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position que Charles éprouve au début de son règne

— Il pacifie la Flandre et rétablit l'ordre. — Eclipse de soleil suivie d'une horrible famine. — Sollicitude de Charles pour las misères publiques. — Il refuso la couronne impériale d'Occident et le trône de Jérusalem. — Son grand amour du devoir. — Origine du prévôt Bertulphe et de sa famille. — - Motifs de leur animosité contre Char'es. — Ils préméditent la mort du prince et l'assassinent d;ins l'église de Saint-Donat. Cruautés exercées à Bruges par les conjurés. — Gervais, camèr;er du comte, vient en tète d'une troupe nombreuse pour venger son maître. — Les bourgeois lui livrent l'entrée de leur ville et sf! joignent à lui. — Bertulphe et ses partisans S9 réfugient dans le bourg.

— Des secours arrivent de tous côtés à Gervais. — • Prise du bourg. — Les assassins se retranchent dans l'église de Saint-Donat. — ' Tentatives infructueuses fuites pour les y prendre. — Ils y restent bloqués et assiégés.

L'avénement de Charles de Danemark n'était pas seulement consacré par la loi fondamentale de l'hérédité, il était encore sanctionné par la reconnaissance nationale. Elevé en Flandre dès son jeune âge, après la mort de son père assassiné dans une sédition, mort à laquelle il était lui-même prédestiné, Charles avait pris part à la croisade, aux diverses entreprises guerrières de Robert de Jérusalem et de Bauduin-à-la- Haohe, et s'y était toujours vaillamment conduit. Les chevaliers flamands virent donc en lui le compagnon de leurs travaux et do leurs périls, l'homme qui avait versé son sang pour la patrie, eu un mot le digne successeur du prince qu'ils venaient de perdre. Une grande sagesse et les plus nobles qualités du cœur recommandaient aussi le fils du roi de Danemark à l'estime de tous.

Malgré cette sympathie si bien méritée, Charles éprouva, au début de son règne, une opposition des plus sérieuses. Elle n'émanait pas, comme on devait le craindre, du comte de Hainaut, qui cependant pouvait élever de légitimes prétentions à la principauté (Jonl son père avait été naguère dépossédé, mais de la veuve même du comte défunt. Clémence de Bourgogne voulait faire passer le comté de Flandre sur la i icte de Guillaume de Loo, cliàtchiin d'Ypres,

CIIAllLES-LE-BON.

époux d'une do ses nièces, et fils illégitime de Philippe, second fils de Robert-le-Frison. Pour y parvenir et se créer un puissant auxiliaire, elle se remaria à Godefroi-le- Barbu, duc de la Basse-Lorraine, et forma une ligue dans laquelle, outre Bauduin de Hainaut, elle attira les comtes de Boulogne, de Saint-Pol, d'Hesdin et de Coucj, c'est-à-dire la plupart des anciens seigneurs wallons qui avaient combattu l'usurpation de Robert-le-Frison, et dont les sentiments d'hcstililé contre les Thiois ne s'étaient point encore refroidis. On dit même que le roi des Francs favorisait secrètement ses projets ^ Audenarde fut prise par Clémence et incendiée; grand nombre d'habitants périrent du dernier supplice. Le comte de Saint-Pol portait en même temps le fer et la flamme aux environs de Bruges et sur les côtes occidentales de la Flandre.

Charles convoqua en toute hâte la chevalerie flamande à Saint-Omer : elle accourut à son appel avec l'empressement qu'elle avait mis jadis à se ranger sous l'étendard du Frison aux champs de Cassel ; car la rivalité de race que la croisade avait sans doute un instant amortie s'était tout à coup réveillée plus vive que jamais.

Charles, énergique et brave, ne tarda pas à détruire la coalition formée contre son pouvoir'-. Il assiégea la ville de Saint-Pol, la prit d'assaut, la livra aux flammes et en rasa les murailles; puis il poursuivit Clémence, la. contraignit à solliciter la paix, s'empara des châfellenies qui composaient son douaire, telles que Dixmude, Aire, Bergues, Saint-Venant et autres. Le comte de Boulogne déposa les armes après avoir vu ses frontières ravagées et brûlées par les troupes flamandes. Enfln Eustache , avoué de Térouane, fut forcé d'abattre une forteresse qu'il avait élevée en opposition aux franchises de cette ville.

Après avoir ainsi pacifié le pays et fait reconnaître son autorité dans les provinces wallonnes, Charles s'appliqua à rétablir

(1) Gtm'ter, chron. IGO.

(21 Vita B. Caroli Boni, auctore Gualterio, np. Hou ■ qupt, xm, 337. — Tperius 63. — Mirac. S. Rirt. ap. A.ct. SS. Belg. Mail m, p. 104.

l'ordre au sein de la Flandre et à remettre en vigueur les lois créées par ses prédécesseurs contre les oppressions des grands et les velléités turbulentes du menu peuple et des serfs dans les villes et les campagnes. 11 défendit de porter des armes à travers les rues et marchés, sous peine d'être frappé par ses propres armes; rendit plusieurs ordonnances fort sages, et agit avec tant de prudence et d'habileté qu'au bout de quatre ans d'administration la tranquillité la plus parfaite régnait dans la contrée, à la grande satisfaction des bourgeois, ma^rchands et artisans qui y trouvaient leur profit, disent les chroniques du temps^.

Ce bonheur goûté au sein du repos et de l'aisance devait être bientôt troublé par des calamités qu'on redoutait d'autant r^ioins qu'elles étaient en dehors des prévisions humaines. Elles furent annoncées aux populations superstitieuses par une éclipse de soleil dont les phénomènes sont relatés dans le récit d'un témoin oculaire. Elle eut lieu le 11 du mois d'août de l'année 1124, vers la neuvième heure du jour. D'abord la partie orientale du soleil s'obscurcit, et peu à peu des nuages s'étendirent sur la surface de l'astre, sans que toutefois elle fût totalement voilée. Cette obscurité partielle parcourut le disque entier, en le traversant d'orient en occident^. Par une fatale coïncidence, l'hiver qui suivit cette éclipse fut très-rude et très-long. Une multitude d'hommes et d'animaux périrent de froid. Les blés et autres grains confiés à la terre furent gelés et ne levèrent point. De là survint en France et dans les provinces belgiques la plus terrible famine qu'on eût éprouvée. Le seigneur et le serf en étaient également frappés, et une efi'rarante mortalité dcoima les peuples. Un chroniqueur fiamand raconte comme une chose inouïe, et pour donner une idée de la disette qui régnait partout, que les habitants des environs de Gand mangèrent de la viande même durant le carême, privés qu'ils étaient de pain et de toute autre nourriture^.

;3) ma.

(4) E VitaD. Caroli. mirtorc Galbo.rto, Brufioisi nolario, coœvo, ap. Acta sanctorum BoUnnd. inense mactio, p. 180. (5) Ibid.

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