‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 65 sur 236 · CHARLES-LE-BON · texte numérisé non relu

CHARLES-LE-BON

ses dans l'inlérieur du bourg. Les chefs qui dirigeaient le siège, l'ayant appris, se consultèrent, et jugèrent que, selon droit et justice, ils devaient chercher à tirer leurs amis de cette pénible position. Ils s'approchèrent des murs, et, malgré leur répugnance, entrèrent en pourparlers avec les assiégés. Ceux qui n'avaient point participé au crime parurent sur les murailles ; on leur permit de sortir s'ils le voulaient, et on promit la vie sauve à tous ceux qui pourraient prouver leur innocence. Mais il fat solennellement annoncé que les coupables ne devaient s'attendre à aucune grâce, et qu'ils seraient exterminés jusqu'au dernier. Nonobstant cette déclaration, une lueur d'espoir se présenta aux yeux des rebelles. C'était la veille du jour où le prévôt s'échappa. A tout hasard il parut sur la muraille en compagnie du châtelain Hacket, tous les deux humbles et consternés. Hacket prit la parole, et s'adressant aux chefs des assiégeants : " Seigneurs et amis, s'il vous reste encore quelque souvenir de notre ancienne affection, vous devez prendre pitié de nous, et vous montrer miséricordieux autant que le permettra l'honneur. Nous vous prions donc et vous conjurons, ô chefs de ce pays (et rappelez-vous combien de témoignages d'amitié vous avez reçus de nous), nous vous conjurons, dis-je, de nous prendre en grâce, nous qui pleurons aussi la mort de notre seigneur comte, la regrettons amèrement, et vouons les coupables à la damnation. Nous les aurions même chassés, si, à cause de notre commune parenté, nous n'avions été entraînés à les aider contre notre gré. Cependant que votre bienveillance ne refuse pas de nous écouter dans notre intercession pour nos parents que vous dites coupables; que la liberté de sortir du bourg leur soit accordée, et qu'ensuite l'évêque et les magistrats, leur infligeant la peine due à un crime aussi énorme, les envoient dans un exil perpétuel, pour qu'ils tâchent, par la pénitence et le repentir, d'apaiser Dieu qu'ils ont si gravement offensé. Quant au prévôt, au jeune Robert et à moi, avec nos gens, nous sommes prêts, chacun suivant son état et son ra,ng, à subir un jugement pour prouver à tous que nous sommes inno-

cents de la trahison, en œuvre et en volonté, si quelqu'un sous le ciel veut écouter nos raisons et notre défense ^ Le seigneur prévôt offre de donner, devant le clergé assemblé, la preuve, quelque difficile qu'on l'exige, qu'il est innocent; car il a la conscience de la pureté de ses intentions. — Nous réclamons de rechef que nos parents coupables et ceux qui ont été compris au nombre des traîtres aient la faculté d'aller en exil sans crainte pour leur vie. Et quant à nous, qu'il nous soit permis de nous laver par jugement du crime dont on nous charge, savoir : les gens d'armes d'après le droit séculier, et les clercs d'après le droit divin. Si vous refusez ces conditions, nous préférons rester avec les coupables et partager leur sort plutôt que de nous livrer à vous pour souffrir une mort honteuse^. »

Un chevalier nommé Waller se chargea de répondre au châtelain Hacket : « Nous ne nous rappelons aucun de vos bienfaits, et nous n'avons plus souvenir de votre ancienne amitié. Nous ne vous devons rien de ce côté, à vous qui nous avez violemment arraché notre comte trahi et mis à mort, pour nous empêcher de l'ensevelir et de l'honorer comme il en était digne. Vous avez dilapidé le trésor de l'Etat, envahi de force le palais du prince, vous traîtres et impies à qui désormais rien n'appartient plus, pas même votre vie ; vous avez agi sans foi ni loi, et par là armé contre vous tous ceux qui portent le nom de chrétiens ; au mépris de la justice de Dieu et des hommes, vous avez assassiné le seigneur de ce pays, et pendant le saint temps de carême, et dans un lieu consacré, et au milieu de ses ferventes prières à Dieu. Nous abjurons donc à l'avenir la foi et la fidélité que nous vous avions gardées jusqu'à ce jour. Nous vous condamnons, repoussons et anathématisons^. »

Walter ayant prononcé ces paroles devant la multitude des assiégeants, on prit des fétus de paille que l'on rompit, selon la coutume, pour prouver que tout lien était désor-

(1) Galbert, îoco citato, 193. (2) IbiA.

(2) Il y a dans dans le textp exfestucamus, c'e&t-Xdire nous vous rejetons par le fétu.

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