CHAPITRE VII
.siège, parmi les combattants et les machines de guerre. Froolsus et Bauduin de Zomerghem, tous deux envoyés de Guillaume d'Ypres, marchant sur les pas de la comtesse de Hollande, vinrent faussement annoncer aux assiégeants que le roi de France avait reconnu Guillaume comme souverain de la Flandre. Ce mensonge avait pour but de retarder l'élection, en mettant les chefs dans le trouble et l'indécision ^
Cependant on travaillait à reprendre le siège avec plus de méthode et de sagesse. On construisit de nombreuses échelles armées de crocs et recouvertes d'épaisses cloisons d'osier et de branches entrelacées, afin d'être moins exposés aux projectiles des assiégés. Des pierres, de la terre et du fumier furent entassés dans les fossés depuis le bas jusqu'en haut; des matières combustibles furent déposées contre les portes.
A l'intérieur du bourg, les rebelles ne restaient point oisifs. Ils avaient obstrué les entrées donnant sur les faubourgs, surtout celles du palais comtal, de la maison du prévôt, du couvent de Saint-Donat et de l'église : bâtiments contigus et formant à eux seuls une forteresse compacte et imposante. Leur projet était, le bourg une fois pris, de se retrancher dans l'hôtel du comte, puis dans celui du prévôt, le réfectoire et le couvent de Saint-Donat ; enfin dans l'église elle-même, qui leur devait en effet servir de dernier, refuge.
A cette époque, l'église de Saint-Donat était de forme ronde et élevée, bâtie avec solidité, et recouverte en morceaux de terre cuite ou tuiles. A la partie occidentale de l'édifice se dressait une tour en briques des plus hautes et des plus fortes, surmontée de deux fièches élancées.
Les chanoines de Saint-Donat, pendant les préparatifs du siège , avaient obtenu des deux partis la permission de pénétrer dans le temple afin d'en retirer les richesses qu'il renfermait. Ils transportèrent donc à l'église Saint-Christophe, les châsses, les reliques, les vases, les tapis, les tentures, les habits de laine et de soie, une quantité de livres et les objets les plus précieux. La vieille basi-
(1) Galbert, loco citato, 192.
lique de Saint-Donat se trouva déserte et vide; il n'y restait plus que le cadavre du comte de Flandre.
Ainsi que le rapporte le témoin oculaire auquel nous devons les précieux détails de tout ce récit, les rebelles virent bien qu'ils auraient désormais à résister au monde entier^. Ils se résignèrent à leur sort; quelques-uns, toutefois, avaient déjà tenté de s'j soustraire. Dès le commencement du siège, Isaac, ayant pu rentrer dans le bourg avec ses complices, s'était réfugié et fortifié dans sa maison ; puis à la faveur des ténèbres il s'était sauvé à travers champs. Après une longue marche durantl'obscurité, secroyai"U arrivé près de Gand, il se trouva aux envi rons d'Ypres. Il prit immédiatement uuè autre route et alla se cacher, au village de Steenvoorde, chez Wydo, son beau-frère.
Là on lui conseilla de gagner Térouane, où il se rendit en effet et endossa la robe monacale. Arnoul, fils d'Eustache, avoué de Térouane, qui le connaissait, l'aperçut blotti dans une cellule de l'église feignant de méditer les psaumes. Il s'empara de lui, l'attacha avec des cordes, le fouetta de verges, et, après lui avoir fait avouer son méfait el les noms de ses complices, le retint prisonnier pour le livrer en temps et lieu. Trois jours avant la prise du bourg, le prévôt Bertulphe, ayant fait passer une somme de quarante marcs d'argent au bouteillier Walter, put s'échapper seul pendant la nuit à l'aide de cordes qu'il avait attachées au balcon extérieur de sa maison. Walter le conduisit dans les moëres ou marais environronnant la ville de Bruges, et le laissa au milieu de cet endroit désert sans secours et sans guide. On verra plus tard ce qu'il devint.
Du reste, Isaac et le prévôt furent les seuls coupables qui pour le moment trouvèrent les moyens de se soustraire, sinon au châtiment, du moins aux cruelles vicissitudes du siège. Quelques honnêtes gens se trouvaient mêlés parmi tous ces criminels. C'étaient de braves hommes d'armes que leur ardeur à poursuivre les rebelles, lors de l'irruption de Gervais, avaient pous-
(2) Ibid. 193.