BAUDUIN-BR AS-DE- FER
BAUDUIN-LE- CHAUVE
voulu la grâce et non le sacrifice ^'' Il terminait en suppliant Hermentrude d'intercéder pour Bauduin auprès du roi son époux. Les deux légats mentionnés dans la lettre du pape, savoir, Rhodoalde, évêque de Porto, et Jean, évêque de Ficode^, que Nicolas avait chargés de la négociation, se rendirent porteurs des brefs pontificaux à Soissons où Charles tenait sa cour, et firent tous leurs efforts pour fléchir la colère du monarque; mais il ne se laissa point attendrir par ces pieuses démarches.
L'année suivante, le pape le conjura de nouveau, au nom des saints apôtres Pierre et Paul, de ne point rester inexorable. Il lui faisait pressentir qu'une trop longue opiniâtreté pourrait ulcérer le cœur de Bauduin, et pousser ce guerrier à s'unir aux païens du Nord. " L'apôtre a dit: Considérez les temps, car les mauvais jours arrivent, écrivait le pontife. Les périls qu'il annonce vous menacent déjà. Veillez à ne pas faire naître de plus terribles désastres et ajez assez de modération pour surmonter la douleur de votre cœur, et ne pas vous montrer éternellement inexorable et inflexible vis-à-vis de Bauduin^. » En même temps il ordonna a l'archevêque de Reims, Hincmar, et aux évêques du synode qui avaient excommunié Bauduin, de joindre leurs prières aux siennes, afin d'apaiser le roi.
Charles céda enfin à de telles instances et reçut sa fille en grâce au palais de Verberie le 25 octobre de cette même année. La crainte que le fils d'Ingelram ne fît alliance avec les Normands fut le motif déterminant de la conduite de Charles; et sans cette raison politique il n'aurait peut-être jamais pardonné à un de ses lieutenants l'audace d'avoir épousé sa propre fille, la veuve de deux rois, l'arrière-petite-fiUe de Charlemagne !
La paix conclue avec Bauduin, et les censures ecclésiastiques révoquées, l'évêque de Noyon ratifia solennellement le mariage à Auxerre devant les plus illustres personna-
(1) Nicolai papœ eplnt., ap. Bouquet, vu, 387, 3SS, 391, 397, 403, 416, 650.
(2) Aujourd'hui Cervia, dans la Roinague.
[i] Lettre d' Hincmar, arcJievéque do liciins, au pape; ap. Bouquet, vu, 791, à la note.
ges d'entre les Francs; le roi, toutefois, n'y voulut point paraître.
Aprèscettecérémonie, Bauduin, déjàcomte du Roi, reçut de Charles4e-Chauve le gouvernement de toute la région comprise entre l'Escaut, la Somme et l'Oeéan, c'est-à-dire la seconde Belgique, telle qu'elle avait été divisée dans le précepte de Louis-le-Débonnaire de 835, avec charge de la défendre contre les Danes et les autres barbares du Nord dont les invasions devenaient de plus en plus fréquentes*. Bauduin, en conséquence, prêta serment de fidélité entre les mains du roi, et prit le nom de Marquis des Flamands, titre que ses successeurs abandonnèrent plus tard pour prendre celui de Comtes de Flandre.
Le bourg de Bruges fut dès lors le séjour habituel du marquis flamand^. C'était, comme nous l'avons dit, le chef-lieu du canton connu depuis le sixième siècle sous le nom de Flandre. Bauduin le fortifia de murailles en pierres et de tours, et y fit bâtir une basilique destinée à recevoir le corps de saint Donat, l'un des plus illustres métropolitains de Reims. Cette précieuse relique lui avait été donnée en 812 par Ebon°, le vingttroisième successseur du bienheureux, et reposait depuis lors en la villetle Thourout. L'église de Saint-Donat de Bruges peut être regardée comme lo premier monument de la nationalité flamande.
A l'époque où Bauduin fut chargé du gouvernement des pays compris entre l'Escaut, la Somme et l'Océan, les invasions normandes, on l'a vu, s'y renouvelaient sans cesse. En 876, les pirates, sous la conduite du fils de leur roi Bigier et d'un autre chef fameux nommé Hasting, se répandirent le long des rives de la Scarpe et de l'Escaut. A leur approche, on transporta dans l'église de Sainte-Marie de Douai, pour les soustraire à la profanation, les corps de tous les saints du pays, entre autres celui de saint Amand qui reposait à l'abbaye d'Elnon.
(4) Chron. Sancli Bavonis ad ann. 867. — ■ Chroii. SUh, Sancti Berlini, ap. Bouquet, vu. 268
(5) Chron. Sancti Bavonls, ap. ann. 867.
(6) Lettre d'Ehon à Bauduin ; dans Mirœus, Op-ra diplom., I, 22.