ROBERT DE JÉRUSALEM. — HAUDUIN- A -L A -II ACHE
Ce n'était pas seuiement contre les Cambrésiens qu'était dirigée l'expédition de l'empereur. Ainsi il aurait vivement désiré reprendre le château do Gand et rentrer en possession de la Flandre impériale. Henri avait en outre plusieurs alliés dont il fallait contenter les prétentions. Le comte de Hainaut réclamait toujours Douai. On a vu que les tentatives faites sur cette ville au début de la campagne n'avaient point été heureuses. Les Hollandais, d'un autre côté, demandaient les îles de Zélande. Peut-être le duc de Lorraine attendait-il aussi quelque chose du démembrement de la Flandre, s'il eût pu s'effectuer. Après la soumission des bourgeois de Cambrai, la guerre continua bien quelque temps encore, dans le marquisat flamand ; mais sans résultat pour l'empereur, qui, enfin découragé, se décida à reprendre le chemin de son pays.
Toutefois, ces invasions réitérées ne laissaient pas que de produire de grands maux. Afin de prévenir le retour d'une nouvelle armée, Robert alla trouver l'empereur à Majence. Là, dans une diète tenue le dimanche jour de Noël de l'année 1108, Henri accorda au marquis des Flamands une paix très-avantageuse, moyennant quelques démarches de soumission que, pour la forme, Robert voulut bien lui faire. Cette paix assurait la ville de Douai au comte de Flandre. De plus, la chàtellenie de Cambrai et le riche domaine des évéques, nommé le Cateau-Cambrésis, étaient concédés au même prince jusqu'à ce qu'il y eût un prélat paisible possesseur du siège épiscopal'. Les comtes de, Flandre jouirent de ces beaux bénéfices, même longtemps après que les troubles, qui recommencèrent lors du départ de l'empereur, eurent été complètement apaisés.
La commune de Cambrai, qui passe pour l'une des plus anciennes de toute la Belgique, était à peine organisée, qu'au sein même de la Flandre les souverains du pa^'s donnaient des lois et des franchises à quelques localités. Nous avons parlé déjà de celles que Bduduin de Mons avait concédées à la ville de Gramout.
(1) Codex Walinensis ap. Meyerum. fol. 76.
En 1109, Gertrude, veuve de Robert-le- Frison, et mère du comte régnant, octroya une keure ou charte d'affranchissement à la ville de Furnes, qui faisait partie du domaine à elle attribué comme douaire après la mort de son mari.
Vers ce même temps, Robert de Jérusalem accorda des privilèges aux villes de Berquin et Steenwerck. Les habitants desdites villes devaient, aux termes de la charte promulguée à cette occasion, être libres de toute œuvre servile, et étaient même exemptée du service militaire. Ils avaient la liberté de se choisir un magistrat qui leur administrerait la justice en présence du sénéchal du comte, et sauf le droit de ce dernier. — Si le ministre qu'ils avaient élu gouvernail injustement, ils avaient le droit d'en nommer un autre. — Si le châtelain ou autre délégué du comte les opprimait, ils pouvaient appeler de ces vexations par-devant le souverain^, etc.
Ce n'étaient encore là que des éléments bien imparfaits sans doute d'amélioration politique et sociate. Mais nous verrons peu à peu ces institutions recevoir plus de développement. Du reste, avant que ces règlements locaux et particuliers fussent rédigés, le besoin de réprimer les excès du commun peuple et les brigandages dont les barons se rendaient si souvent coupables avaient, on l'a vu plus haut, forcé les souverains à faire jurer aux nobles ce qu'on appelait la paix du pays. En l'année 1111, le 27 mai, Robert de Jérusalem réunit les seigneurs du comté, et notamment les châtelains, pour leur rappeler la paix arrêtée à Audenarde, en 1030, lors de la réconciliation de Bauduin de Lille avec son fils^.
Les rapports politiques, depuis longtemps interrompus entre les marquis flamands et leurs suzerains les rois de France, se renouèrent en cette même année 1111 : voici dans quelles circonstances. Guillaume-le- Bâtard, duc de Normandie, gendre de Bau-
(2) Archives de Flandre à Lille. Chambres des comptes, invent, no 60.
(3) Parmi les personnages qui la jurèrent, on cite Robert de Béthune, Alard de Tournai, Winemar de Gand, Gautier de Bruges, Roger de Lille, Çuillaume de SaintOmer, Gautier de Courtrai, et plusieurs autres.