l'intention de conclure la paix, alla trouver l'empereur à Liège et entra en voie d'accommodement avec lui : là, il fut arrêté, entre autres choses, que la ville de Douai, sur laquelle les comtes de Hainaut élevaient sans cesse des prétentions, serait incorporée à la Flandre, mais que Robert donnerait à Bauduin un équivalent en terre ou en argent.
L'empereur était à peine rentré dans ses états que reparurent à Cambrai les anciens éléments de discorde, réveillés par les prétentions de Gaucher d'une part, et de l'autre par les instigations du comte Robert. Les bourgeois , forts de leur alliance avec le souverain fiamand, et plus que jamais désireux de se soustraire au pouvoir impérial, repoussèrent définitivement Gaucher en élisant pour évêque un ami du comte, Eudes, abbé de Saint-Martin de Tournai. Gaucher s'empressa de porter ses plaintes à l'empereur Henri V, qui venait de détrôner son père, et eut le talent d'irriter vivement ce prince contre les Cambrésiens et le comte Robert, leur protecteur "^ Il s'était entendu avec Godefroi de Lorraine et Bauduin de Hainaut, qui, de leur côté, envoyèrent des
(1) Clironiqii.e de Cauihrai ap. Bouquet, xiii. 479 et
suiv. (2) ma.