THIERRI D ALSACE
aucun repos, surtout depuis que la forlune était venue accroître leur espoir et leur audace. Ils menaçaient Alost, une des principales bourgades de la Flandre impériale, située entre Bruxelles et Gand. Thierri courut s'y enfermer avec Iwan, Daniel et les plus braves d'entre ses chevaliers. A peine y avait-il pénétré que Guillaume Cliton et le duc de Louvain arrivèrent sous les murs en tête de forces considérables. Le sort de la Flandre dépendait de ce siège : si le seigneur qu'elle, avait choisi était contraint à se rendre, elle retombait infailliblement sous le joug de celui qu'elle venait de répudier; et Dieu sait par quelles représailles Guillaume aurait vengé le sanglant affront qu'il avait reçu des Flamands. Rempli d'orgueil et de bravoure, sûr peut-être de la victoire le jeune Normand se porta, le 27 juillet, au-devant des ennemis, et commença l'attaque. Du haut de son cheval il frappait bravement d'estoc et de taille, quand un trait d'arbalète, décoché par un homme d'armes nommé Nicaise Borlut, le renversa par terre. Guillaume, blessé peu grièvement, se releva et porta la main droite à sa dague pour combattre à pied. Un servant d'armes, qui avait aperçu ce mouvement, se précipita sur lui la pique en arrêt, lui perça la main, la fixa au milieu du bras, et lui enfonça le fer dans la poitrine'. Guillaume trébucha, blessé à mort, entre les bras de ses chevaliers, qui le transportèrent à l'écart le plus secrètement qu'ils purent. Le servant d'armes avait été tué avant de pouvoir prendre la fuite, de sorte que les assiégés ignoraient l'événement.
Il n'en était pas de même parmi les Normands et tous ceux qui ne se battaient que pour Guillaume. Ils surent bien vite la fatale nouvelle, et comprirent aussitôt que la guerre devait cesser puisque celui en faveur de qui seul on la faisait n'existait plus. Le duc de Louvain, sans perdre de temps, réclama une entrevue du comte Thierri, et le pria d'accorder à Guillaume Cliton la faculté de se retirer tranquillement du siège avec les siens. Thierri fut surpris ùô cette proposition ; mais elle ne lui déplut
(1) Galb. de Vita Car. boni, 218.
c. DE FL.
pas, car elle le tirait d'un grand embarras. Il y accéda de tout cœur; et quand le duc de Louvain eut reçu la parole de son ennemi, il lui dit : « Seigneur Thierri, te voilà seul comte de Flandre. Guillaume de Normandie, cet adversaire que ton courage poursuivit avec tant d'acharnement, vient d'expirer des suites d'une blessure mortelle ^ ! »
THIERRI d'aLSACE. 1128-11G8.
Thierri d'Alsace pacifie la Flandre. — Guerre avec Bauduin, comte de Hainaut. — "Voyage de Thierri en Palestine. — Coalition contre la Flandre. — Démêlés entre les princes lorrains. — Guerre dans le pajs de Liège. — Guerre en Brabant. — Combat des Trois- Fontaines. — Saint Bernard en Flandre. — Thierri prend la croix avec le roi de France et l'empereur. — Malheurs de cette expédition. — Thierri rapporte en Flandre la relique appelée le saint sang de Jésus- Christ. — Expéditions flamandes contre les Slaves et contre les Maures d'Espagne. — Fondation du royaume de Portugal. — Sibylle, comtesse de Flandre, est attaquée par Bauduin de Hainaut durant l'absence de son mari. — Courage de cette princesse, — Bravoure du sire Rasse de Gavre. — La paix est rétablie. — Guillaume d'Ypres se réconcilie avec Thierri d'Alsace. — Faits et gestes de Guillaume durant son exil en Angleterre. — Troisième voyage du comte d j Flandre en Asie. — Philippe, son fils, fait la guerre à Florentin, comte de Hollande. — Expédition en Cambrésis. — Retour de Thierri d'Alsace. — Situation prospère de la Flandre. — Quatrième pèlerinage de Thierri à Jérusalem. — Thomas, archevêque de Cantorbéry, visite dans son exil l'Artois et la Flandre. — Premier soulèvement populaire à Gand. — Philippe d'Alsace assiste à la translation du corps de Charlemagne. — Retour du comte Thierri. — Reprise de la guerre contre Florent de Hollande. — Traité de paix et de commerce avantageux aux Flamands. — Naissance de Philippe- Auguste.
La mort de Guillaume fut considérée par les Flamands comme un effet de la colère de Dieu. « Le Seigneur, dit l'historien Galbert, Irappa cet homme puissant, parce qu'il ne s'était servi de sa puissance que pour dévaster le pays, provoquer ses habitants à la guerre civile, fouler aux pieds les lois de Dieu et celles des hommes^. »
Thierri d'Alsace se garda bien d'imiter l'exemple de son prédécesseur. Quand il eut rangé sous son obéissance les amis de Cli-
(?j ma.
(3) Galbert, loco citalo.